Daniel
Portrait
Je le connais dans ce qu'on appelle communément la vraie vie. Le bougre est une espèce d'animal sauvage, qui ne se laisse pas cerner facilement et s'amuse à brouiller les pistes en revenant sur ses pas. J'ai quand même ma petite idée sur le chouette mec qui se cache sous les épines du hérisson, aussi piquantes que des spaghettis trop cuits.
Treeeembleuuuuu Daniel ! 😁
Dans ma liste d'amis actuelle, il y a seulement deux personnes qui ont eu cet énorme privilège de me connaître lorsque je portais des couches-culottes Lotus, d'une élégance rare, avec les petits élastiques là. Bien sûr, je sentais la rose... what else ? Daniel est l'une de ces personnes et j'espère qu'il a pleinement conscience de la chance qu'il a.
Chez lui, on appelle les enfants : des sacs à crotte. Ce qui m'amuse énormément. Du temps où j'étais encore un sac à crotte, j'ai gardé des souvenirs. Plein de souvenirs.
Je me souviens de son ex-femme qui s'endormait partout, à table, sur une chaise, en plein milieu d'une phrase, le temps d'une micro-sieste. Elle me fascinait. Je guettais l'instant où sa tête basculait vers l'avant et comptais les secondes avant qu'elle ne refasse surface, à table, entre le fromage et le dessert. De ses trois garçons avec lesquels je jouais dans leur bled paumé en rase campagne. De leur maison toujours en travaux et aux multiples cachettes et recoins. Des fous rires qu'il prenait avec mon père et de leurs conversations cabalistiques que j'essayais de déchiffrer tant bien que mal. De leur club de peinture où tout le monde fumait comme un pompier et passait une partie de la nuit au centre d'un brouillard épais. De ses animaux de compagnie aux noms bizarres : X, Klaxon et Clitoris. De son look de hippie aux idées et cheveux longs.
De leur vie de bohème. De leur coolattitude.
Il y avait comme un goût de liberté dans cette famille. Une façon de vivre différente, à côté des conventions sociales, un peu à la marge, sans l'être trop, que j'aimais bien.
Daniel est un copain d'enfance de ma mère, avec laquelle il allait à la messe. Je suis certaine que l'athée d'aujourd'hui va adorer que je rappelle publiquement ce souvenir.
OHÉ ! LES GENS ! DANIEL ALLAIT À LA MESSE ! MOUHAHAHA !
Il a donc connu ma mère avant mon père, dont il était l'un des très rares amis. Le doux cynisme des deux larrons, leur recul sur les choses, leur humour décapant, en a fait deux copains de fous rires, teintés de profondeur. Seuls les gens profonds peuvent se foutre de tout à ce point-là et se prendre aussi peu au sérieux. Quelqu'un sans fond ne le peut pas. Ou plutôt si, il le peut, mais il coule à pic sans certitude de pouvoir remonter.
Je me souviens aussi du jour où il s'est coupé plusieurs doigts en sciant du bois avec un engin électrique. Il raconte l'événement en disant qu'il a senti son bras partir en l'air, puis aperçu un doigt par terre. Il s'est alors exclamé : "Oh ben c'est à moi ça !". Les autres avaient dû se faire la malle en chantant "libérééééés🖕délivrééééés🖕!". 🤪
Mais le gus n'a pas les deux mains dans la même moufle. Ainsi, pour pallier ses bouts de doigts fantômes et continuer à jouer de la guitare et se curer le blair, il a fabriqué des médiators ergonomiques, que maintenant il commercialise un peu partout avec succès. Si ce n'est pas avoir le sens de l'adaptation, je veux bien qu'on m'appelle Germaine !
Daniel est un joueur de gratte passionné, membre d'un groupe de jazz manouche. Il s'éclate la rate sur scène ! Dans le genre retraité heureux qui vit tout à fond, il est tout en haut. Ce n'est pas sa très sympathique Béatrice qui dira le contraire (coucou Béa ! 😘).
On dirait un grand gamin tant il oublie de vieillir physiquement... et mentalement.
Daniel adore provoquer, titiller, lancer des phrases définitives, des scuds, des piques, sur un ton professoral, en oubliant parfois la nuance au passage, pour le plaisir de faire bisquer et râler ses congénères. Il allume des feux et attend les réactions, les yeux pétillants de malice et le sourire en coin. Et quand la manoeuvre fonctionne, il rit sous cape.
Je sais pourquoi mon père l'appréciait tant. Il ne s'ennuyait jamais avec "Patin", comme il l'appelait avec affection. On ne peut pas s'ennuyer avec ce genre de personnalité attachante, joueuse et créative.
Comment vous décrire le rire de Daniel ? ...
J'appelle ça le rire des poumons. On dirait le bruit d'une tronçonneuse qu'on démarre, quand on tire sur la chaîne d'un coup sec à plusieurs reprises. Vous voyez ? Non ?! Ben tant pis pour vous, vous ne savez pas ce que vous perdez !
Daniel, c'est également une attitude face à la vie, et donc - fatalement - à la mort. Même quand cette dernière fait des sales coups, ceux de nos pires cauchemars, il la défie du regard, il l'affronte, il se relève quand elle gagne, il avance.
Il l'emmerde.
Il lui fait des doigts d'honneur avec le majeur, ou avec un autre s'il vient à manquer.
Daniel prend tout ce qui peut faire jouir dans la vie, et se décrit lui-même comme un épicurien. Il se dit également rebelle, ce que je crois volontiers tant il cultive sa liberté.
Puis il ajoute misanthrope. Et là ça fait marrer les abeilles et surtout sourire Alceste.
Et moi j'me gausse d'ail, tant cet humain a besoin des autres et les aime malgré lui. 😁😘
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