Joséphine Dard
1983. J'ai presque 13 piges. Je pieute peinarde dans ma piaule au premier étage de la casbah familiale, près de Genève. Mes darons ne sont pas très loin, dans un plumard voisin. Un gonze grimpe à l'échelle posée contre la façade, et tel un monte-en-l'air entre par la lucarne, avance à pas feutrés dans le noir, me plaque un tire-jus plein de chloroforme sur le blair, me pique partout, sur les nageoires, les paturons, les patoches, me fait me nipper, descendre l'échelle, puis me kidnappe.
Le cave a laissé une bafouille sur ma table de nuit.
Je me réveille dans un gourbi, que j'imagine à des bornes de mon bled.
J'ai les foies et des émeraudes qui chauffent. Je perds un peu la boussole et serre les meules.
Que me veut ce zigue ?!
Le peigne-cul négocie à plusieurs reprises une rançon, au bigophone avec mon pater. Il demande deux millions de grisbi suisse, ce mange-merde.
Le dingo se fait reluquer par un couple en train de se galocher dans une guimbarde, alors qu’il jacte dans une cabine téléphonique, sous un masque de... François Mitterrand, pour maquiller sa voix. La souris, interloquée par cette tronche de Tonton, scribouille machinalement sa plaque d'immatriculation sur un paquet de clopes.
Heureusement, mes darons viennent de vendre une bicoque, ils ont le flouze. Je suis libérée après 50 heures tendues avec ce bijoutier du clair de lune. J'ai les nageoires truffées de coquelicots, à cause d'une multitude de piquouzes de schnouf, mais il n'a pas touché à ma pâquerette.
Les keufs suisses turbinent à donf. Le guignol a un blase de rupin : Édouard Bois-de-Chesne. Il est cadreur et fait partie d'une équipe de téloche venue faire un reportage sur mon vieux. Le keum est rôti et se fait serrer dans le mois. Les poulets le coffrent, ce branquignol.
Ed l'a dans la rosette. Et mes viocs récupèrent leur oseille.
L'oiseau avait en sa possession une liste de moujingues kidnappables, dont le fils de Sofia Loren.
Et il a fallu que ça tombe sur mézigue...
Je ferai longtemps des cauchemars et mon paternel ne sera plus jamais le même.
Je m'appelle Joséphine Dard, et mon père, Frédéric.
Lorsque j'ai été enlevée, mon daron avait déjà pondu 132 pages de son nouveau bouquin, dont le sujet était... le rapt d'une môme.
Drôle de prémonition. Ça m'en a soulevé le gazomètre. 😳
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