Un Nobel en prison
L'année dernière, Barack Obama avait obtenu le prix Nobel de la paix "pour ses efforts extraordinaires en faveur du renforcement de la diplomatie et de la coopération internationale entre les peuples". Le comité norvégien qui décerne le Nobel avait été impressionné par son travail en faveur d'un monde sans arme nucléaire, mais aussi par sa volonté d'être un porte-parole des négociations de paix au Proche-Orient, notamment entre Palestiniens et Israéliens. Certains, dont Obama lui-même, avaient jugé cette récompense un peu prématurée, puisque celui-ci n'occupait ses fonctions présidentielles que depuis 9 mois. Petite polémique sans envergure.
Vendredi dernier, le prix Nobel de la paix a été attribué à Liu Xiaobo, un dissident chinois emprisonné depuis 2 ans, "pour ses efforts durables et non violents en faveur des droits de l'homme en Chine". Le comité pense que cette récompense pourrait obliger la Chine à faire des efforts en matière de démocratie. L'espoir fait vivre... Le pouvoir communiste chinois l'a pris comme une provocation, a qualifié la récompense de dévoiement et mis en garde la Norvège contre de possibles répercussions diplomatiques. Il est loin le temps où la Chine quémandait les faveurs de l'Occident. Aujourd'hui, c'est l'Occident qui quémande des parts de marché en Chine.
Le Chinois récompensé est un écrivain de 54 ans, enseignant et ancienne figure de proue du mouvement démocratique de Tian'anmen déclenché par les étudiants en 1989. Il purge une peine de 11 ans pour "subversion du pouvoir de l'Etat" (cet intitulé remplaçant depuis 1997 le crime de propagande contre-révolutionnaire).
Un bon vieux délit d'opinion alors que Xiaobo avait juste participé à la rédaction d'un texte* demandant au pouvoir communiste chinois de stopper sa dictature et de rétablir une démocratie où les libertés fondamentales seraient respectées. A aucun moment il n'a appelé au renversement du gouvernement.
Ses critiques sont parfois acerbes, mais il est toujours extrêmement modéré dans l’action.
Admirateur de Vaclav Havel, il est convaincu qu’un intellectuel honnête doit avant tout "vivre dans la vérité", et dénoncer les violations des droits de l’homme chaque fois qu’elles se produisent et quelle que soit la couche sociale à laquelle appartiennent leurs victimes. Comme Havel, il pense qu’une fois que le mensonge totalitaire a été dévoilé, le pouvoir n’en a plus pour longtemps. C’est sans doute la raison pour laquelle il n’a jamais tenté d’organiser des actions clandestines, mais a toujours agi au grand jour. Il n'en est d'ailleurs pas à son premier emprisonnement.
Le gouvernement a estimé qu'il semait le trouble dans le pays et qu'attribuer ce prix à un opposant au régime montre à quel point les autres pays craignent que la Chine ne devienne puissante. Pour nous autres, il est un défenseur des libertés, un intellectuel qui tente de changer son pays pour davantage de paix.
Fin septembre, le philosophe Xu Youyu envoyait une lettre au comité du prix Nobel pour le presser d'attribuer le prix à Liu Xiaobo : "Quand les autorités chinoises violent la Constitution, quand elles piétinent leur propre légalité, il faut qu'une voix extérieure, celle de la communauté internationale, les rappelle à la réalité".
On sait que, même au sein du Parti communiste, certains veulent l'ouverture et le recul de l'arbitraire, mais les pressions extérieures vont-elles leur faciliter la tâche ou, au contraire, favoriser un repli nationaliste des plus conservateurs ? Certains y voient le reflet d'une certaine fragilité du pouvoir intra-muros, mais il semblerait que les dirigeants chinois soient sûrs d'eux sur la scène internationale. Espérons que Xiaobo ne servira pas d'exemple pour effrayer les candidats à la critique.
Evidemment, aucune ligne sur cet événement dans les journaux chinois…
La fascination pour l'essor de la Chine est un peu pénible, non ?
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