Pétrus Gagnon - chapitre 3

Publié le par La Zitoune

Ce matin, je l'ai aperçu près de notre nouvelle poubelle au pied de l'immeuble. En caleçon Bob l'éponge et tee-shirt marcel floqué : "Moi, j'❤ la France". Tout est dans le "Moi". Comme un aveu. La vermine.
Il se tenait le bas-ventre et hurlait "Ma bourse ! Ma bourse !"
Le rustre pleurait comme vache qui pisse, on ne voyait plus ses yeux derrière ses lunettes embuées. Il reniflait tout en donnant des coups de langue rapides, dans le but de choper sa morve avant qu'elle ne remonte comme un ressort. Un spectacle à vous dégoûter à vie des mollusques marins bivalves. Croyez-moi sur parole, j'ai enseigné quelques années, je m'y connais en morvelle.
J'ai d'abord cru qu'on venait de lui voler son porte-monnaie, à ce radin congénital. J'ai souri en l'imaginant grimé en Harpagon, réclamant sa cassette : "Hélas ! mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami ! On m'a privé de toi ; et puisque tu m'es enlevé, j'ai perdu mon support, ma consolation, ma joie ; tout est fini pour moi, et je n'ai plus que faire au monde ! Sans toi, il m'est impossible de vivre".
Mais madame Gagnon, Pétronille de son prénom, est montée sur scène, dans une robe de chambre Reine des neiges beaucoup trop petite pour elle. Les boutons au niveau de sa poitrine ressemblaient à des amateurs d'escalade qui auraient décroché et qui - pendus dans le vide au bout d'une corde - retiendraient leur respiration en priant tous les dieux que le noeud ne lâche pas.
Je me pensais bien cachée derrière mes nouveaux rideaux de salon (12 € la paire en promo chez Carrouf) lorsque la rombière a hurlé dans ma direction :
"APPELEZ LES POMPIERS VOUS, AU LIEU DE NOUS REGARDER SANS RIEN FAIRE !"
C'est seulement là que j'ai compris que Pétrus Gagnon avait un problème à LA valseuse. En effet, s'il avait eu un problème aux DEUX glaouis, il aurait crié "MES bourses ! MES bourses !" - puisqu'il s'agit bien d'un organe paire - mais là il beuglait bel et bien "MA bourse ! MA bourse !" Oui, je sais, mon raisonnement logique est implacable, un vrai don du ciel.
Aux petits cris que la bête sauvage poussait, on pouvait comprendre aisément que la douleur était aiguë voire insupportable. Le pauvre Pétrus faisait peine à voir, tremblant sur ses quilles. Je ne suis pas médecin, mais je pense pouvoir poser un diagnostic assez sûr après étude des symptômes. Le bougre doit souffrir d'une... tatatam... roulements de tambour... torsion du testicule !
C'est ce que j'ai découvert dans ma grosse encyclopédie médicale. C'est très bien expliqué, sur deux pages. Avec des dessins, un glossaire et tout et tout. Il y a même la photo d'une coucougnette coupée en deux, c'est pas beau à voir. Encore plus laid que d'habitude, c'est vous dire. Entre une paire de "ça" dès le début de la vie et des seins qui tombent sur le tard, mon choix est fait ! Mon Dieu que c'est vilain ! Les reptiles ont la décence de garder leurs gonades internes, mais les hommes eux - toujours plus malins que les autres - ne peuvent pas s'empêcher de les exhiber dans leur scrotum. Et ils critiquent le foutoir dans notre sac à main !!
Chaque roupette pèse 20 g à peine et on en entend parler à longueur d'année. Est-ce qu'on les bassine avec nos ovaires, NOUS ?!! Est-ce qu'on les remet en place dès qu'on s'assoit dans la voiture ?? Est-ce qu'on vérifie sans cesse qu'on ne les a pas perdus ?!!
Bref. On a la classe internationale ou on ne l'a pas. 
Donc, pour résumer ma lecture minutieuse des maladies des roubignoles qui vrillent, je dirais que : la glande - un jour de folie soudaine, s'enroule avec le cordon spermatique - qui n'a rien vu venir, ce mou du bulbe ; les vaisseaux sanguins assurant l'irrigation du testicule sont alors comprimés. Et c'est là en général que le mâle concerné se met à chanter comme "Bronski Beat" en se tordant de douleur.
Heureusement, le ridicule tue rarement.
C'est lorsque j'ai lu qu'en cas d'urgence (taux de décibels élevé) une intervention chirurgicale dans les plus brefs délais était nécessaire, que j'ai composé le 18... après avoir pris soin de recharger à bloc la batterie de mon téléphone et bu mon café tant qu'il était chaud. Le café froid ça énerve, j'aime pas.
Depuis, je languis de voir Pétrus sortir de l'hôpital. Il me manque tellement... On ne se rend pas toujours compte qu'on s'attache aux gens, puis un jour il leur arrive une couille et tout est dépeuplé.
Je m'imagine le croisant au local à poubelle, lui souriant en sortant ma langue de vipère :
"Aaaah mais vous êtes rentré de l'hôpital, Monsieur Gagnon ! Je ne savais pas ! tsss... tsss... Alors ??? tsss... tsss...
Comment ça va MA COUILLE ?"

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Pétrus Gagnon - chapitre 3

Publié dans Lys

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