Nouvelle 4
Nouvelle de Fabien
"- Je vous en prie, asseyez-vous. Comment allez-vous depuis la semaine dernière ?
Edgar avait le sentiment de piétiner. "Je crois que ma femme ne m'aime plus" ; c'est ainsi qu'il avait commencé sa première séance avec cette psychologue, il y a six mois, et depuis, rien. Il en était toujours là.
- Pas beaucoup mieux, répondit-il.
- Elle continue de vous faire des reproches ? Vous m'avez même dit qu'elle vous insultait. Je vous avais demandé de réfléchir à cette maltraitance qu'elle vous inflige et que vous acceptez de subir aussi.
- Oui, je ne sais pas, ça n'a pas changé. On ne se parle quasiment plus, ou rien n'est assez bien, elle trouve toujours quelque chose qui cloche et oui, elle m'insulte. Je fais de mon mieux pour la rendre heureuse mais elle s'en fout complètement.
- Pourquoi tenez-vous tant à la rendre heureuse si elle vous parle ainsi ? Il y a une forme de cruauté dans son attitude, vous ne trouvez pas ?
- Mais je l'aime ! Notre rencontre était magique, un véritable coup de foudre !
- Dans le supermarché ?
- Oui, je vous en ai déjà parlé, c'est un souvenir merveilleux, le plus beau peut-être. Ce premier regard au rayon charcuterie, puis à nouveau devant les pommes de terre, nos caddies qui s'entrechoquent à la lessive, nos sourires embarrassés par ce destin qui nous poussait l'un vers l'autre et qui nous réunissait encore à la caisse. Et puis sur le parking où nous avons échangé nos premiers mots et l'évidence que je venais de rencontrer la femme de ma vie. Nous sommes quasiment tombés dans les bras l'un de l'autre. Le soir même elle était chez moi et nous ne nous sommes plus quittés depuis.
- Vous n'aviez pas décelé cette forme d'agressivité chez elle ?
- Non. Elle était si douce, prête à tout pour me faire plaisir. Nous nous aimions si fort. Et la passion est retombée, lentement. L'indifférence tout doucement, et puis les reproches, les insultes. Ça me brise le coeur à chaque fois. Tenez, ce bouquet de fleurs et ce parfum, c'est pour elle, c'est son anniversaire. Vous savez quoi ? Elle va à peine les regarder. Pour tout merci j'aurai un ricanement méprisant.
Edgar avait les larmes aux yeux. Il ne parvenait pas à couvrir les sanglots dans sa voix.
- Mais pourquoi d'après vous ? questionna la psychologue.
- J'en sais rien. Je suis prévenant, je lui apporte tout ce qu'elle peut désirer, je crois. Tout mon temps disponible, je le lui consacre.
- Vous en faites peut-être trop ? Elle se sent peut-être étouffée par cette prévenance que vous décrivez ? Certaines personnes ont besoin de plus d'indépendance, de liberté. Vous lui en avez parlé ?
- Oui. Elle me dit que de toute façon, un jour, elle s'en ira.
- Mais elle est toujours là. C'est cruel de sa part de vous traiter ainsi, de menacer de partir mais de continuer à vous imposer sa présence, non ?
- Oui, peut-être, je ne sais pas.
Edgar termina sa séance et rentra chez lui.
Il prépara le plat préféré de Camille, des tagliatelles aux noix de Saint-Jacques. Il mit la table avec soin et l'observa un moment, satisfait. Il voulait que tout soit parfait. Il déposa les roses et le parfum à côté de son assiette. Il prit une grande respiration.
Si seulement il pouvait faire renaître la passion qui les avait unis au début de leur histoire.
Il luttait pour y croire encore.
C'est donc pessimiste qu'il prit ses clés pour descendre à la cave la détacher."
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