Lucy / Luc Besson
Le dernier Besson, Lucy - avec Scarlett Johansson et Morgan Freeman, vient tout juste de sortir au cinéma. Peu sensible à la publicité de manière générale, je m'y suis pourtant précipitée. Pari réussi en ce qui me concerne pour l'équipe de com... J'ai été tenue en haleine par la bande-annonce.
C'est ce qu'on appelle un blockbuster, c'est-à-dire un film à gros budget, une production exceptionnelle. Lors de sa sortie aux Etats-Unis, il a cartonné et rapporté 32 millions d'euros de recettes en un week-end, contre 30 millions d'euros pour le produire. Besson peut dormir tranquille, il est largement rentré dans ses frais pour sa 16ème oeuvre.
Action et science-fiction sont au rendez-vous. On retrouve la patte si particulière du réalisateur, et Eric Serra pour la musique. Un cocktail qui prend aux tripes.
Je sais bien que le monde de la critique dézingue assez régulièrement ce metteur en scène et lui reproche d'être un cinéma du gimmick* et de l'image-choc.
* Dans le langage courant, un gimmick est une façon de parler, de se comporter ou un thème récurrent, qui permet l'identification de son auteur.
Des personnes désobligeantes voient dans les films de Luc Besson une espèce de "catalogue de trouvailles". C'est pas faux mais moi j'aime bien l'idée de la nana toute menue qui dépote pour se défendre...
Ainsi, après Nikita (Nikita), Mathilda (Léon), Leeloo (Le Cinquième élément), Adèle Blanc-Sec (Adèle Blanc-Sec), voici Lucy, une héroïne assez quelconque au départ. Elle fait des études à Taipei (capitale de Taïwan) et aime faire la fiesta. Mais il va lui arriver un truc fou...
Synopsis vite fait. Lucy (la jolie Scarlett, pas Morgan Freeman) se voit contrainte de "transporter" dans son estomac un sachet de poudre bleue pour de féroces trafiquants de drogue coréens et leur chef, Monsieur Jang (le vilain Choi Min-Sik, acteur sud-coréen) ; lorsque celui-ci se déchire (le sachet, pas Monsieur Jang) sous les coups de pied dans le ventre d'un caractériel éconduit par la blondinette, celle-ci ne fait pas une overdose comme l'on pourrait s'y attendre, mais tout son être se modifie sous l'influence du produit de synthèse expérimental, le CPH4.
Lucy améliore peu à peu ses capacités cérébrales, qui passent de 10 % à 20 %, puis à 30 %, etc. Au fur et à mesure de la colonisation de son cerveau, elle comprend tout, apprend tout, contrôle tout - électricité, ondes magnétiques, matière, temps, apparence physique, pensées de ses congénères, ..., ressent tout, sauf la douleur et les émotions. Elle peut sauver le monde, mais physiquement y laisse des plumes... et ses jours terrestres sont comptés.
Le professeur Samuel Norman (Morgan Freeman) est un spécialiste du cerveau. Il a théorisé sur ce qu'un humain serait en mesure de faire s'il pouvait utiliser plus de 10 % de ses capacités intellectuelles. Pierre Del Rio (le charmant Amr Waked, acteur égyptien) est un flic plutôt ouvert et vif d'esprit. Le scientifique et le policier vont venir en aide à Lucy, chacun dans son domaine. Pour cela, la jeune femme doit les rejoindre en France.
Son objectif est de retrouver trois autres "mules" au bide rempli de produit bleu. Lorsqu'elle aura ingurgité leurs trois sachets, son cerveau carburera à 100 % de ses capacités. Elle pourra alors transmettre tout son savoir sur le sens et l'origine de l'existence au professeur Norman et à une poignée de ses collègues, réunis à la Sorbonne pour l'occasion.
Del Rio empêchera les Coréens d'atteindre Lucy, qui "part" pour un voyage à travers le temps et l'espace. Elle y rencontre une autre Lucy, le plus vieil hominidé connu, un australopithèque féminin. Leurs indexs se rejoignent comme dans La création d'Adam peinte par Michel-Ange sur la voûte de la chapelle Sixtine. L'index de Dieu rejoignant celui d'Adam et, ainsi, donnant vie à l'Homme.
A l'instant où Monsieur Jang tire sur Lucy, celle-ci se volatilise sur son fauteuil. Del Rio abat l'enragé coréen et demande à Norman où elle se trouve. Il reçoit instantanément un sms : Je suis partout.
Dans le même temps, un gigantesque ordinateur fabriqué avec la matière organique de Lucy délivre une espèce de clef USB contenant tout le savoir de l'Univers.
Ce film d'anticipation est juste incroyable. C'est pêchu, couillu, les effets spéciaux sont... ben spéciaux ET géniaux ; il y a tout ce qu'il faut : du suspense, des cascades, des courses-poursuites et, en plus, il est esthétique. Par contre, faut pas être trop sensible...
Manque juste une histoire d'amour entre Lucy et Del Rio... qu'on ne peut qu'imaginer puisqu'elle n'existe pas dans le film. La blonde a d'autres chats à fouetter.
On sait depuis longtemps que le cerveau humain est complexe avec ses 80 milliards de neurones qui établissent des milliards de milliards de connexions entre eux. Ce que l'on sait moins c'est que de nouveaux neurones naissent tout au long de notre vie et que les circuits cérébraux se réorganisent en fonction de notre vécu et des apprentissages.
Un mythe a été dégagé à l'occasion de la sortie de Lucy : toutes les zones du cerveau humain travaillent et pas seulement 10 %... Ouais ben j'émets quelques réserves pour certains... yeurk !
Y'a des gens qui n'ont pas aimé ce film "parce qu'il n'est pas crédible". La vache ! c'est crétin comme remarque... Evidemment, c'est de la science-fiction m'enfin ! Enfin bref, chacun aime ou pas ce qu'il veut. Moi c'est Lelouch et Godard qui me sortent par les naseaux.
Lucy questionne en arrière-plan : sur le sens de l'existence, sur le fonctionnement sociétal, sur les rapports humains, ... mais là faut utiliser au moins 10 % de ses capacités intellectuelles, sinon c'est mort, ou alors faut mater Arthur et les Minimoys.
Besson explique : Elle accède à l'intelligence et à la connaissance suprêmes. Plus Lucy développe ses capacités mentales, moins elle ressent d'émotions. Cela ne veut pas dire moins d'humanité. Les émotions ne sont peut-être que des réactions chimiques du corps. Et la notion d'humanité varie selon les civilisations. Il y a 4000 ans, les Incas offraient des vierges en sacrifice au dieu Soleil. Dans 4000 ans, quel regard sera porté sur notre civilisation ?
Oui, je suis une cinéphile bon public, accomodante, j'aime le cinéma propre à distraire, qui permet de se déconnecter de la réalité pendant une heure et demie, mais je vous assure que c'est un bon film, efficace. Oui, les critiques n'ont pas toujours été affriolantes dans la presse, mais vous n'êtes pas influençables, n'est-ce pas ? :-)
Question digne de la pire des commères : étant donné l'habitude qu'à Besson de se mettre en couple avec l'héroïne de son dernier film, va-t-il larguer sa femme actuelle pour Scarlett ?
