Du Salon du polar au clivage droite gauche
Hier, je suis allée à un Salon du polar, dans lequel une dizaine d'auteurs présentaient leurs romans devant une vingtaine de lecteurs du genre. Cette foule a dû leur remonter le moral. Après avoir discuté avec les écrivains, détecté ceux qui s'y croyaient, ceux qui cachaient une appartenance politique d'extrême gauche et ceux qui étaient susceptibles de m'intéresser, j'ai acheté deux romans noirs.
Une mini-conférence sur la genèse du polar nous a appris que le roman policier est en fait très codifié. C'est-à-dire que si vous ne suivez pas les codes, les éditeurs vous envoient paître ou vous font la tête (si vous avez déjà percé dans le métier). Gilles Bornais, ancien journaliste, type intéressant ET drôle, ce qui ne gâche rien, expliquait que dans son premier polar, son flic étant lui-même un assassin, cela avait déplu aux éditeurs. Ca ne se fait pas paraît-il, le flic ne peut pas être un meurtrier, il doit choisir son camp. Ca m'a scotchée, on ne peut donc pas écrire ce qu'on veut ! mais ils nous font suer avec leur volonté de tout lisser, de tout uniformiser. Comment ça un flic ne peut pas être un pourri ? Et les ripoux alors ?
Il ne faut pas non plus qu'on sache d'entrée de jeu qui est l'assassin. Et Colombo alors ?!
Enfin bref, on en apprend tous les jours. Ca doit quand même brider la créativité de se mettre au diapason des exigences de cette seigneurie éditoriale. Ils prennent les lecteurs pour des dadais aussi, des espèces de robots qu'il ne faudrait pas perturber avec des choses trop originales ou différentes. La norme, toujours la norme... la norme nous les brise. Breaking the norme !
Après ce bain de foule instructif, Véro - mon amie alias ma Sauterelle - et moi-même nous sommes retrouvées dans un jardin de la ville, assises sur un banc, au milieu de ces saletés de pigeons pleins de puces et ptêt même de poux, à tailler la bavette.
On a parlé politique à fond les manettes, et à la question de définir la droite et la gauche, je me suis rendue compte que c'était compliqué d'être concis et précis. Alors ce matin, je me suis replongée dans mon dictionnaire de la pensée politique tout jauni par les années et j'ai fait un petit machin en partant de la notion d'égalité.
Evidemment, étant de gauche, je ne garantis pas la neutralité de mes propos et interprétations. Faut pas pousser non plus, je ne vais pas me violenter un dimanche matin (ni les autres jours de la semaine d'ailleurs). Sur ce sujet, en général, il est conseillé de ne pas choquer et de ne pas montrer son appartenance à l'un ou l'autre des camps, c'est politiquement incorrect nous bassine-t-on ; on doit être OBJECTIF. Il paraît que parler politique ennuie les gens, fout la m**** et qu'on s'en fiche, "tous pareils !" entend-on souvent. J'affiche la couleur : elle est rose. C'est MON blog, je fais ce que je veux.
Dans la pensée politique, la notion d'égalité a deux sens. Le premier dit que les hommes sont des êtres égaux, non pas parce qu'ils sont des êtres humains, mais parce que ce ne sont pas des plantes ou des animaux. Le second est lié à une distribution plus égale des biens économiques, des chances sociales ou des pouvoirs politiques.
Il y a deux façons très différentes de voir la vie, de se positionner dans la société. Soit l'on estime que l'ordre naturel des choses favorise toujours les gens bien nés et que l'on ne peut rien y faire, on a juste à subir cet état de fait (canard boiteux tu es, canard boiteux tu resteras). Soit l'on pense que personne ne doit être condamné dès la naissance à vivre dans la misère et qu'il y a plein de choses à faire (canard boiteux tu nais, canard boiteux on t'aidera).
Deux camps s'opposent : celui du conservatisme et celui du progrès. Et même si Bayrou hurle à tous les vents qu'il n'y a plus de clivage droite gauche, et qu'il faut voter au centre, on n'est pas obligé de le croire. Et puis pour le faire suer, j'ai une petite question à lui poser : s'il y a un centre, c'est bien le centre de quelque chose, non ? et les extrêmes ? sont-ils les extrêmes du centre ?
La gauche c'est quoi ? Ben... c'est la promotion d'une solidarité obligatoire, d'une protection collective, dont l'Etat doit être garant ; la lutte contre l'inégale répartition des richesses (économie solidaire).
La droite c'est quoi ? Ben... c'est la promotion d'une solidarité facultative, et l'Etat n'en est pas garant. Tu as du fric tu es bien soigné, tu n'en as pas tu continues à boiter. Oui je sais, c'est caricatural, mais pas complètement infondé non plus.
Ce sont quand même deux choix de société bien différents, deux visions bien différentes, qui existent depuis la Révolution française. C'est sûr, cette bipolarisation a évolué, mais en gros on retrouve toujours une droite qui met en avant la responsabilité individuelle, la défense d'un ordre efficace qui respecte l'autorité et la propriété, qui conserve les hiérarchies économiques et sociales au nom des valeurs transcendantales*, et une gauche qui revendique un progrès égalitaire organisé par l'Etat, une égalité sociale et économique des citoyens et leur émancipation, favorisées par l'évolution des lois adaptées par et pour eux.
* Pour la droite religieuse : l'ordre divin moral ; et pour la droite libérale : la loi du marché.
Les inégalités ne sont plus aujourd'hui dues à des privilèges de rang, mais à une propriété économique favorisée par le libéralisme économique (et notamment Milton Friedman), en faveur d'un patronat capitaliste. Non, je ne suis pas devenue facteur et je n'ai pas de Buffet. Face à tout ça, la gauche s'est développée en tant que mouvement d'opposition au libéralisme économique et à la loi du marché ; elle a préféré des lois régulant l'économie (la théorie keynésienne) pour favoriser l'égalité économique et sociale.
Alors bien sûr, les choses sont plus complexes, moins réductrices qu'être de gauche ou de droite, avec les gens de droite qui avouent la nécessité d'une régulation, ceux qui se disent de droite mais pas libéraux, avec les gens de gauche qui reconnaissent la loi du marché et la mondialisation qui change la donne, la solidarité qui ne peut pas se réduire à la seule assistance, etc... C'est peu clair tout ça... pas aussi tranché qu'avant. C'est vrai qu'on peut s'embrouiller les synapses, mais quand même de là à dire que la droite et la gauche ne sont plus clivées...
Pour conclure, parce que je suis fatiguée, que j'ai faim et que par-dessus le marché (loi cruelle devant l'Eternel) c'est dimanche (jour du Seigneur), je dirais que la vraie question n’est pas de savoir si l’on est de droite ou de gauche, mais de décider une bonne fois pour toutes si l’on est étatiste ou libéral.
Comment ça ce n'est pas plus clair qu'avant ? Mais non ! ce n'est pas parce qu'on est étatiste qu'on verse obligatoirement dans le stalinisme, dans un Etat totalitaire ! et ce n'est pas parce qu'on est libéral qu'on verse obligatoirement dans l'ultra non plus ! C'est du terrorisme intellectuel de dire des trucs pareils. M'enfin !
Enfin bref, moi quand je vois Sarko et ses sbires démanteler la Sécu (alors qu'Obama l'installe), vider le Code du travail de son contenu et réduire les syndicats à des rôles de figurants, casser notre système de retraite, appauvrir les services publics, dire aux chômeurs qu'il faut se lever tôt pour travailler plus pour gagner plus alors que certains touchent des capitaux ou des salaires d'élus de plus en plus indécents, vouloir nettoyer leurs concitoyens au Kärcher et les traiter de pauvres cons, je me dis que ce n'est peut-être pas très glorieux actuellement de revendiquer son appartenance socialiste, DONC DE GAUCHE, mais qu'au moins je reste cohérente avec moi-même.
C'est important de rester cohérent avec soi-même, je refuse de participer au super-casse du siècle donc je suis de gauche et j'y reste. Ni coupable ni responsable. Je ne pars pas vers les extrêmes qui me fichent une trouille terrible, je ne vais pas au centre par dépit et je ne vais pas non plus rejoindre les Verts qui poussent grâce au fumier et à l'air du temps pollué (et pourtant je suis écolo). Et surtout, je ne fais pas le lit de la droite en clamant qu'il n'y a plus de gauche ni de droite. Je reste donc politisée. Non, je n'ai pas honte de croire encore à la solidarité, à l'égalité, à la fraternité, à l'Etat comme garant de tout ça, et à l'ordre juste voire même à la bravitude ! :-))
Allez le PS, tu te rénoves, tu fais bloc et tu fonces ! Ca suffit les âneries éléphantesques ! On ne peut plus les laisser dire que la gauche et la droite n'existent plus ! Ca les arrange trop de distiller ces niaiseries au sein de la population. Sarko est ce qu'il est mais ce n'est pas un âne, un Kärcher sans doute, mais pas un âne. C'est un Président qui fait du mal à la démocratie et à la justice sociale, qui détruit pas à pas les acquis sociaux et démocratiques de 1936, 1945, 1981, ... Non non, la gauche et la droite ce n'est pas la même chose, le clivage n'est pas mort. D'ailleurs, s'il l'était, nous ne serions plus en république.
