Mais qui donc est Lys ?

Publié le par La Zitoune

Texte de Fabien

Lys portraitise à l’envie. Par besoin aussi. Je crois que c’est plus fort qu’elle. Dès que l’on apprend à lire, on ne peut plus s’empêcher de transformer en mot les lettres qui nous tombent sous les yeux. Cette faculté du lecteur s’est élargie chez elle. Une rue, une foule, un individu. 
Un âne. 
On ne peut rien dissimuler à quelqu’un capable de lire dans le regard d’un âne. On ne peut pas lui faire prendre des vessies pour des lanternes. De toute façon, elle n’a pas besoin de votre regard pour vous comprendre. Une phrase lui suffit. Peut-être même un mot. 
Il y a ce mot donc, celui que vous avez écrit. Elle l’a lu. Mais elle a aussi lu celui auquel vous avez renoncé car il vous dévoilait trop. Et celui que vous avez cherché mais que vous n’avez pas retrouvé. Elle a également lu ceux qui venaient après et que vous n’avez pas osé écrire. 
Et elle a compris les causes qui donnent naissance à ce mot. 
Vous vous pensiez discret, un peu terne peut-être. Elle vous décrit astral. 
Ce n’est ni de l’intrusion ni de la flatterie. C’est une hyper lecture, une hyper écoute, un hyper regard. Une intelligence d’exception, une perception aigüe des détails, une capacité de compréhension et de synthèse hors du commun. Elle ne cherchait pas à deviner ce que vous vouliez cacher. Vous le lui avez dit mille fois sans vous en rendre compte. Si bien qu’elle dit de vous ce que même vous ignoriez. Vous croisez Lys comme on croise un miroir. Pas n’importe lequel, de ceux qui permettent de vous voir en entier. 
C’est une psyché. 
C’est un pouvoir, en quelque sorte. Elle dit ce que vous êtes au fond, elle dit votre potentiel, elle dit le plus qui est en vous. 
Il y a des cerveaux géniaux qui jettent un coup d’œil à une équation et vous donnent la valeur de son inconnue. 
Vous êtes son équation. 
Lys vous voit en entier et c’est ainsi que vous voyez en retour. 
C’est dérangeant. Vous rigolez bêtement parce que vous êtes à poil. 
À croire qu’elle cherche quelque chose en nous, un sentiment égaré, une force perdue, une énergie. 
À croire qu’elle se cherche en chacun de nous. Comme si, un jour, elle avait volé en éclats et qu’il faille à présent reconstituer le puzzle comme on cherche une réponse.
C’est peut-être cette réponse qui lui permettra de se regarder comme elle regarde les autres. Elle verra l’astre que je vois, cette évidence qui me crève les yeux.
Lys crée des liens. Un besoin viscéral, tripal, de tisser des fils invisibles entre les êtres. De faire naître un supplément de vie. De dire aux gens qui la touchent qu’ils la touchent, simplement, sans fioriture ni arrière-pensée, juste parce qu’une connexion s’est établie, que c’est beau et rare, et qu’elle va l’entretenir. Qu’elle est prête à transformer le virtuel en réel. Pas malgré vous. Il faudra y mettre du vôtre et pour cela, elle veut bien vous prendre la main. Mais elle ne soufflera pas seule sur cette braise.  
Plus que tout peut-être, Lys aime l’authenticité. Je vous ai dit qu’elle lisait en vous plus que vous ne pouvez l'imaginer. Quand ça veut tromper, avoir l’air, faire semblant, bref, quand ça dissone, elle ne verra que le subterfuge, comme si le magicien en face avait foiré son tour. Elle va vous trouver ridicule, un peu pitoyable. Et c’est dommage. Parce que le banal, le bancal, l’ordinaire, l’anodin que vous vouliez cacher, elle l’aurait trouvé original, unique et beau, vous l’aurait dit et vous n’en seriez peut-être pas revenu d’avoir ça en vous.
Lys a une grande culture, à la fois académique et autodidacte, sur laquelle elle ne monte jamais pour regarder les autres mais qu’elle vous propose parfois, pour vous offrir un nouveau point de vue sur les choses, pour nourrir l'échange et avant tout, parce que la connaissance, le savoir est un cadeau qu’elle ne se prive jamais de faire et qu’elle adore recevoir. 
Généreuse, tellement. C’est peu de dire qu’elle a compris que le matériel se troquait avantageusement contre la joie et le plaisir, le sien et celui des autres. Elle ne s’attache pas à grand-chose, sinon au bonheur profond, qui s’ancre à l’âme, qui vous nourrit, qui vous grandit. 
Et curieuse, tout le temps. D’une curiosité qui fait marcher les pieds et les neurones sur les chemins de randonnées terrestres et intellectuels, à travers tous les mondes qui s’offrent à elle.   
Lys est un écrivain de grand talent. Je ne dis pas que Lys a le potentiel pour devenir écrivain, je dis qu’elle EST écrivain. Ses mots font naître des pensées essentielles, évidentes, nécessaires et suffisantes. Des rires et des larmes, des souvenirs, de l’intime. Une extrême sensibilité, même dans la caricature. Surtout dans la caricature peut-être. Certains veulent écrire comme tout le monde. Lys écrit comme personne.  
Ce n’est pas inutile de lui dire d’en faire un roman. Mais elle le fera quand elle se sentira prête. Je sais qu’elle l’est déjà, mais elle est difficile à convaincre. Ce n’est pas une petite dose d’intelligence et d’humilité qu’il faut pour douter à ce point de soi. Et ce n’est pas faute de nos encouragements !
En attendant, elle dessine des portraits d’inconnus ou de proches, de rues ou d’ânes, avec l’apparente facilité d’un Goossens ou d’un Gotlib, l’air de rien, comme ça, en passant, en s’amusant de ses bons mots, des références cachées et de la liberté que lui offre une page blanche. 
Un jour, sur cette page blanche, un peu plus loin des gens que de coutume, à l’écart, elle nous parlera peut-être du monde comme elle parle de nous, plein de ces détails qui nous échappent, de ces lumières et de ces ombres qu’elle voit. 
Et en nous dévoilant le monde tel qu’elle le voit, c’est elle qui se révélera au monde.
Et il y a celle que je connais. Ma Lys à moi. Celle que j’ai lue de longues années sans rien dire de mes sentiments. Je ne pouvais pas. Et je ne pouvais croire que parmi tous, j’avais pour elle une place particulière. Alors je laissais ma « bite » en sous-commentaire et ce sourire que je lui décrochais alors, c’était ma lune à moi. 
Elle a cru en notre amour comme par refus d’un monde où il n’existerait pas. Et quand finalement j’ai pu et osé faire le pas, la peur au ventre, celle de gâcher une amitié avec mes sentiments incongrus, maladroits, peut-être ridicules, mais avec le courage de celui qui refuse aussi un monde où cet amour n’existerait pas, j’ai compris qu’elle m’avait attendu, moi le banal, le bancal, l’ordinaire, l’anodin. Je n’en revenais pas. 
Je la suivrai au bout du monde, éternellement, car mon bonheur existe partout où elle sera.

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Publié dans Textes de Fabien

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