Le boucher / Claude Chabrol

Publié le par La Zitoune

Un autre Chabrol, de 1970. Un très bon thriller psychologique pour ne pas changer.

Popaul, fils de boucher et boucher lui-même dans un charmant petit village du Périgord, ressasse sans arrêt ses 15 ans passés dans l'armée, dans les guerres coloniales d'Algérie et d'Indochine. Il semble en avoir gardé des meurtrissures et des visions d'horreur. Il est assez rustre mais aussi romantique à sa façon quand il offre de la viande à la directrice de l'école - Mlle Hélène/Stéphane Audran - comme d'autres offriraient des fleurs.

Mlle Hélène, d'origine parisienne, est classe, instruite et libérée : elle porte des mini-jupes et fume des Gauloises dans la rue, chose assez rare pour une femme (à l'époque) lui fait remarquer Popaul. On sent bien que le boucher est mordu de l'institutrice, mais celle-ci ne souhaite pas avoir de liaison avec un homme, parce qu'elle a souffert sentimentalement plus de 10 ans auparavant. Elle fait sa bêcheuse mais lui offre un briquet pour son anniversaire. Chabrol est tout à fait capable d'avoir voulu utiliser une métaphore pour la traiter d'allumeuse :-))

Ils passent du temps ensemble, il vient la voir à l'école, lui refait les peintures dans son logement de fonction. Elle semble l'apprécier. Il est gentil avec elle, la console quand elle est triste, de manière assez maladroite, se confie à elle et lui parle de son père violent, de sa mère soumise, de la cruauté de la guerre. Il est amoureux, mais elle semble le considérer comme un bon copain qui meuble sa solitude provinciale.

Puis, des choses étranges se passent dans la région, dans ces petits villages tranquilles : des femmes sont égorgées. Hélène découvre par hasard l'un des corps et un briquet à proximité. Elle commence à suspecter Popaul, mais ne dit rien à la police. Serait-elle éprise du boucher ?

Dans cette scène, on voit une goutte de sang tomber de la falaise sur la tartine d'une écolière. Beurk !

Quand elle se rend compte que Popaul a toujours le briquet qu'elle lui a offert, elle est rassurée, mais en cherchant un chiffon dans un tiroir, Popaul trouvera le briquet ramassé sur les lieux du crime et, se pensant suspecté, le récupérera. Pour elle, ce sera un aveu.

Il rôde autour de l'école la nuit pour lui parler. Cette partie du film est digne d'Hitchcock, l'angoisse est palpable. On sait qu'elle n'a pas le téléphone... Popaul parvient à entrer, muni d'un couteau à cran d'arrêt, le même que celui utilisé pour les meurtres dans la région. Il avoue ses crimes et - dans un acte de rédemption - retourne l'arme contre lui, après lui avoir expliqué qu'il ne peut s'empêcher de tuer. Il lui parle de l'odeur du sang qui est la même chez les animaux et les humains, seule la couleur peut varier précise-t-il.

Hélène le conduit à vive allure à l'hôpital ; Popaul lui déclarera son amour pendant le trajet et mourra après l'avoir suppliée de l'embrasser, ce qu'elle fera dans un élan de tendresse.

Les instincts meurtriers du boucher du village auraient-ils été ravivés par le refus d'Hélène de l'aimer ? Elle n'a pas mesuré la portée du bouleversement engendré chez lui : il s'est retrouvé seul face à ses pulsions. Il lui avait d'ailleurs fait un long discours sur la nécessité de faire l'amour pour ne pas sombrer dans la folie, mais elle en avait souri et répondu qu'elle s'en accommodait très bien.

Chabrol a l'art et la manière de distordre nos sentiments ; en ce qui me concerne, il a réussi à me rendre le personnage d'Hélène énervant et celui du meurtrier, du boucher assassin, presque déchirant.

Ce réalisateur est décidément d'une humanité diabolique.

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Voir du même réalisateur : Que la bête meure http://zitoune.over-blog.fr/article-que-la-bete-meure-52053082.html

Le boucher / Claude Chabrol
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