Médaillée olympique
À la fin d'une compétition acharnée et interminable, une jeune fille me tendrait une serviette éponge pour absorber mon abondante transpiration, signe caractéristique d'un effort surhumain. Je goutterais sur le bitume, mais saluerais fraternellement mon adversaire, dépitée devant ma supériorité une fois de plus démontrée à l'Univers tout entier. À coups de grandes claques dans le dos, j'encouragerais cette loseuse à ne pas baisser les bras.
Puis, sur la première marche du podium, je lèverais les miens. Mon énième coupe au-dessus de ma tête, les coudes bien tendus, après l'avoir embrassée à pleine bouche, sous les hurlements hystériques d'une foule en délire, je verserais une larme d'émotion en remerciant mon entraîneuse, ma cousine Bess et mon oncle Bernie pour leur soutien indéfectible depuis toujours.
Le peuple scanderait mon prénom comme un mantra et une ola improvisée en mon honneur ferait la Une des journaux télévisés du monde entier. BFM TV passerait mes exploits en boucle en usant et abusant de qualificatifs sensationnels. Les trois députés présents dans l'Hémicycle de l'Assemblée nationale feraient une pause dans les débats à l'annonce de mon record olympique et, une main sur le coeur, entonneraient la Marseillaise d'une seule voix.
On parlerait de mon palmarès inégalé à ce jour, de ma volonté inébranlable, de ce mental d'acier et de mon corps parfait. On me comparerait à Teddy Riner. Michel Onfray écrirait un papier en urgence pour me traiter de cyborg et Nelson Monfort me poserait des questions complètement niaises, auxquelles je répondrais pour me débarrasser, vite fait. "Vous avez dû beaucoup vous entraîner pour en arriver là ?" Ben non, gros bêta, c'est le résultat de longues siestes sur le canapé ! "Vous êtes contente d'avoir gagné ?" Ben non, Nigaud, j'en ai rien à fiche ! "L'Équipe" dresserait mon éloge, de mon vivant, dithyrambique, enflammé. Je serais une dieuse. Une surfemme.
Mes tablettes de chocolat, mon fessier porté haut et mes seins fiers feraient saliver de désir les hommes et crever de jalousie les femmes.
Certains commenceraient à parler de dopage, mais mes analyses d'urines - brandies par mon staff et les organismes de contrôle - leur fermeraient aussitôt le clapet putride.
Je finirais la nuit dans une boîte branchée, entourée de beaux mâles en rut, tous à mes pieds, de coupes de champagne millésimé et d'entrecôtes recouvertes d'or. On jetterait dehors Christine and the Queens, Rachida Dati et Bernard Ménez, infiltrés malgré la vigilance de mes nombreux bodyguards.
Enfin, je refuserais d'être décorée de la Légion d'honneur par un Président sociopathe qui - jour après jour - nous mènerait droit dans la fosse de la bête immonde.
Je serais une grande championne. Une Jésus de Nazareth. La réincarnation de Marie-José Pérec.
Mais, au lieu de courir le 400 m comme une dératée, je viens d'aller chercher du pain aux noix à la boulangerie à deux kilomètres de chez Fabien - pour accompagner ce merveilleux bleu d'Auvergne - juchée sur mon mini-vélo acheté 20 balles sur Leboncoin... ET J'AI UN DE CES MAL AUX FESSES, LA VACHE !!!
J'aurais pourtant dû être une grande sportive.
C'était écrit ! 😃
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