Platoon / Oliver Stone

Publié le par La Zitoune

Platoon*, oeuvre de 1986 sur la guerre du Vietnam, a été réalisée par l'américain Oliver Stone. Elle a reçu 4 Oscars dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur. Il est crucial de savoir que le cinéaste s'était engagé comme volontaire dans cette ignoble conflit ; tout de suite, le scénario qu'il a lui-même écrit, prend une autre dimension... L'est un chouïa traumatisé le garçon. On le serait à moins.

Un peu d'histoire en accéléré pour bien comprendre le long-métrage :

Après la Seconde Guerre mondiale, les Français, les Belges, les Portugais, les Anglais, ..., entendent leurs empires coloniaux grogner. Les peuples ont des envies d'émancipation et le désir de choisir eux-mêmes leur statut politique.

Les Français, pour leur part, restent sourds aux revendications de décolonisation. Le sang va couler en Indochine (1946-1954), puis en Algérie (1954-1962).

On connaît moins la guerre d'Indochine, qui se déroule surtout au Vietnam. Le Viêt-Minh, parti politique communiste créé par Hô Chi Minh, et son armée se sont battus pour l'indépendance. Les Etats-Unis ont apporté une aide matérielle, financière et militaire aux Français, tandis que la Chine soutenait le Viêt-Minh.

Les différents partis indépendantistes nationalistes se livraient des luttes ; c'est le Viêt-Minh qui a remporté la guerre civile dans le nord. La France vaincue en 1954 à Diên Biên Phu a alors fait en sorte de créer un Etat non communiste au sud, en jouant des divisions, avant de retirer progressivement ses troupes. Mais cet Etat restait fragile et semblait du côté des "colonialistes" français et des "impérialistes" américains. Ainsi, la France a fait flamber la guerre civile : après la guerre d'Indochine, le Vietnam du Nord et le Vietnam du Sud vont se foutre sur la tronche de 1955 à 1975 ! Le premier est soutenu par la Russie et la Chine (of course), le second par les Etats-Unis (évidemment).

Et la France dans tout ça ? me direz-vous. Elle jouera un rôle de médiateur pour arrêter la guerre du Vietnam. C'est pas énorme ça ? Elle fout la m****, puis elle arbitre ! Oui oui, c'est plus compliqué que ce raccourci, mais quand même, c'est sacrément gonflé...

En 1975, les communistes lancent une nouvelle offensive d'envergure et les blindés nord-vietnamiens entrent à Saigon, dans le sud du pays. L'Etat est réunifié en 1976, mais on assiste aux horreurs de "la rééducation" du Sud et à l'émigration des boat people.

Il s'agit du premier conflit perdu par les Etats-Unis, et le plus cuisant de toute la guerre froide.

Maintenant, le film en accéléré :

On est en 1967. Le jeune Américain Taylor s'engage volontairement pour une année dans la guerre du Vietnam, avec la ferme et naïve intention de servir son pays. Il déchante devant les corvées réservées aux "bleus" - creuser des trous, des patrouilles interminables de nuit comme de jour, ... - découvre la réalité du pays : chaleur, moiteur, insectes, serpents, sangsues, pluie diluvienne, boue, végétation luxuriante, malaria, ... - ainsi que la vulgarité et la brutalité de ses congénères plus anciens sur le terrain.

Taylor, issu d'une famille relativement aisée, se rend compte qu'il est l'un des rares à avoir choisi de faire la guerre. Ses compagnons de galère sont quasiment tous des cas sociaux, des pauvres ou des Noirs américains envoyés de force au Vietnam. Il s'intégrera peu à peu et goûtera à la drogue qui permet de tenir le coup en Enfer, et d'échapper à la réalité.

Lors d'une opération dans la jungle, l'unité découvre des abris fortifiés et souterrains (des casemates), dont l'un est piégé : une bombe tue deux soldats, puis la sentinelle est retrouvée morte. Les bidasses trouvent des armes et de la nourriture dans un village de paillotes. Les paysans affirment avoir été obligés d'aider les Viêt-Congs, le Front de libération du Vietnam du Sud, soutenu par le Viêt-Minh. Submergés par la rancoeur d'avoir perdu des compagnons associée à la peur qui ne s'arrête jamais, les soldats vont se défouler sur les habitants. Les interrogatoires vont tourner à la torture et aux exécutions sommaires. Taylor sauve deux petites villageoises en passe d'être violées, mais on le voit s'endurcir au fil des jours.

Il écrit régulièrement à sa grand-mère, à qui il dit lutter contre l'épuisement et pour garder un équilibre moral, et avoue ne plus toujours savoir où sont le Bien et le Mal. Sa propre section est scindée en deux, la moitié des hommes, dont Taylor, soutient le sergent Elias - qui garde une humanité malgré l'horreur de ce qu'ils vivent - alors que l'autre moitié se range derrière l'impitoyable sergent Barnes au visage tout balafré.

Oliver Stone filme les dérapages des boys insuffisamment préparés, jetés dans une guerre qu'ils ne comprennent pas, la trouille scellée au ventre, de celles qui rendent fou. On devine également que la psychopathie de certains ne demande qu'à trouver un terrain de jeu.

Plus tard, la section est prise en embuscade. Barnes blessera Elias et l'abandonnera dans la jungle, tout en faisant croire qu'il a été tué par l'ennemi. Les Viêts-Congs l'achèveront. Taylor a tout compris, mais il est le seul à vouloir venger le sergent (un substitut paternel ?).

La fin du film montre des batailles effroyables et une attaque aérienne américaine à l'agent Orange, un défoliant (produit provoquant la chute des feuilles), et au napalm (produit à base d'essence qui s'enflamme et brûle jusqu'à l'os)Taylor, gravement blessé, a trouvé la force d'abattre le sergent Barnes, avant d'être évacué par hélicoptère. La jungle est jonchée de cadavres.

On imagine que la guerre est terminée pour le soldat Taylor. Mais on connaît la suite même si elle n'apparaît pas dans le film : il va rentrer chez lui, aux Etats-Unis, et affronter son stress post-traumatique : souvenirs récurrents, insomnies, dépression, cauchemars, ... Et, comme s'il n'avait pas assez souffert, le G.I. se fera cracher dessus par les pacifistes et montrer du doigt par la population haineuse, fatiguée de ce conflit interminable et perdu d'avance. Une seconde guerre commencera pour lui : celle de sa réinsertion sociale dans un pays qui le considère non pas comme un héros ou une victime mais comme un meurtrier. Et, si les séquelles psychiques sont insurmontables, peut-être que Taylor se suicidera, comme nombre de ces anciens combattants.

Quant aux Vietnamiens, ils devront affronter les communistes, mais aussi les conséquences à long terme sur les écosystèmes des épandages de millions de litres de défoliants ; sans parler des malformations congénitales, des cancers, des handicaps physiques et mentaux, ... Ces opérations aériennes visaient à raser la forêt tropicale pour "y voir plus clair", à empoisonner les récoltes et à affamer les populations locales. Une barbarie que certains nomment le Tchernobyl chimique. Un écocide qui a encore des conséquences aujourd'hui, parfois invisibles. Des enfants continuent de sauter sur des mines aussi...

Je ne connais pas de vétérans mais ils ont dû morfler en visionnant ce film. Oliver Stone ne ménage personne, on a droit à tout, absolument à tout, y compris à ce qui dépasse l'imagination la plus fertile. Une oeuvre épouvantable, indispensable, servie par une musique déchirante, efficace et des acteurs d'une crédibilité inouïe. Une leçon d'histoire où la réalité dépasse la fiction.

En anglais, platoon signifie peloton ou section.

Publicité
Platoon / Oliver Stone
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article