Souvenir de Berlin
Une capitale à l'atmosphère unique, coincée entre le fantôme d'un mur omniprésent, d'une RDA encore visible dans la pierre, les barres d'immeubles désaffectés de la Karl-Marx-Allee, l'asphalte résistant aux chenilles des chars et une ouverture sur le monde extraordinaire, un mouvement perpétuel, un brassage ethnique naturel, de l'art, du lard et de la culture, partout.
La ville du vélo, assurément. Malheur à celui qui marche distraitement sur une piste cyclable. Dans le meilleur des cas, une sonnette agacée le préviendra et il aura le temps de se jeter sur un côté en hurlant de frayeur, en sueur, s'imaginant déjà dans un lit d'hôpital, la jambe plâtrée, soigné par des infirmières en Birkenstock à la voix gutturale. Je vous laisse imaginer le pire : insultes, crachats, accidents... Des pelotons de deux roues foncent, sûrs de leur bon droit et n'utilisent les freins de leur engin que pour respecter la couleur des Ampelmann, ces petits personnages de signalisation rouges ou verts - symboles de Berlin-Est. Qu'il n'y ait pas une voiture en vue à droite comme à gauche sur une perspective d'un kilomètre n'est pas la question. Il est rouge, on attend, c'est tout. Il n'y a pas de "warum ?" qui tienne !
Une ville de contrastes : une portion de mur conservée de plus d'un kilomètre et recouverte d'une centaine de fresques réalisées par 118 artistes de 21 pays, un Reichstag devenu Bundestag et équipé d'une extraordinaire coupole en verre, une tour de surveillance communiste intacte au milieu de gratte-ciel aux accents capitalistes, des hommes d'affaires en costard qui mangent leur Currywurst debout devant un Imbiss, un ancien détenu à la prison de la Stasi qui te fait visiter ce lieu glauque avec le sourire et des blagues en rafales, une "topographie des terreurs" qui retrace l'horreur nazie sur les ruines du QG des SS à côté du meilleur glacier du monde, une femme qui promène ses chiens microscopiques dans un parc mémorial du mur comme s'il s'agissait d'un paisible jardin d'enfants, une carcasse d'église bombardée adossée à un clocher moderne paré de 20 000 blocs de verre bleutés la nuit.
Une ville immense et pourtant à taille humaine, qui donne envie de revoir "Les ailes du désir".
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