La Strada / Federico Fellini

Publié le par La Zitoune

La Strada (Le chemin), un film d'anthologie de 1954, en noir et blanc, du cinéaste italien Federico Fellini (1920-1993).

Zampano / Anthony Quinn, un hercule de foire, achète pour une modeste somme Gelsomina / Giulietta Masina à sa mère, qui ne peut plus nourrir toute sa marmaille. Cette jeune fille un peu simplette lui servira d'assistante dans ses numéros de briseur de chaînes ou de clown, mais guère plus car elle ne sait pas cuisiner. Zampano est un homme rustre, débraillé, en guenilles sales, qui s'ennivre beaucoup. Ils vont de village en village grâce à une espèce de roulotte accrochée à une moto à trois roues.

Ce moyen de locomotion atypique nous transporte tout au long du film dans un univers étrange, rêche, aux côtés d'une Gelsomina naïve, humaine, sensible et perméable, qui tombe rapidement amoureuse de cette armoire à glace.

Elle tente de dialoguer avec Zampano, mais celui-ci la rejette systématiquement. Un soir, il part avec une femme et la laisse seule dans la rue toute la nuit. Jalouse, elle décide de le quitter pendant qu'il cuve son vin à même le sol. En chemin, elle admire un fildefériste, mais Zampano la retrouve, la bat et la ramène avec lui de force.

Le personnage de Gelsomina est un véritable artiste, elle adore faire le show, la vie sur les routes, dans les cirques, jouer de la trompette, du trombone, faire le clown, donner la réplique. Elle aime cette vie que lui propose Zampano, elle se contente et s'émerveille d'un rien, mais elle souffre de son indifférence.

Ils feront un bout de chemin dans un cirque, avec d'autres artistes, dont le fildefériste Il Matto ("Le fou"). On ne sait pour quelle raison mais Zampano le déteste et répond à toutes ses provocations. Un soir, après l'avoir menacé avec un couteau, il est embarqué par la police. Peut-être était-il inconsciemment jaloux de la complicité évidente entre "Le fou" et Gelsomina ?

Cette dernière ne sait que faire : attendre Zampano à la sortie du commissariat ou accepter la proposition du cirque de cheminer avec eux. Elle discute longuement avec "Le fou", pleure, dit qu'elle préférerait ne pas être née. Celui-ci lui explique que tout le monde a une utilité, y compris un tout petit caillou, et que si elle ne reste pas avec Zampano... qui restera avec lui ?

Il la taquine en lui parlant de sa tête d'artichaut (c'est vrai qu'elle a une tête d'artichaut !! :-)) et lui offre un collier.

Touchée par ce discours généreux, elle pense avoir trouvé un sens à son existence et espère à nouveau que Zampano lui ouvre enfin son coeur. Son immense capacité à aimer laisse songeur...

Nos deux bougres seront accueillis dans un couvent par de charitables religieuses, mais Zampano ne pourra s'empêcher de voler des objets en argent, ne respectant rien, au grand désespoir de Gelsomina. Ils repartent sur les routes et croisent le fildefériste en panne de voiture. Comme à l'accoutumée, ce dernier provoque la brute, qui lui met direct un pain dans la tronche et le tue sans le vouloir. Gelsomina, traumatisée, tombe malade et n'a de cesse de pleurer en répétant "Il a mal". Elle ne mange plus et a peur de Zampano. Celui-ci est exaspéré, mais on le sent inquiet aussi, surtout de ne pas pouvoir travailler tant qu'elle est dans cet état. Il est beaucoup plus gentil et attentionné avec elle.

Au bout de deux semaines, il envisage de la ramener chez sa mère, mais un matin elle semble aller mieux. Pourtant, lorsqu'il lui parle d'une foire non loin de là, elle se remet à pleurer. Après l'avoir couverte chaudement, il l'abandonne endormie sur la plage auprès du feu qui crépite, et de sa trompette.

Des années plus tard, on retrouve Zampano marchant dans la rue et mangeant seul une glace près du cirque dans lequel il travaille. C'est alors qu'il entend une femme fredonner l'air nostalgique que chantait toujours Gelsomina. Intrigué, il apprend alors de la bouche de cette femme que Gelsomina a vécu quelque temps avec sa famille après que son père l'ait découverte sur la plage. Puis, elle est morte... On comprend qu'elle s'est laissée mourir de chagrin.

Zampano, abasourdi, boit jusqu'à plus soif et s'écroule sur la plage après avoir marché dans la mer, qu'aimait tant Gelsomina, et regardé le ciel. Ce gros dur pleure à gros bouillons en réalisant sans doute que Gelsomina lui manque. Aurait-elle finalement sauvé l'hercule de foire, le marginal, le solitaire ?

Gelsomina est petite, avec une drôle de tête, de gros yeux globuleux et un air vraiment idiot. Lorsqu'elle sourit, tout devient beau, pur, propre. Un rôle attendrissant d'idiote du village, au final pas si idiote que ça. J'aimerais voir cette actrice dans un autre rôle pour me rendre compte de la réalité de ses traits. Elle ressemble beaucoup au personnage de Charlot, tout en mimiques, en moues boudeuses, en haussements de sourcils et en airs interloqués. Paraît que Fellini était fou du travail de Charlie Chaplin ; je ne suis pas surprise. Paraît aussi, et là je le suis beaucoup plus, que Giulietta Masina était sa femme. On dirait une adolescente dans La strada...

Bon, alors voilà, c'est un bon film, certes, mais de là à le ranger dans la catégorie des chefs-d'oeuvre... Perso, je l'ai vu, chuis contente, j'ai passé un excellent moment, mais il ne va pas m'habiter comme un Bergman ou un Kurosawa. C'est un conte triste - digne de La petite fille aux allumettes - qui finit mal, très bien joué, on ne s'ennuie pas, c'est singulier, ça vaut le coup, mais... c'est tout. C'est déjà pas mal me direz-vous. Oui, vous répondrai-je.

Publicité
Artichaut italien.

Artichaut italien.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article