Sweet Sixteen / Ken Loach
Ken Loach est le réalisateur anglais subversif par excellence. Sweet Sixteen, sorti en 2002, est ce qu'on appelle du cinéma engagé. Pas de démonstration grandiloquente, pas de manichéisme réducteur, le propos est juste incarné, et servi par une brochette de bons acteurs. Le constat social y est noir, criant de vérité.
En Ecosse, Liam, un adolescent malin, déscolarisé, veut préparer la sortie de prison de sa mère toxicomane et l'accueillir dans les meilleures conditions. Elle sera libre la veille de ses 16 ans (d'où le titre du film). Il souhaite lui offrir une caravane.
La seule solution qui s'ouvre à lui pour trouver de l'argent est de se lancer dans le trafic de drogue, mais le caïd local - Douglas - entend bien le "récupérer" et ira jusqu'à le pousser à assassiner un homme. Dans cette scène, tout se lit sur le visage du garçon : l'incompréhension tout d'abord, la panique, l'hésitation, puis la détermination. Liam, pour "sauver" sa mère (et se sauver par la même occasion), fait le choix de basculer dans les bas-fonds du crime. Mais est-ce un choix pour lui qui disait rejeter la violence et préférer utiliser sa tête ?
Il se rendra compte que la commande du caïd n'avait qu'un but : éprouver sa fiabilité. Il était prêt à tuer et, même s'il a été arrêté à temps, un seuil a été franchi.
Douglas achète Liam en lui donnant les clés d'un appartement dans les quartiers chics. Ce dernier croit avoir atteint son objectif : il peut accueillir dignement sa mère le jour de sa sortie de prison. Une grande fête est organisée pour elle, à laquelle la soeur de Liam et son fils participent - alors que mère et fille ne se voyaient plus.
Liam est heureux et pense avoir reconstitué une famille "normale". Il imagine un nouveau départ, mais dès le lendemain matin il découvre que sa mère est partie rejoindre Stan. Il n'entend pas sa soeur lui expliquer qu'elle ne changera jamais, qu'il doit cesser d'y croire. Elle lui dit qu'elle est une junkie, qu'ils n'ont été désirés ni l'un ni l'autre et qu'elle continuera à passer d'un homme à l'autre, Stan ou pas.
Les rêves de Liam s'effondrent. Il court chez son beau-père pour tenter de raisonner sa mère, mais celle-ci ne veut pas le rejoindre et prend le parti de son compagnon. Liam, fou de rage et de douleur, passera à l'acte et poignardera cet homme qu'il hait.
Le film se termine sur la plage, Liam est perdu, le jour de ses 16 ans.
Un univers de précarité et de violence quotidienne, bien filmé, qui passe sans fioritures ni exagérations. Un bon film, vraiment très triste, qui sonne très juste.
Voir It's a free world du même réalisateur : http://zitoune.over-blog.fr/article-it-s-a-free-world-122281401.html