Les 24 décembre

Publié le par La Zitoune

Les temps sociaux qu'on nous impose ne sont pas toujours dénués de souffrance, d'inquiétude, de regrets ni de nervosité. Le réveillon de Noël est souvent plus chargé d'affects tristes ou d'amertume qu'on veut bien nous le faire croire, ou qu'on le croit nous-même.

Il ne suffit pas de mettre un sapin qui clignote dans un coin du salon et de sortir la belle vaisselle et un grand cru pour accompagner la dinde farcie aux marrons. L'illusion pailletée ne couvre pas toujours l'odeur du soufre. Le chemin de vie ne suit pas toujours le chemin de table. (🥴 Oui... oh ça va ! 😅)

Tout d'abord, les absents prennent trop de place, qu'ils soient morts ou, pis, trop vivants. Ils alimentent une nostalgie mortifère pesante, l'idée réactionnaire du "C'était mieux avant !", un petit goût de mortalité à la sauce aigre-douce qui pique les yeux et fait couler le nez après deux coupes de champagne.
On a beau rire très fort, se resservir des bulots, raconter des blagues graveleuses ou chanter "Il est des nôôôtres, il a bu son verre comme les ôôôtres, c'est un ivrôôôgne, ça se voit rien qu'à sa trôôôgne !", au fond de nous... un enfant pleure en silence, dans sa combinaison de Spider-Man. Il continue à croire au père Noël. Une fois par an, il aimerait voir Ses absents assis au coin du feu. Une fois par an, il les attend. Dans sa combinaison de Spider-Man.

Ensuite, les présents. Parlons-en des présents ! Il y a ceux qu'on aime, qu'on n'a pas choisis mais qu'on a choisis quand même, et qu'on voit toute l'année. On les aime, en jogging informe, en robe de soirée brillante, en costume de pingouin ou en pyjama pilou, on les aime toujours pareil, peu importe l'occasion. On les aime. Point.

Et il y a les autres. Cette famille qu'on voit seulement le 24 décembre au soir et qu'on déteste cordialement. Tonton Roger qui se cure les dents avec son laguiole entre deux plats et qui chaque année s'enfonce un peu plus dans la bêtise, son fonds de commerce. Cet être abject qui réclame de ses vœux "Une bonne guerre pour relancer tout ça !". Il est sur tous les fronts, le national évidemment, les Gilets jaunes, ces salauds de pauvres, ces fainéants de jeunes, ces profiteurs d'Arabes, le professeur Raoult, la baffe à Macron, la platitude de la Terre, le COVID fabriqué en laboratoire par les Pangolins, le vaccin comme vecteur de la 5G, la dictature mondiale de chez Lidl, ... L'existence même de Casimir est remise en cause. C'est vous dire son manque de poésie !

Il y a aussi cette cousine un peu nunuche, qu'on soupçonne d'être vierge à 40 ans, et qui glousse à tort et à travers, avec un rire de cornemuse bouchée, y compris aux enterrements. En général, lors du réveillon de Noël, elle se surpasse. Vierge peut-être, alcoolique sûrement.

Et ce petit cousin qui te tire par la manche en plein repas, pour que tu joues avec lui à Puissance 4 ou "aux boules" (dans la neige !). Tu le suis, avec un sourire forcé, rictus de circonstance, te visualisant plutôt lui enfonçant des Lego et des Playmobil dans les yeux et des gressins à l'ail dans les oreilles. Ce dégueulasse ne sait pas se moucher et la morvelle jaune verdâtre qui lui pendouille du nez par intermittence te soulève joyeusement l'estomac.
Heureusement, on t'appelle pour manger des huîtres.

Puis, il y a souvent une pièce rapportée, que tout le monde trouve "bizarre". Comme dirait CharlElie Couture : "Elle n'est pas comme tout le monde". Par principe, on préférait celle d'avant, "mais bon... que voulez-vous y faire ?! Elle lui a mis le grappin dessus !". Vu l'état des finances du cousin en question, on - c'est-à-dire moi - se demande bien sur quoi sa nouvelle copine a pu mettre le grappin, si ce n'est des dettes et des emmerdements au long cours. 

Après le repas, alors que tout le monde a les dents du fond qui baignent, les yeux qui se croisent et des reflux gastriques, c'est la distribution des cadeaux. On prend un plaisir non dissimulé à offrir le dernier Taubira à tonton Roger, qui en éjecte son dentier de surprise et remercie avec les gencives. On reçoit des trucs moches qu'on refourguera dès le 25 sur Leboncoin.

Enfin, la clique des tontons rentre chez elle, et l'on reste avec les gens qu'on aime.

Spider-Man traîne un peu autour du sapin, puis s'envole en passant par les toits. On déguste une dernière papillote Révillon et un petit digestif à la pomme qui va bien. La lumière semble moins vive, les sons plus feutrés. Il fait bon. Les absents sont là, à leur place.

On sort la seconde fournée des cadeaux. Celle que l'on offre de bon cœur.

Alors s'éloigne la nostalgie du passé.
On réinvestit sereinement son présent.
Et l'on parle de l'avenir.

C'est la magie de Noël.🌲

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Publié dans Lys

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