Bon ben voilà...

Publié le par La Zitoune

... ça fait des semaines que le rendez-vous est pris et qu'on se fait du mouron, et on y est, enfin. Le temps est toujours le plus fort. Il domine l'intégralité de nos misérables existences. C'est Lui, Dieu ! Le Temps qui passe ! Il creuse des tranchées sur les visages et dans les cœurs, fabrique des plaies, mais soigne aussi, les blessures, les chagrins, les marches ratées de la vie, descendues ou montées trop vite. C'est Lui, Dieu ! Il a le pouvoir de tout te prendre, de tout te donner, et, parfois - instants rares et précieux - de tout te rendre, en suspendant... son vol.
Celui des cerises.
Qui d'autre que Dieu pourrait faire tout ça ?
D'ailleurs, le monde entier sait qui Il est et Le prie plusieurs fois par jour, sur tous les continents, sinon pourquoi porterait-on des montres ? Pourquoi accrocherions-nous des pendules sur les murs de nos foyers ? Des horloges astronomiques sur les cathédrales ? Pourquoi égrénerions-nous les heures comme des chapelets ? On attend qu'Il nous dise qu'il est le moment de naître, de babiller, de remplir sa couche, de manger, de dormir, de se lever, de travailler, d'enfanter, de lutter contre l'ostéoporose, de mourir, ou pas. De Le perdre ou d'En gagner. D'allumer un cierge sur un autel, de boire du bon rouge aux chandelles et de continuer à manger ou non le corps d'un autre, un être chaire.
Être en retard ou en avance... le Temps nous donne rendez-vous et joue avec nous. Mais il gagne toujours à la fin, comme Starsky et Hutch.
Le Temps qui passe est Dieu. L'idée vient de me fulgurer aux poings. Je me découvre croyante et pratiquante après plus d'un demi-siècle d'errance et de lutte nihiliste. Ça me fait un truc. Je le confesseS volontiers. 

Les portes automatiques s'ouvrent devant nous comme pour nous dire "Bienvenue !". Qui pourrait être enthousiaste à l'idée d'entrer dans ce temple aseptisé pour se faire tripoter, questionner et pour poireauter, de longues heures interminables ?! Bienvenue... j't'en foutrais... Face à la porte, un distributeur énorme de mauvaise bouffe nous fait des clins d'oeil à 2 € pièce. Garde tes barres chocolatées. Vade retro, Cellulitas ! Et ton café trop amer ! Blasphème ! 
Un coup d'ascenseur. On appuie sur les boutons avec les coudes, on pousse les portes avec les pieds, et nous voilà dans la salle d'attente. 47 GUICHET 2 crie le panneau lumineux au bout d'un moment, comme s'il vomissait. "Caaaarte vitaaaale" bêle la secrétaire peroxydée aux gros poumons, un peu trop rapprochés pour être honnêtes. Une autre salle d'attente. Je lui gratouille le cou pour l'aider à gérer son stress. J'essaie de trouver les mots, les bons mots. Elle m'assure que tout va bien. Je lui fais remarquer une prise de courant inaccessible, tout en haut du mur et les chaussettes en accordéon d'un homme qui passe en claudiquant. Nous buvons un café amer en faisant la grimace. Puis on l'appelle et elle s'en va, vulnérable, encadrée par deux infirmières à crocs roses. Un lot promotionnel sans doute ?
C'est alors que le Temps décide de s'amuser avec moi. Il ralentit sa course, comme pour me rappeler qu'Il est le chef et que mes supplications n'y pourront rien changer. La messe est dite, en latin s'il le faut. Dieu est dur à la négociation. Il doit être à la CGT.
Puis je la vois au bout du couloir. Je la reconnais avec ses éternels jeans et ses pieds à 10 h 10 dans ses baskets, ou plutôt à 11 h 05. L'examen s'est très bien passé, c'est déjà ça. "Le produit m'a chauffé partout, jusque dans les fesses !" me lance-t-elle en riant. J'ai envie de danser la gigue dans les couloirs et de la prendre dans mes bras.

Pousse-toi, le Temps ! Maintenant on va donner du temps au temps, ne t'en déplaise, boire un rhum bien bien arrangé et manger des acras de morue. 
C'est là que son téléphone a sonné et que la pression est retombée. J'ai entendu un type lui parler d'un programme d'isolation de sa maison et comme il insistait lourdement, il s'est pris dans les dents un "Je ne vais pas l'isoler deux fois quand même !" avant de se faire raccrocher au nez. 😂🖕

Viens là que je te dise à quel point je t'aime, ma petite Maman. Tout va bien aller, tu verras.

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Illustration magique de Sakado, alias Jean Perrochaud.

Illustration magique de Sakado, alias Jean Perrochaud.

Publié dans Lys

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