La gazette

Publié le par La Zitoune

Il fut un temps où j'étais abonnée, par choix, aux remplacements de courtes durées sur divers lieux de travail. J'avais fréquemment l'impression d'entrer par effraction sur un immense terrain de jeu. J'apprenais les règles, parfois je les appliquais, parfois non. Je faisais souvent du hors-jeu ou squattais le banc de touche, en général par manque d'intérêt.
Alors j'observais mes nouveaux collègues, pour dresser une carte mentale des interactions, des alliances, des trahisons et des mésententes en présence. Ça c'était jubilatoire.
On voit tellement plus facilement les dysfonctionnements internes lorsque l'on arrive de l'extérieur, avec un œil neuf, de nouveau-né. Comme une bonne copine qui sentirait le divorce de ses plus vieux amis avant même que l'idée ne leur traverse l'esprit, parce qu'elle a repéré des signes avant-coureurs d'agacement ou de lassitude.
C'est étrange ces ambiances de travail où tout est réglé comme du papier à musique, où chacun et chacune a SA place, SON pré carré, parfois même un territoire ; j'en ai vu à la limite de pisser dans les coins de leur bureau ou sur des dossiers pour le délimiter. Certains vont jusqu'à mettre leur nom sur l'agrafeuse ou le rouleau de scotch !
N'est-ce pas merveilleux ? 
Ces gens jouent un rôle, en dehors de leur fiche de poste, pour consolider les liens ou contribuer à les dégrader au sein d'une équipe. Parfois, ils n'en ont pas conscience. Ils fonctionnent.
Ces univers dans lesquels chaque élément d'un ensemble fait bien dans sa caisse, ou volontairement à côté, pour des raisons souvent fumeuses, m'ont toujours fascinée.
Le fonctionnement d'un groupe est aussi intéressant à étudier qu'une fourmilière. L'endroit idéal, le meilleur poste d'observation pour glaner des informations, se situe en général autour de la machine à café. Si celle-ci est à proximité de la photocopieuse alors là c'est royal !
On peut aussi se rapprocher de "La gazette" du service, il y en a toujours une, qui adore baver sur ses collègues. Mais en restant conscient(e) qu'à peine le dos tourné il/elle ne manquera pas de te tailler une vie sur mesure. D'où l'intérêt de bien maîtriser les informations personnelles qu'on laisse filer.
Il m'est arrivé d'inventer des choses abracadabrantesques en guise de test et de les voir revenir vers moi après un parcours rebondissant d'un bureau à l'autre. Je dois reconnaître un fol amusement à la manoeuvre, surtout lorsque la personne numéro 1 jurait ses grands dieux qu'elle n'y était pour rien et qu'elle avait su garder le secret.
Ces organisations relèvent souvent du château de cartes, qui tient par une espèce de miracle du respect forcené des conventions sociales et du règlement, par adhésion, bêtise ou lâcheté, en fonction du contexte. Une entente forcée entre humains qui ne se sont pas choisis, et qui ont souvent besoin de désigner l'Autre - le voisin ou la voisine de bureau - comme une menace, réelle ou fantasmée.
Cet(te) Autre, stigmatisé(e) avec moult mièvreries et morve dégoulinante quelques secondes seulement avant qu'on ne nous présente, est - 5 fois sur 10 - devenu(e) un(e) pote. 10 fois sur 10 un collègue. Et, 1 fois sur 10, c'était vraiment une pourriture.
Voilà. C'est tout ce que je voulais dire. Vous n'avez qu'à trouver la chute de ce post vous-même, j'ai une flemmite aiguë. 😁

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La gazette

Publié dans Lys

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