Comme une poiscaille
Wouahouuu ! Je ne pensais pas m'en sortir aussi bien. Je sens tous les muscles de mon corps se délier, s'étirer, j'avance vite. Quand elle m'a demandé mon niveau, je ne savais pas trop quoi lui répondre, alors dans un moment d'optimisme béat j'ai sous-entendu que je me débrouillais plutôt bien. Elle m'a crue sur parole, cette nouillette, comme si j'avais la tronche à dire tout le temps la vérité ! Et elle m'a foutue dans le groupe 4, celui des "assez fortes". Je n'étais pas peu fière, même si un fond d'inquiétude me serrait un peu l'estomac.
Je reste dans mon couloir et donne le meilleur de moi-même. Au bout de quelques mètres seulement, mes jambes se mettent à me brûler. Elles deviennent dures comme des cailloux. Les autres grognasses en profitent pour me doubler, l'air de rien, les unes après les autres, avec une grâce indécente et un sens de la compétition assez ridicule, je dois dire. Moi je suis trempée, mais elles ont le teint frais, à croire que je suis la seule à souffrir et à fournir des efforts. Je jette quand même un coup d'oeil en arrière pour voir si je peux encore espérer arriver avant-dernière, mais penses-tu ! Elles sont déjà toutes en rang d'oignons à regarder mon final, les mains sur les hanches. C'est assez gênant d'être le centre de l'attention comme ça. Je suis timide moi ! Oui ben ça s'voit pas mais j'le suis !
Ayé ! Je suis arrivée, sous un tonnerre d'applaudissements. Je ne savais pas que la dernière était le vainqueur ! Je monte à l'échelle et sors de l'eau en me la pétant un peu. J'hésite à lever les bras pour signifier mon contentement d'avoir gagné, j'ai peur de paraître prétentieuse. Je m'imagine en sirène dans le maillot de bain rouge de Pamela Anderson. Il n'y a pas de mal à s'inventer ! C'est mon quart d'heure de gloire, je le savoure.
Mais la nouillette des inscriptions me regarde dans les yeux. Pourquoi elle me fixe comme ça ?! Je lui fais un petit signe de la main, lui souris de toutes mes dents et là, elle tend le bras et, de son index, sans un mot, le visage sévère, me montre le groupe 7, celui des plus nulles. Ou plutôt de celles qui font de la "natation loisir" ; le genre à barboter dans le pédiluve et à s'entraîner à l'apnée dans leur baignoire. Tout à fait moi hé hé ! Toi qui me lis, tu devrais essayer au lieu de rigoler bêtement, c'est rigolo l'apnée en baignoire. Tout est bizarre quand on a les oreilles sous l'eau. On entend un autre monde, très bruyant et reposant à la fois. Comme un retour aux origines maternelles, avant que les emmerdes commencent. Bref.
Le groupe 7, donc. Pfff... c'est gonflé... j'ai même pas bu la tasse une seule fois et j'ai fini la course ! Et c'est pas parce que j'ai fait un plat qui claque sa race au départ, en guise de plongeon, qu'il faut juger aussi radicalement le reste de ma prestation ! J'ai fait ____ au lieu de /!, il n'y a quand même pas mort d'homme ! Bref. Quand on n'a pas le sens esthétique, hein...
C'est en remettant mon maillot bien dans l'axe de mon derrière que j'ai aperçu Fabien, mort de rire derrière un pilier. Je lui ai fait un majeur de loin et tiré la langue, à ce boloss. Lui, il s'est fait inscrire au groupe 3, après avoir confirmé avec un aplomb terrible qu'il maîtrisait les quatre nages. Mouhahaha ! Je vous tiens au courant, la chenille va bientôt plonger. Il est très beau, mais également entouré de malabars à tablettes et gros pecs qu'on dirait du 95E, je sens que je vais bien rigoler au moment du papillon. 🦋😆
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