Bouger, bouger, bouger, c'est la santé !
Ce que j'aime à la salle de sport - au-delà de faire grincer ma carcasse et de tenir les potentiels emmerdements physiques en respect le plus longtemps possible - c'est regarder les gens. En général, je me régale, et pas seulement lorsqu'ils souffrent.
Aujourd'hui, quelques identités remarquables m'en donnent pour mon abonnement. À croire qu'elles sentent que je cherche l'inspiration pour écrire une bêtise sur Facebook.
Tout d'abord, alors que je mouille le maillot en ramant comme si l'arche de Noé partait sans moi, je vois arriver une nana à fond la caisse, habillée, coiffée et maquillée comme pour un shooting photo. Après s'être à moitié étranglée dans le tourniquet devant l'accueil avec la bride de son sac à main argenté, elle fonce dans les vestiaires en roulant des hanches. Je guette sa sortie, curieuse de voir dans quelle tenue elle compte faire du sport.
Fouilla ! comme on s'exclame à Saint-Étienne, je ne suis pas déçue ! Le peu de tissu rose flashy qui recouvre son corps, en haut comme en bas, ne risque pas d'éponger sa sueur.
Elle s'installe sur le rameur juste à côté du mien et je peux constater de mes yeux exorbités qu'on peut être maigrichonne, pour ne pas dire squelettique, et très très très énergique. J'hallucine ! Alors elle, elle l'a rattrapée l'arche de Noé ! et même dépassée !
Comme elle me file des complexes, je termine ma demi-heure, le plus dignement possible, Zazie dans les oreilles, et je migre vers le tapis avec un mal aux fesses lancinant, surtout à la droite. Quant à elle, la grignette flashy continue à pagayer, comme si elle ne faisait rien de plus qu'une petite promenade digestive. La sal...
Alors que je grimpe une pente à 15 % à un rythme suffisant pour me faire transpirer de la tête et du dos, un type croit bon de me demander des détails techniques sur le matériel. "Et comment qu'on fait pour faire monter le tapis ? Et comment qu'on fait pour augmenter la vitesse ? Et comment qu'on regarde une vidéo sur YouTube ?" Je réponds comme je peux, sans m'arrêter de marcher, donc en veillant à ne pas me casser la figure. Le ridicule ne tue pas, mais quand même... à force on ne sait jamais...
Fort de mes explications savantes, que même Étienne Klein aurait eu du mal à donner, le gus démarre une espèce de course : panards en canard, ailes de poulet déployées, pente à 12 %, 6 km/h. Il tape tellement fort des pieds que je n'entends même plus "Noir Désir" dans mes écouteurs. Son effort bruyant dure deux minutes montre en main, puis le boloss haletant descend du tapis en s'épongeant le front, qu'il porte haut.
Je continue à étudier ce personnage en débardeur Marcel filet (oui oui, filet !) comme on découvre une peinture de Jérôme Bosh. Il est une sorte de bonhomme Michelin compressé, à croire qu'il soulève des poids avec le crâne. Le voir porter des haltères m'occupe bien durant au moins un kilomètre de grimpette, "Tostaky" en fond sonore. Il pousse des cris terribles de cochon qu'on égorge sans anesthésie puis lâche sa barre lestée sur le sol. Mes tympans le haïssent jusqu'à ce qu'il parte pousser de la fonte et se mater les biscotos dans le miroir géant. Dans ce genre d'endroit, certains se jettent des regards discrets pour constater les effets instantanés de leur programme de gonflette, avant que leurs muscles ne dégonflent aussi vite qu'un soufflé, mais lui non. Lui, Il se love et se dévore des yeux.
Les gens qui s'aiment et s'autodésirent à ce point m'ont toujours amusée et même attendrie. On a l'impression qu'ils se suffisent à eux-mêmes, alors qu'ils ont un besoin douloureux, peut-être même pathologique, du regard des autres, sans lesquels ils fondraient comme neige au soleil et perdraient tout intérêt à développer des morceaux d'eux (non Philippe C., tu ne relèves pas ce morceau de phrase ! 😁). On les traite facilement de narcissiques, ce qu'ils sont assurément, mais sans toujours considérer la fragilité qui y est évidemment associée. Bref, sans doute que Bibendum ne sait pas encore que les usines Michelin ont, pour beaucoup, fermé, un peu partout.
Comme j'ai changé d'appareil et atterri sur un engin de torture qui simule des marches d'escalator, j'ai aussi changé mon angle d'observation. Je suis un périscope. Et là... que vois-je ? Un beau mec, le sourire aux lèvres, qui fait des signes à quelqu'un derrière moi et s'approche à grands pas. Wooow ! il est vraiment pas mal... et quelle énergie ! ... il a l'air très cool... AAAAAHHH ! mais c'est Fabien qui vient d'arriver ! 🤣
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