La sociabilité sur Facebook

Publié le par La Zitoune

Texte de Fabien

"La sociabilité sur Facebook semble tout aussi virtuelle que le réseau lui-même. Certains y déambulent, prêts à mettre une petite claque à l’auteur d’un post en fonction de leur humeur, de leurs croyances ou de leur morale. 
Ce serait assez marrant, au demeurant, si dans la vie réelle, on jugeait à l’emporte-pièce le comportement anodin des types que l’on croise, qu’on ne connaît pas, mais dont on se dit qu’il faudrait absolument qu’ils sachent ce que l’on pense d’eux. 
Tout comportement est critiquable. On peut dire ce que l'on pense de tout. Mais il y a une forme de malveillance à tomber sur le râble de quelqu’un qui n’a pas d’autre ambition que de vous faire sourire. Un peu comme s’il vous apportait un croissant chaud à votre réveil et que vous lui répondiez « Ça va pas, non ? Tu sais quelle quantité de beurre il y a là-dedans ? Quel genre de personne es-tu pour promouvoir l’obésité morbide ? T’as pas l’impression que les hôpitaux sont surchargés ? Le cholestérol, ça te parle ? En plus, y’a de grandes chances qu’ils y foutent de l’huile de palme ! La déforestation, tu t’en carres, hein ? Les orangs-outans peuvent crever, c’est ça ? Salaud ! ». 
La sociabilité sur Facebook, donc. La plupart d’entre nous ne laisse pas sa bienveillance de côté avant de débarquer ici. Mais forcément, on y croise de temps en temps un connard qui vous réduit à un croissant chaud. Et comme un con bienveillant, on s’épuise à se faire comprendre, à dire que non, on n’a rien contre les orangs-outans, au contraire. On voulait juste faire plaisir, on n’avait pas réalisé qu’on engageait notre humanité et notre morale dans une viennoiserie. 
C’est un peu la force des connards, des malveillants, de ses nouveaux réducteurs de têtes qui sévissent dans cette jungle numérique. Ils emportent votre enthousiasme, votre naïveté, votre joie comme un trophée et vous laissent en échange une culpabilité. Est-ce que j’ai vraiment déconné avec ce croissant chaud ?
Non.
Je propose donc à tous les gentils, les bienveillants, les pacifiques, de ne rien perdre de ce qu’ils sont profondément. 
Et d’enfoncer encore plus profondément un crochet rouillé dans l’anus de ces emmerdeurs pour les pendre sans autre forme de procès."

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