Ran / Akira Kurosawa

Publié le par La Zitoune

J'ai découvert le cinéma japonais, alors j'y vais à fond. Ce n'est plus Mizoguchi mais Kurosawa.

Qui est Akira Kurosawa ? Un Japonais né en 1910, descendant d'une lignée de samouraïs. Benjamin d'une famille de 7 enfants, il perd une soeur dans un séisme et un frère qui se suicide. Pourtant passionné pour la peinture, il ne veut pas faire les Beaux-Arts et s'engage dans des actions militantes gauchistes, puis se lasse.

Comme Mizoguchi, il a été mondialement reconnu dans les années cinquante. Après la gloire et quelques échecs, il tente de se suicider en 1971. Heureusement il échoue et son film Ran sort en 1985. Pour certains, ce sera la consécration de l'auteur.

Oui, c'est un peu rapide comme biographie, mais je ne retiens que les trucs croustillants pour comprendre les oeuvres des réalisateurs. Si tu n'es pas content(e), y'a Wikipédia :-))

Kurosawa est mort en 1998.

On entend souvent dire qu'il s'est attaché à faire une parabole de la société humaine. Il a dépeint : la pauvreté, la violence urbaine, la maladie, l'immobilité des fonctionnaires (salut Stèph !), la destruction de l'environnement, la vieillesse, etc.

Réputé pour être un dictateur perfectionniste sur les tournages (comme Mizoguchi) et surnommé "L'Empereur", il faisait suer tout le monde jusqu'à ce qu'il ait obtenu l'effet visuel recherché. Mais on dit aussi qu'il était un fin gourmet (comme Chabrol) et dépensait beaucoup d'argent pour l'alimentation de l'équipe.

Il a inspiré de nombreux cinéastes, surtout américains : John Sturges, Sergio Leone, Francis F. Coppola, George Lucas.

Que retenir d'autre ? Ah oui ! un jour qu'il traversait une rue avec son chien, cette pauvre bête passa sous un tramway et fut coupée en deux. L'histoire dit qu'à partir de cet épisode traumatisant, Kuro n'a plus mangé de viande rouge et saignante (j'ai honte, mais p'tin qu'est-ce que ça m'a fait rire :-))).

Revenons à Ran. 1400 figurants, 1400 armures, 200 chevaux, des centaines de costumes cousus à la main pendant deux ans. Un château spécialement érigé pour les besoins du tournage sur les pentes du Mont Fuji. Kuro a passé 10 ans à confectionner - plan par plan - le story-board* en peinture, soit pour 2 heures 40 de film au montage final. C'a d'ailleurs aidé ses assistants pendant le tournage parce que la vue de Kuro se dégradait beaucoup. Vous l'aurez compris, c'est un film à très gros budget.

Kuro s'est inspiré de la pièce de William Shakespeare - Le Roi Lear - pour ce film ; mais aussi des guerres civiles du Japon du XVIème siècle et de la légende de Mori, un Seigneur de guerre, et de ses trois enfants. Rappel : dans Le Roi Lear, un roi a trois filles. Avant de léguer son pouvoir, il attend les preuves de l'amour qu'elles lui portent. Deux d'entre elles, perfides, lui assurent un amour sans bornes. La troisième, plus discrète, lui témoigne d'un amour simple d'une fille envers son père. Déçu par cette simplicité, le roi ne partage son royaume qu'en deux. Privé de son pouvoir, il est successivement rejeté par les deux premières et trouve réconfort auprès de la troisième, qu'il avait déshéritée. Celle-ci décide, en levant une armée, de reconquérir pour son père la totalité du royaume.

L'histoire de Ran. Dans le Japon en guerre du XVIème siècle, un Seigneur (archi moche !) - qui a fait couler le sang toute sa vie pour conquérir trois châteaux, décide de se retirer pour vivre en paix et partage son fief entre ses trois fils. Mais la répartition de cet héritage va déchirer la famille et mettre encore plus le bazar dans la région.

Le moins que l'on puisse dire après avoir vu ce film, c'est que Kurosawa était d'un pessimisme inquiétant. Il a filmé la folie destructrice de l'homme comme l'aurait fait le Diable en personne. Les batailles sont spectaculaires, la musique terrifiante, et belle aussi parfois, et le sang coule à flots. Son chien n'avait sans doute pas encore été scindé en deux :-)))

Ran n'est pas dénué de poésie ni de touches ponctuelles d'humour, mais ce n'est pas ce qui prime. Les couleurs sont flamboyantes et les paysages somptueux. La mise en scène pourrait bien être une leçon de cinéma pour tous les jeunots dans les écoles, ceux qui rêvent de devenir réalisateur. C'est un maître, ça c'est sûr.

Un exploit cinématographique. Un monument lyrique. Une oeuvre magistrale. Un vrai truc de ouf !!

* Un story-board ou scénarimage est une suite de dessins correspondant chacun à un plan et permettant, lors de la préparation d'un film, de visualiser le découpage.

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