Un monde sans fin / Ken Follett
Je viens de terminer Un monde sans fin (2008) de Ken Follett. Je l'ai littéralement dévoré pendant mes congés. 1336 pages d'une police minuscule, pourtant tellement faciles à lire ; une seule explication : c'est divinement bien écrit (et traduit). Etalée comme une crêpe sur une chaise de jardin, en plein soleil, j'ai apprécié à un point inimaginable de rentrer dans l'univers anglais de cet auteur.
Ca se passe au XIVème siècle, au Moyen Age donc, en Angleterre. On se trouve immergé dans un monde brutal, rythmé par les guerres, ravagé par la peste noire, à la merci du clergé, des comtes, des baillis, des puissants seigneurs, des chevaliers et bien sûr du roi. Un monde injuste, corrompu et cruel où la maladie, la famine, la mort, les procès en sorcellerie, l'ivrognerie, les bagarres de rue, les intrigues et la fornication sont des rendez-vous quotidiens.
Quatre personnages hauts en couleur sont disséqués jusqu'à l'extrême.
- Ralph, une pourriture avide de pouvoir, cruel dès l'enfance, sadique accompli, violeur, meurtrier, commettra les pires crimes ; Ken Follett nous le fera haïr, tant et si bien qu'on oublierait presque son statut de personnage fictif ; on lui en veut !
- Merthin, son frère, est un garçon bourré de charme, intelligent, fidèle à lui-même, aux autres, et un architecte de génie ; Ken Follett nous le fera aimer, tant et si bien qu'on voudrait qu'il ne soit pas fictif.
- Gwenda est une paysanne pauvre, une serve pas très jolie, mais à la volonté plus que tenace, qui ne souhaite rien de plus que sortir de sa condition misérable et rendre les siens heureux ; Ken Follett nous l'attachera, tant et si bien qu'on voudrait l'aider.
- Et enfin Caris, un personnage que je ne suis pas prête d'oublier. La Louise Michel du Moyen Age. Une idéaliste qui se mettra constamment en danger pour défendre ses valeurs et lutter contre des croyances sans fondements, notamment au niveau médical (comme les saignées et les cataplasmes d'excréments d'animaux).
Révoltée par le sort réservé aux femmes à cette époque, on l'imagine être une ancêtre de Simone Veil. Lisez le livre, vous comprendrez de quoi je parle.
Au passage, connaissez-vous les symptômes de la peste ?
On commence par éternuer, on a de la fièvre, des démangeaisons, on sue (donc on pue), puis des saignements de nez arrivent avec des bubons énormes sous les aisselles, ainsi que des marques violacées ou noires sur le torse. Et une soif du tonnerre, inextinguible. A cette époque, cette saloperie a décimé les populations dans toute l'Europe. Les Italiens l'appelaient moria grande... la "grande mort". La grippe A fait figure de vulgaire rhume...
Les descriptions sont tellement fines dans ce roman historique qu'on a l'impression, après la lecture de quelques centaines de pages, de connaître la ville de Kingsbridge, de l'avoir réellement visitée dans ses moindres recoins. Tous ses habitants sont des familiers, les ruelles, la cathédrale, les échoppes, les coutumes, les us, tout fait partie du quotidien du lecteur.
On voyage. C'est tellement prenant ! On voudrait que le livre ne se termine jamais ; on pressent le vide qui s'installera, comme après le départ des gens qu'on aime.
J'ai ressenti le même coup de coeur que lors de ma découverte de Fred Vargas : un attachement irrationnel aux personnages, voire une identification puérile à certains, une lecture concentrée que rien ne peut déranger, des connaissances engrangées comme si de rien n'était, sans même m'en rendre compte, et l'envie pressante de me replonger dans un nouvel ouvrage de l'auteur en question. Paraît qu'il a écrit des thrillers politiques, ce n'est pas pour me déplaire ça.
Lire aussi Les piliers de la terre : http://zitoune.over-blog.fr/article-les-piliers-de-la-terre-53029168.html et Peur blanche : http://zitoune.over-blog.fr/article-peur-blanche-51162773.html