Dans les bras de Morflée
10 minutes à peine de silence ouaté dans la voiture, radio musicale en sourdine, c'est le temps suffisant pour que mes idées se mettent à divaguer et que je surfe sur des rêvasseries inavouables peuplées d'éphèbes qui sentent le citron meringué et les pommes caramélisées.
Cette tranquillité bien méritée après la course folle de ces derniers jours est savourée à sa juste valeur, bercée par le roulis de la Ford Fiesta (en fin de vie sous sa couche de toxine botulique).
Je sens mes orteils au vernis écaillé s'écarter d'aise sous les massages des pieds du docteur Doug Ross. Il y avait urgence. Mes paupières s'alourdissent tandis que Warrick Brown me masse la nuque avec de la crème Kamol. Assurément un expert.
Je lâche un petit cri de marmotte suivi d'un long soupir satisfait, mes lunettes sur le tableau de bord.
J'ai soif.
Moment idéal choisi par Derek Morgan pour me proposer une coupe de champagne pétillante agrémentée d'une fraise. Je vais pour accepter, tant il serait criminel de refuser, mais Hubbell Gardiner le grille avec un rhum arrangé aux figues qui embaume l'habitacle, tel un relent de nos plus belles années.
Je pique littéralement du nez sur le siège passager. Un filet de bave décore mon tee-shirt.
J'aime tellement ces moments perdus entre la veille et le sommeil, comme un coma léger, doux et apaisant, lorsque chaque muscle du corps se détend enfin et que la respiration devient lente et profonde. Un abandon vital qui laisse fuser les pensées les plus saugrenues et les plus farfelues.
Je sens que je vais écraser... avec tous mes nouveaux potes. Je suis de plus en plus lourde, aspirée par mon siège... mais c'est alors que j'entends sur ma gauche :
- C'est à moi qu'tu parles PAS ?! C'EST À MOI QU'TU PARLES PAS ???!!!
🥴
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