Coup de chaud
Tu vois ce que c'est une canicule ? Quand tu n'es bon(ne) à rien, vautré(e) sur le canapé, les jambes écartées devant le ventilateur, en slip kangourou ou culotte en dentelle, les bras en croix, comme Jésus assommé par un soleil de plomb.
Tu es tellement mal que tu as l'impression d'être malade, d'avoir de la fièvre. Tu prends des douches froides à répétition, qui te soulagent sur l'instant, mais à peine le pommeau reposé sur sa base, tu recommences à te liquéfier. C'est le paradoxe des grosses chaleurs : le temps de compter jusqu'à 10 et ton pauvre corps meurtri est déjà tout sec et pourtant tu coules tu coules tu coules, comme un ru ininterrompu. Tu bois des litres d'eau, mais tu sues tellement que tu ne vas même plus aux toilettes. Ta raie des fesses est une rivière, tu sens la marée, et je ne te parle pas d'entre tes seins, ni d'en dessous ! Quant à la peau de tes couilles, elle ne fait plus qu'une avec tes cuisses. On dirait qu'un rat se décompose sous un meuble. Tes aisselles sentent l'eau croupie. Tes pieds... non, rien.
Tu ressembles à Blondin attaché au cheval de Tuco, dans la fournaise du désert américain ou à une tomate cerise oubliée sur un muret. Tu relativises du mieux que tu peux ; toi tu as la chance de ne pas travailler dehors ou sur un toit, et tu peux boire de l'eau potable et froide autant que tu veux. Tu as honte de te plaindre. Mais il n'empêche que tout te coûte. Le moindre geste te demande des efforts surhumains et une volonté d'acier. Même répondre au téléphone est une corvée. Manger est pénible. Les secondes comptent pour des minutes. Tes nuits sont pires que tes jours, avec les moustiques en plus et les draps qui collent comme du sirop d'érable. Tu manques d'air, ne respires plus, tes poumons appellent à l'aide. Tu rêves qu'on te rase la tête, mais tu ne connais pas de SS. Ta vie n'a plus d'intérêt, tu te jures que dès la fin de cette canicule tu investiras dans une bicoque en Bretagne, même si tu dois t'éclairer à la bougie et laver ton linge à la main. Toi qui détestes le shopping et la foule, tu erres comme une vieille patate cramée dans les rayons des magasins climatisés. Ton Rimmel dégouline sous tes yeux, mais heureusement ton masque cache la misère.
Cette vie est devenue un cauchemar. Il fait 39 ° à l'ombre, tu peux te choper une grippe de la mort en te grattant le nez, mais Macron fait une fixette sur les tee-shirts trop courts des gamines à l'école. Tout va bien. Pas d'affolement. Nos dirigeants sont au top. Au crop top même. Charognards si peu à même de considérer les priorités.
Bientôt, il fera 50 ° à l'ombre, mais les abrutis qui nous gouvernent et leurs potes pleins aux as s'en cognent, ils auront la climatisation partout, eux, même dans leur cercueil. Et ils transpirent du Hugo BoSS.
Ce monde fond de la bêtise humaine et on accuse (encore) le soleil, les pangolins, les immigrés et ces salauds de pauvres qui prennent leur retraite trop tôt.
Allez, bon dimanche !
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