C'est qui qui gagne ?
"Donne-moi un thème d'écriture steplaît" ai-je glissé entre deux cris rauques du coq sous amphétamines, au loin, pas si loin, au coeur du village, à deux pas quoi !
... COCORRRRRICOOOOOOO keuf keuf keuf !
J'attends la réponse... qui viendra sans doute après que l'église aura vomi son dernier boiiiiiinnngggg, en regardant la populace païenne du haut de sa superbe.
... BOIIIIIINNNGGGG !
"Facile ! La victoire du Paris-Saint-Germain face à l'Atalanta Bergame !" me répond-il avec l'air ha-bité du supporteur de la première heure, en se frottant les tibias comme s'il avait lui-même pris des coups de crampons sur le terrain. Encore 30 secondes et il se roule en boule par terre en grimaçant de douleur. Prenons l'air désinvolte, n'ayons l'air de rien... 🥴
Je ne peux pas refuser ce thème puisque j'ai regardé le match avec lui après qu'il m'a ficelée sur une chaise et scotchée les paupières devant son écran géant. C'est beau l'amour ! 😍
Alors... contextualisons.
Déjà, il faut vouloir le regarder ce match, puisque les chaînes gratuites ne le diffusent pas et qu'il faut s'abonner. Ça, c'est fait. Les bières fraîches du cru sont décapsulées et attendent docilement à côté du pain à l'ail, que la chienne vient de renifler du bout de la truffe avant de prendre un air dégoûté. Lorsque l'on sait qu'elle raffole des merdes de chat et se vautre sur les charognes écrasées sur la route, on prend la mesure de son hypocrisie sociale à cette dégueulasse... 😁
Après les palabres soporifiques à n'en plus finir des commentateurs sportifs, les joueurs entrent sur le terrain au petit trot, en tortillant des genoux et en remuant du boule.
Ça commence bien... je ne reconnais personne... AAAH SIII ! "Voilà Neymar ! Ouben... quelle barbe horrible... On dirait un hipster ha ha ha ! Humm... pardon... Mais ?? C'est Mbappé qui fait la gueule là ? Mais pourquoi il ne rentre pas sur le terrain lui ? Qu'est-ce qu'il fout assis cette feignasse !? C'est depuis qu'il tourne dans des pubs ça ! Quelle honte ! Au prix où on les paie !! Remboursez !" commencé-je à beugler avec une voix de crécelle rouillée.
"Il est blessé. Il ne pourra pas jouer tout le match" m'informe calmement une voix grave sur ma droite. Ça, c'est fait.
"Mouhahaha ! Les arbitres ressemblent à des flamands roses" remarqué-je à voix haute pour faire mon intéressante. "C'est pour bien les distinguer des joueurs" me lance paisiblement le long type à ma droite, sur le ton docte du scientifique animalier qui a parcouru la savane en long, en large et en travers et dont le corps porte encore les stigmates de rencontres inopportunes.
Ayé, ça commence ! Le chronomètre a démarré. Le Pink Floyd a sifflé. Les mecs courent. L'église sonne. Le pain aillé est delicious. La binouze est fraîche. Le coq et le curé ferment bien leur gueule.
Les gradins sont désespérément vides mais une bande sonore envoie du bois comme si Johnny faisait un concert post mortem. C'est assez glauque. On se croirait devant le Téléshopping de Marie-Ange Nardi.
"C'est les blancs les Parigots ?" demandé-je au bout d'un moment. "Oui. Et c'est bien de t'en rendre compte après un quart d'heure de match plutôt que lors des prolongations" me dit le truc longiligne vautré sur le canapé à ma droite. "Pfff..." r-éponge, hautaine et désinvoltée, en avalant une gorgée de bière déjà tiédasse.
Puis tout bascule. Et c'est la guerre des nerfs qui s'enclenche. Le supporteur filiforme se met à vomir des phrases ulcérées : "Neymar ne va pas au bout de ses actions. Chuis sûr qu'il le fait exprès ! Il veut quitter Paris pour Barcelone et on l'en empêche ! Nan mais c'est pas possible, il ne cadre même pas !!! Arghhh ! Mais joue, meeeeerrrrrdeuuu ! Il le fait exprès, chuis sûr !"
"Ah" dis-je avec un air suspicieux en complétant ma grille de mots croisés force 3. Et ajoute avec un air faussement initié : "Ben oui, joue ! T'es pas à la danse mon gars !", qui passe crème.
Puis c'est le but italien, de Pasalic - un nom de pasta - illico pesto. La catastrophe nucléaire. Un tsunami émotionnel. La fin du monde. Le mec à ma droite se tient le visage à deux mains, les genoux sous le menton et pousse des petits cris pouvant évoquer le cochon qu'on découpe vivant. Le pauvre hère est au bout de sa life. Il se lève pour vapoter à la fenêtre et se fait alpaguer par le voisin imbibé d'en face, qui lui n'a pas payé pour voir le match : "C'est qui qui gagne ?" demande celui-ci en tournant le couteau dans la plaie dans le sens des aiguilles d'une montre. "Les zôtres ! C'est mort !" répond le fanatique au bord du suicide, une jambe dans le vide au-dessus de la rambarde. Comme je ne bouge pas du canapé, il renonce à la mort et mange du pain à l'ail.
"Mbappé ne rentre pas ?" demandé-je la bouche en Q de poule après la mi-temps. Un "Chaipas" traverse le salon en sifflant tel un obus fumant.
Le match a repris. Neymar se roule par terre comme une mauviette, personne ne le calcule, alors il se relève. Ce boloss.
Enfin, Mbappé-la-fusée fait son entrée. Il était temps, tout s'anime alors. Il réveille tout le monde, téléspectateurs et joueurs.
Et vlan ! Deux buts pendant le temps additionnel !
Un de Marquinhos qui verra le supporteur s'éjecter du canapé tel un zébulon, les bras en l'air, en vociférant des "YES ! YES ! YES ! On va aux prolongations !". Cris de joie qui auraient pu se suffire à eux-mêmes pour renseigner le voisin aviné sur qui venait d'encaisser un but, mais celui-ci dira tout de même : "C'est qui qui gagne ?" 🤪
Un de Choupo-Moting dans la foulée qui entraînera chez le supporteur un AVC de liesse allongé sur le carrelage, et plus de prolongations, et chez le voisin alcoolo... un autre "C'est qui qui gagne ?" 🤪
Vivement la demi-finale, qu'on rigole ! 😄
/image%2F1180522%2F20201012%2Fob_b3de3c_culotte.jpg)