Crevard

Publié le par La Zitoune

Il y a quelques jours, je vous ai présenté Flo, petit zébulon tout vêtu de rose, attachiant et jaloux comme un pou. Un personnage de roman qu'on prend plaisir à suivre dans ses péripéties, parce qu'il embellit la vie.
Aujourd'hui, je voudrais vous présenter son exact contraire. Un dénommé... appelons-le Crevard, un type tout gris qui éteint tout ce qu'il touche, surtout quand il a l'ascendant ou une autorité ; ce qui lui arrive quasiment tous les jours, puisqu'il est prof. Prof d'histoire, pour les curieux.
D'abord, il faut que je vous le décrive physiquement, non pas parce que c'est important, mais parce que le caractère du gus a façonné son aspect extérieur, au-delà de l'imaginable. Eh oui ! en ce qui le concerne, le délit de faciès n'existe pas. N'en déplaise aux édulcorés-par-principe, il est absolument ce qu'il a l'air.
Crevard a l'air mauvais. Aucune douceur ne se dégage de lui. Il est brutal, dans ses gestes, sa voix et ses sourcils. Oui, les sourcils de Crevard sont incroyablement mauvais. Touffus, broussailleux... et mauvais. Avoir le sourcil inquisiteur n'est pas donné à tout le monde. On ne peut pas lui enlever ça.
Le mec porte des costumes vieillots, sombres, trop grands, une cravate sans âme, qui semble indiquer la direction de son entrejambe. Entrejambe qu'il touche sans arrêt avec une main dans la poche de son pantalon à pinces. Le mec s'imagine que s'il te regarde dans les yeux et toi dans les sourcils, tu ne vas pas t'apercevoir qu'il se gratouille le paquet ou se le remet en place, je préfère ne pas savoir ce qu'il fait. Il est repoussant. Quand il tend sa main molle et moite, oui oui celle-là, on ne rêve plus que du moment où l'on pourra se laver à l'eau savonneuse.
Mais le pire reste à venir.
Crevard fait de la psychologie sauvage, use et abuse de grandes théories pédagogiques mal digérées, qu'il étale avec un air péremptoire agaçant. Les élèves le détestent, mais pas autant qu'ils le craignent. Ses collègues le fuient, lèvent les yeux au ciel à l'évocation de son nom. J'en soupçonne certains d'avoir honte pour lui. Peine perdue.
L'injustice dont il fait preuve quotidiennement n'a rien à envier à sa méchanceté gratuite. Ses mots sur les enfants dégoulinent de malveillance, d'esprit vengeur, d'une soif d'humilier. Des grands mots pour démontrer sa petitesse.
Aujourd'hui, Crevard a été inspecté dans sa classe.
L'inspecteur - manifestement bien informé sur la bête, a pondu un rapport terrible sur cet homme ; rapport qui m'a emplie - malgré moi - d'une joie sourde. À sa lecture, je me suis fait violence pour ne pas entamer une petite danse de l'allégresse sur mon bureau.
Les gamins ont foutu un bordel pas possible, et Crevard a pété les plombs. L'inspecteur n'en a pas loupé une miette. Le syndrome de Stockolm fonctionnerait-il mieux sur grand écran que dans la vraie vie ?
Crevard a demandé une copie du rapport. Je lui en ai fait une... en couleur ! En lui tendant le document, avec un sourire sans équivoque, j'ai eu très envie de lui proposer de le mettre sous verre pour qu'il puisse l'accrocher au mur de son salon. Mais j'ai fermé ma gueule.
Les hommes comme lui ne méritent pas notre haine.

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Crevard

Publié dans Historiettes

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