Pétrus Gagnon - chapitre 4

Publié le par La Zitoune

Reine Durand a convoqué toute l'impasse à une réunion d'information sur le taoïsme.
Encore une de ses lubies passagères.
Pour l’occasion, j’ai sorti ma tenue de panthère ras le persil et mes bottes de pute en cuir (les bottes, pas la pute). J’ai eu très chaud, pué des pieds, mais mon entrée dans son luxueux salon a marqué les esprits. C'est ce que je voulais. Provoquer la bourgeoise de Gauche.
En m'apercevant, la mère Chèvreton en a perdu son stérilet. Au vu de sa tête quand elle a regardé l'objet gisant à ses pieds, elle avait dû oublier son existence depuis des lustres. Il était tout rouillé.
Maintenant on en est sûrs : MADAME CHÈVRETON N'A PAS DE CULOTTE !
La Reine mère, complètement exaltée, nous a fait un cours magistral sur le yin qui symboliserait le faible, l'intériorité, le principe féminin et le yang qui évoquerait la force, l'extériorité, le principe masculin.
Dusse père a pouffé : "Ha ha ha ! la force des hommes contre la faibl…", mais un coup de coude dans les côtes de la part de son fils l'a stoppé net, en plein vol. Avoir honte de son parent n'est jamais très confortable. 
Je me suis penchée vers le père Dusse pour lui susurrer quelques mots de réconfort à l'oreille : "Que la force soit avec toi, Jean-Claude, tu vas bientôt conclure ! On va faire un petit planté du bâton et on ira boire un verre de vin chaud !" Le pignouf n'a pas compris mon allusion cinématographique et a sans doute vu des métaphores là où il n'y en avait pas. Il m'a fait un sourire édenté mais néanmoins carnassier, qui m'a littéralement soulevé le cœur de dégoût. Pour le calmer, je lui ai planté ma lime à ongles dans la cuisse. Il a pleuré en silence, digne. C'était émouvant.
Blanquette Chèvreton et Jean-Jacques... (mais si ! vous savez ! le pote de Pétrus Gagnon...) m'ont semblé particulièrement proches et très peu attentifs lors de cette conférence. Va falloir que je les espionne de plus près ces ceux-là. Ça ferait des cochoncetés en loucedé que ça ne m'étonnerait pas.
Je n'aime pas quand quelque chose m'échappe dans l'impasse. Théopile Gauthier m'appelle "Le périscope" et son mari - Stépane Mallharmé - ne manque jamais de rajouter qu'en tant qu'espionne je fais "les meilleures coloscopies du quartier". Ça me rend fière. J'adore ce couple, il cancane plus que moi, alors prendre le café avec eux deux et partager nos informations sur cette bande de dégénérés qui nous sert de voisins me met toujours en liesse.
Et ça me permet de tenir mes fiches à jour (y compris les leurs, mais ça ils l'ignorent, évidemment).
J'ai des dossiers sur tout le monde, rangés par ordre alphabétique, avec des onglets de couleur et des étiquettes faites à la machine.
Monk serait fier de moi. 
Parfois, la police ou les impôts me demandent des renseignements et, bien sûr, je m'empresse de délat... de leur donner !
Cindy, la jolie caissière de Carrouf, celle qui fait craquer Pétrus-ma-couille, est venue avec ses jumeaux. Insupportables et d'une laideur sans nom, ces deux merdeux en couche n'ont rien trouvé de mieux que de se prénommer Nabillo et Nabilla. C'est dingue d'avoir aussi peu le sens du ridicule !
Ils ont couru partout, sous l'oeil attendri d'Albert Fish, qui les imaginaient sans doute déjà aux petits oignons, avec un bouquet garni, des petites patates et quelques navets.
Alors que madame Durand s'égosillait debout sur une chaise Ikéa, Pétrus (convalescent du glaoui tordu) et Pétronille, sa douce rombière, longaient les tables du buffet pas encore ouvert et remplissaient discrètement des Tupperware avec tout ce qu'ils pouvaient glaner de nourriture. Forts de leur expérience dans les vernissages divers et variés, nos deux lascars n'ont pas manqué de transmettre leur art du pique-assiette à Fulbert, leur fils de 14 ans, boutonneux, malodorant et gras du cheveu. Si bien que celui-ci - plus ambitieux que ses parents - s'est occupé de dévaliser les Durand à l'étage tandis que l'assemblée comatait sur sa chaise au rez-de-chaussée, n'attendant que les petits fours.
À la fin de son exposé ronflant, la mère Durand, cocaïnomane surexcitée, nous a demandé de trouver un exemple concret pour illustrer son concept. J’ai levé le doigt, et sans attendre qu’on me la donne, je l’ai prise :
"Les Témoins de Jéhovah viennent sonner chez moi un dimanche matin à 9 h, alors que je suis rentrée à 7, gorgée de rhum arrangé. Que fais-je ?
J'écoute leurs arguments contre la transfusion sanguine - c'est le yin - puis je les gifle très fort - c'est le yang."
Ce que j'ai lu dans le regard de l'assemblée médusée est indescriptible.
Beaucoup de yang, très peu de yin.
Ces gens-là et moi, on n'a vraiment rien à se dire. 😤

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Pétrus Gagnon - chapitre 4

Publié dans Lys

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