Nouvelle 2
Une nouvelle de Fabien
"Nour-Eddine regagnait son appartement dans cette cité-dortoir, anonyme, où il ne voyait personne. Il venait de laisser sa chienne à la clinique vétérinaire. Elle n'en avait plus pour longtemps. Depuis qu'il avait quitté la police, Prunelle trompait sa solitude. Elle n'avait pour ainsi dire jamais quitté son maître, alors son absence qui s'annonçait le bouleversait, littéralement.
Ce soir-là, il ne mangea rien. Il agrémenta un album de Chet Baker avec quelques whiskies et se mit au lit.
Il lui fallu donc quelques secondes pour sortir du brouillard quand, autour de minuit, il entendit du bruit dans son salon. Il tâtonna un peu pour trouver son portable et appeler les secours. Puis, dans le tiroir de sa table de nuit, il attrapa son flingue et se leva. La porte de sa chambre donnait sur le salon. Il serait nez à nez avec le cambrioleur. Il ouvrit la porte brusquement, repéra l'intrus et tendit son poing armé. Silence. Long silence immobile. Puis le gars l'ouvrit :
- Écoute mec, pose ton arme ou je te bute.
Nour-Eddine décela dans sa voix beaucoup de nervosité. Il décida d'en profiter, très calmement :
- Tu es approximativement à trois mètres de moi. 82 % des tireurs ratent leur cible à cette distance. C'est étonnant, n'est-ce pas ? Sur le mur à ta droite, tu verras mes médailles au tir de vitesse, obtenues lors de compétitions inter-polices. Deux millièmes de seconde après que tu aies appuyé sur ta gâchette, une balle partira à ta rencontre et devrait se loger très précisément entre tes yeux. Je referai la déco de mon appart avec ta cervelle... si tu en as une. Tes chances sont assez faibles d'en sortir vivant, tu vois. Ou alors, tu poses ton arme et tu ne bouges plus.
Lorsque les secours arrivèrent, un petit voyou était assis par terre, adossé au mur, la tête dans ses mains. L'un des flics s'adressa à Nour-Eddine :
- Wade ? C'est toi ? J'étais pas sûr de te reconnaître dans cette pénombre. C'est moi, c'est Sanchez, ça va ?
- Salut Sanchez, oui ça va.
- Comment t'as fait pour le neutraliser ? Encore ton laïus sur les 82 % qui ratent leur cible ?
- Oui.
- C'est n'importe quoi mais ça marche à chaque fois, poursuivit Sanchez en ricanant.
Silence. Il ne savait plus quoi dire.
- Tu joues toujours au poker ? risqua-t-il en regardant sur le mur de droite les médailles gagnées lors de tournois amateurs.
- Bah non.
Silence pesant. Sanchez se maudissait d'être aussi maladroit.
- Tu sais, enchaîna-t-il, ça ferait plaisir aux gars que tu viennes les voir, enfin tu vois quoi...
- Non.
- Bon... Allez, on va y aller. Tu passeras quand même pour ta déposition ? Avec Pruneau ? Il est où à ce propos ?
- Prunelle. Elle est chez le véto. Oui, je viendrai demain.
- Merde. Sois prudent.
Oui, Nour-Eddine était prudent. Il y a huit ans, il avait pris une balle en pleine tête et c'est un miracle s'il était encore vivant. Il savait que la ville n'était plus très sûre pour un gars comme lui.
Depuis qu'il avait perdu la vue, il voyait le danger partout."
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