Eloge de Victor Hugo
Un billet sur mon chouchou du XIXe. Je l'aime trop ce bonhomme...
Victor Hugo, né en 1802, était Bisontin. Ce n'est pas une critique perfide, cela veut juste dire qu'il est né à Besançon, dans le Doubs. Bonaparte est alors général de la République ; il se fera proclamer empereur en 1804 sous son seul prénom - Napoléon - comme les rois de France. En 1815, c'est Waterloo, la chute de l'Empire et la Restauration.
En 1817, Victor Hugo est récompensé par l'Académie française pour un poème sur le thème du bonheur que procure l'étude dans toutes les situations de la vie, et obtient un accessit de physique, une distinction honorifique au Concours général. Il a 15 ans !
Bon élève, il a des aptitudes en mathématiques mais préfère les matières littéraires. Il notera une phrase sur son journal : Je veux être Chateaubriand ou rien. Faut avoir de l'ambition dans la vie :-)
En 1819, il fonde une revue avec ses deux frères : Le Conservateur littéraire.
En 1820, soit à 18 ans, il écrit son premier roman.
Sa mère, dont il était très proche suite à la séparation d'avec son père, meurt en 1821. Il est très affecté, mais retrouve Adèle Foucher, sa vieille copine d'enfance ; les tourtereaux se déclarent leur amour et se marient en 1822. La même année, il publie son premier recueil de poèmes (d'inspiration royaliste - Louis XVIII est très content).
En 1824, Charles X succède à Louis XVIII et Léopoldine naît ; elle sera sa fille préférée (!). En 1826, c'est son fils Charles qui voit le jour, et en 1828 un autre fils : François-Victor.
Puis, c'est la Révolution de 1830. Charles X s'en va et Louis-Philippe prend sa place.
Sainte-Beuve confirme à Victor son amour pour Madame Hugo, ce qui n'empêche pas Adèle de naître. Il a donc deux filles et deux garçons.
Adèle est la seule qui survivra à son père, mais dans un état psychologique assez terrible qui l'enverra souvent en maison de santé. Chose moins connue, Victor Hugo avait un frère schizophrène (Eugène), interné jusqu'à sa mort.
En 1832, Hugo écrit un discours contre la peine de mort. Quel bonhomme !
En 1833, il rencontre l'actrice Juliette Drouet, qui l'admire et devient sa maîtresse. Il écrira pour elle de nombreux poèmes. Tous deux passent ensemble chaque anniversaire de leur rencontre et remplissent, année après année, un cahier commun qu'ils nomment tendrement le "Livre de l'anniversaire". Mais elle est loin d'avoir été sa seule maîtresse...
En 1837, il devient familier de Louis-Philippe et se consacre beaucoup au théâtre.
En 1843, Léopoldine, enceinte, se noie dans la Seine avec son mari. Hugo l'apprend en lisant le journal dans un bar. Terrassé par la douleur, il ne publiera presque rien pendant 10 ans, et se tournera vers la politique.
En 1848, Louis-Philippe est renversé ; Lamartine devient chef du premier gouvernement de la Seconde République. Victor Hugo est élu député et siège parmi les conservateurs (ben oui). Une insurrection ouvrière est matée ; il se dit contre car elle attente au suffrage universel, mais il la comprend comme le fruit de la misère. Les insurgés vaincus, il proteste contre la répression.
Deux pieds deux sabots.
La même année, ses fils fondent le journal L'événement, qui soutient la candidature de Louis-Napoléon à la présidence de la République ; il sera élu.
En 1850, il écrit Discours sur la liberté de l'enseignement, contre la mainmise du clergé sur l'école. Victor Hugo fait désormais partie de l'opposition de gauche :-)
Il se bat alors contre ses anciens amis dont il réprouve la politique réactionnaire et devient réformiste. Il souhaite changer la société (vaut mieux être de gauche pour ça, hé hé).
En 1851, il met en garde contre les visées du prince-président. Il a eu le nez creux, cette canaille de Louis-Napoléon n'a pas de parole et se parjure ; il rompt son serment de fidélité à la République, dissout l'Assemblée nationale et prend tous les pouvoirs (mégalo Napo, je ne ferai jamais son éloge).
Hugo essaie de susciter la résistance à la dictature, mais en vain. Un décret d'expulsion est pris contre lui, il part à Bruxelles sous l'identité d'un ouvrier typographe.
Il restera en exil pendant les vingt années du Second Empire. C'est Juliette Drouet qui le sauvera de l'emprisonnement.
En 1852, il publie un pamphlet : Napoléon le Petit ; la même année ce dernier proclame l'Empire et se fait appeler Napoléon III. Hugo publie Châtiments, recueil de poèmes politiques (en cas de victoire comment faudra-t-il châtier les oppresseurs) qui sera diffusé clandestinement en France... Les livres passeront la frontière cachés dans des bustes creux de Napoléon III. Quel humour !
En 1852 toujours, il fait un appel aux Etats-Unis pour sauver John Brown - condamné à mort pour avoir appelé, lui un Blanc, les Noirs à la révolte.
Hugo refuse l'amnistie en 1859 et dit : Quand la liberté rentrera, je rentrerai. Il s'est installé à Guernesey après son expulsion de Jersey pour avoir critiqué la reine Victoria. Auparavant, il avait dit : S'il n'en reste qu'un, je serai celui-là.
En 1870-1871, la France est envahie, Napoléon abdique, la République est proclamée. Hugo rentre au bercail, mais la guerre continue, Paris est assiégée par les Prussiens. Puis viendra le temps de la Commune (et des cerises...). Victor Hugo appelle à la Résistance, proteste contre la capitulation, désapprouve les Versaillais et les Communards qui s'entretuent sous les yeux des occupants prussiens, s'indigne contre la répression sanglante qui suit la victoire de Thiers.
Presque seul pendant toutes les années suivantes, il ne cessera de demander l'amnistie pour les Communards.
Il mourra en 1885, à 83 ans. Son cercueil est conduit au Panthéon par une foule immense. Il avait écrit deux ans plus tôt le testament suivant : Je donne cinquante mille francs aux pauvres. Je désire être porté au cimetière dans leur corbillard. Je refuse l'oraison de toutes les Eglises ; je demande une prière à toutes les âmes. Je crois en Dieu.
Les derniers mots écrits de sa main furent : Aimer, c'est agir.
Victor Hugo a excellé dans tous les genres et s'est intéressé à tous les problèmes. Il a vu la misère sociale qui a subsisté un demi-siècle après la Révolution française. Il croit en Dieu mais se défie des religions particulières qui séparent les hommes par leurs dogmes et leur intolérance ; il dénoncera de plus en plus les croisades, guerres saintes, persécutions, inquisitions et répressions. Il se demandait comment l'existence indiscutable de la souffrance des innocents et de l'injustice triomphante pouvait se concilier avec l'existence d'un Dieu tout-puissant parfaitement bon et parfaitement juste. Tu m'étonnes...
Il aurait entrevu une explication : la métempsycose, c'est-à-dire la réincarnation de l'âme après la mort dans un corps humain, dans celui d'un animal ou dans un végétal. Il pensait que chacun est puni ou récompensé, à long terme, par les conséquences de ses actes. Il n'y a donc nulle part souffrance imméritée ni injustice de Dieu ; toute douleur est une expiation par laquelle les tyrans les plus cruels seront sauvés s'ils remontent vers l'amour (à contre-courant, dans l'eau gelée et pleine de piranhas, non mais oh !).
Et, chose moins connue, Victor Hugo s'est adonné à des séances de "table mouvante" avec un guéridon à trois pieds, pour parler aux esprits. Oui, vous avez bien lu... Victor Hugo faisait du spiritisme :-)) Il dessinait et peignait aussi. A ma connaissance il ne jouait pas d'un instrument de musique, mais allez savoir. Cet homme était surprenant (esprit es-tu làààààà ?).
Je vous passe les noms des oeuvres qu'il a écrites, il y en a tellement. Disons quand même qu'il a été victime à plusieurs reprises de la censure.
Hugo est fier de son évolution politique et il l'écrit : Mauvais éloge d'un homme que de dire : son opinion politique n'a pas varié depuis quarante ans. C'est dire que, pour lui, il n'y a eu ni expérience de chaque jour ni réflexion, ni repli de la pensée sur les faits. C'est louer une eau d'être stagnante, un arbre d'être mort.
Il dira aussi : Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent. Après son retour d'exil, accueilli triomphalement à Paris, Hugo ne changera plus d'opinion. Ses lecteurs verront en lui le prophète et l'un des fondateurs du régime nouveau de liberté, "le grand-père de la République". Une figure tutélaire de la République retrouvée et une référence littéraire incontestée. Un romancier et un homme politique qui mélangeait intimement ces deux activités. Il n'a jamais cédé aux caprices de la mode. Pas de veste retournée, juste une évolution, un cheminement. Comme Kouchner :-(
Certains l'ont critiqué en tant qu'écrivain romantique et son investissement politique était loin de plaire à tout le monde... y compris après sa mort. Ses détracteurs ont parfois été féroces, surtout à droite, of course.
Victor Hugo a fréquemment défendu l'idée de la création des États-Unis d'Europe. En 1849, au congrès de la paix, il lance : Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne, absolument comme la Normandie, la Bretagne, la Bourgogne, la Lorraine, l'Alsace, toutes nos provinces, se sont fondues dans la France. Un jour viendra où il n'y aura plus d'autres champs de bataille que les marchés s'ouvrant au commerce et les esprits s'ouvrant aux idées. Un jour viendra où les boulets et les bombes seront remplacés par les votes, par le suffrage universel des peuples, par le vénérable arbitrage d'un grand sénat souverain !
Quel visionnaire !
Victor Hugo disait que lorsqu'il parlait de lui, il nous parlait de nous. C'est pour ça aussi qu'il est tant aimé, il savait parler de ce qui est commun à tous les hommes. Et il savait dire les choses, oh combien ! (je m'envole). Sa langue est tellement belle. Il suffit de lire ses poèmes pour comprendre à quel point il était également un travailleur acharné.
Baudelaire a merveilleusement expliqué l'art de Victor Hugo : La musique de ses vers s'adapte aux profondes harmonies de la nature ; sculpteur, il découpe dans ses strophes la forme inoubliable des choses ; peintre, il les illumine de leur couleur propre. Et, comme si elles venaient directement de la nature, les trois impressions pénètrent simultanément dans le cerveau du lecteur. De cette triple impression résulte la morale des choses. Non seulement il exprime nettement, il traduit littéralement la lettre nette et claire ; mais il exprime, avec l'obscurité indis-pensable, ce qui est obscur et confusément révélé.
Kèstuveudir après ça ?!
Hugo a dit : Rien ne vit hors de sa forme. Rien de plus inséparable, rien de plus consubstantiel que l'idée et l'expression de l'idée. La forme, c'est le fond rendu visible.
Ca me décoiffe. Pas vous ?
Lire aussi Eloge de Victor Hugo à Louise Michel : http://zitoune.over-blog.fr/article-eloge-de-victor-hugo-a-louise-michel-iv-52536255.html et Eloge de Louise Michel (3) : http://zitoune.over-blog.fr/article-eloge-de-louise-michel-iii-52525289.html
