Mon sac à dos dans la soute

Publié le par La Zitoune

Les théories sur l'amour vont bon train. On entend tout et son contraire. Beaucoup de paroles et de fumée pour peu d'action.

Pour moi, il y a trois signes qui révèlent un amour sincère : je peux être moi-même, j'ai le droit de changer d'avis, celui de l'autre compte, il y a de la place pour deux, on se manque, on se marre, on s'appelle pour les mauvaises nouvelles, mais aussi pour les bonnes.
Oui, je sais, ça ne fait pas trois.

Il est l'une des personnes au monde avec lesquelles je me sens le mieux, un îlot de douceur fantastique dans un monde âpre, qui écorche un peu trop à mon goût. Quand on est ensemble, c'est toujours une plus-value dans ma vie. Il y ajoute des images, de la lumière, un arc-en-ciel. Une énergie.
Ce mec, c'est un tube de vitamine C, une cure de magnésium, la chantilly qui accompagne la boule de glace vanille posée sur le fondant au chocolat encore chaud, le litchi dans l'apéro chinois, la meringue sur la tarte au citron, la mousse d'une bière fraîche, le service de luxe dans un restaurant gastronomique, ton groupe préféré en concert, un film de Bergman sur grand écran, "Les fleurs du mal", l'ascenseur de 22 h 43, le bien-être quand tu enlèves tes chaussures après une longue randonnée, l'Efferalgan effervescent qui soulage ta rage de dents, le Grevisse qui te sauve la mise, des patates au four cuites à point, un rhum arrangé qui vieillit dans un placard sombre, la défaite de Valls à des élections, un voyage à l'étranger qui s'organise, ton sac à dos dans la soute. Un dépaysement permanent.
Bref, l'essentiel.

Je l'enlève, la vie peut être belle, je le rajoute, elle me dévore de plaisir.

J'adore son cerveau d'artiste. Son cerveau tout court. Je suis dingue de ses synapses.
Ça, c'est fait.

Avec lui, je suis moi-même, à fond, sans même y réfléchir. Je ne filtre rien, ou pas grand-chose.
Je ne retiens pas mes larmes devant les films romantiques. Il se roule par terre en hurlant devant les matchs de foot à la télé.
C'est vous dire.

On joue, tout le temps, "comme des enfants" diront les Insérés sociaux, avec un fond de mépris.
Oui, les Insérés sociaux sont souvent méprisants, c'est même ce qui les caractérise la plupart du temps. Ils en ont besoin pour tenir à distance des questions embarrassantes sur leur rythme de vie, leurs rêves oubliés, leurs espoirs déchus, leurs sourires éteints et leurs mines grisâtres. Pour qu'ils soient fiers de faire dans leur caisse, il leur faut pointer du doigt ceux qui font à côté, qu'ils l'aient choisi leur importe peu. C'est un fait, trop rarement démenti.
Moi je pense que c'est justement l'inverse : les Désinsérés sociaux sont sortis beaucoup trop tôt de l'enfance. Et trop vite. Alors ils trompent l'ennui, la fin, l'obscure clarté. Ils chassent les nuages noirs, ôtent les cailloux des chaussures et collectionnent le vent comme un trésor précieux.
Ils jouent avant de perdre pour de vrai.
Parce que ça ne sert à rien de se prendre au sérieux, que ça n'a pas de prix de courir sous la pluie ou de sauter dans les flaques, que ça fait rire les oiseaux et chanter les abeilles d'imiter le hibou en criant dans la nuit. Ou de chasser le dahu.

Et parce qu'après tout, se faire traiter d'enfants par des Insérés sociaux est un sacré compliment.

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Mon sac à dos dans la soute

Publié dans Lys

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