Les vestiges du jour / James Ivory

Publié le par La Zitoune

Sorti en 1994, ce film américano-britannique de James Ivory est inspiré du roman éponyme du Japonais Kazuo Ishiguro. Avec Anthony Hopkins et Emma Thompson, deux acteurs sublimissimes.

En 1936, lord Darlington/James Fox est un comte british très riche. Il a une foultitude de gens à son service, dont Mr Stevens - majordome - et Miss Kenton - intendante. Celle-ci, embauchée par Stevens, a un sacré caractère. Elle se frite un peu avec son chef - Stevens donc - qui est un gros coincé du bulbe, maniéré, autoritaire, condescendant avec les sous-fifres, et qui ne vit qu'à travers son travailIl est attiré par elle et elle par lui, mais il s'en défend d'une manière que certains trouvent belle, moi je dirais navrante. Il a le goût de la perfection, y compris dans la connerie convenue. Ultraconservateur dans sa manière d'organiser sa vie, ce doux personnage considère - par exemple - les fleurs comme une distraction et ne s'intéresse aucunement à la vie extérieure au domaine qu'il régit. On a l'impression qu'il n'a aucune opinion sur rien en dehors de sa fonction.

Lord Darlington a la brillante idée d'organiser une conférence internationale dans son manoir pour soutenir politiquement l'Allemagne. Un seul membre du Congrès américain, en la personne de Jack Lewis/Christopher Reeve, ramènera sa fraise et se positionnera clairement contre la menace nazie (et fera honneur à sa réputation de Superman).

Le gratin international - américain, français, italien, anglais, allemand - se réunira une fois de plus chez le lord quelque temps plus tard. Tous soutiennent ouvertement la politique de Hitler, en déclamant que l'Allemagne doit redevenir une nation forte et qu'elle ne souhaite rien de plus que la paix. Seul l'Américain Lewis semble affolé et prendra la parole pour les traiter d'amateurs de la politique, mais se fera aussitôt clouer le bec.

Quant à Stevens, il est tellement pris par l'organisation logistique de cette réunion qu'il décidera de reporter à plus tard la gestion du décès de son père et ne laissera aucune émotion le déstabiliser ; il n'exprimera rien à part un vague soupir. Une sorte de robot, une sous-sous-catégorie d'Hannibal Lecter, non ? Oui oui j'exagère... c'était pour voir si vous lisiez vraiment...

Lorsque la stature morale de son maître est mise en défaut, il affirme qu'il n'entend rien, parce qu'écouter les conversations du lord et de ses invités nuirait à la qualité de son travail. Quel joyeux drille...

Plus tard, le lord demande à son majordome de virer deux employées allemandes... et juives ; Stevens n'est pas d'accord mais ferme sa bouche et se fout de l'avis de Miss Kenton. Celle-ci le prévient que si les deux filles s'en vont elle s'en ira aussi ; elle ne le fera pas parce qu'elle n'a nulle part où aller.

Le lord va regretter son acte et fera chercher les deux femmes pour les aider... mais en vain. Miss Kenton découvre que Coincé du bulbe n'était pas d'accord avec la décision de leur maître et elle lui dit, ahurie : Pourquoi Monsieur Stevens, pourquoi faut-il toujours que vous cachiez vos sentiments ?

En 1939, c'est l'ambassadeur allemand, le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères anglais que le comte reçoit.

Miss Kenton, lasse d'attendre un signe de Stevens, s'entiche d'un autre majordome d'un autre lord. Elle tentera de faire réagir Bulot en lui annonçant son mariage et donc son départ, mais Bulot se contentera de lui dire : Mes voeux vous accompagnent ; lorsqu'il l'entendra pleurer, plongée dans le chagrin de cet amour impossible avec un bulot, il ne réagira pas non plus. Très émotif le gars, un sentimental...

Elle s'en va.

En 1959, lord Darlington casse sa pipe. Miss Kenton écrit à Stevens. Bulot est toujours majordome, mais au service de Lewis qui a racheté le domaine de Darlington (souvenez-vous, c'était le seul qui ne soutenait pas Hitler).

Stevens décide de rendre visite à Miss Kenton. On comprend qu'il n'a qu'un regret dans sa vie : celui de l'avoir laissée partir, et qu'il fait ce voyage pour tenter de réparer son erreur. En cours de route il rencontrera des gens qui le questionneront sur son travail auprès du comte accusé d'actes de traîtrise. Il niera l'avoir connu (Bulot sait donc mentir ! Bulot aurait-il un peu honte ?), puis se contentera de répéter qu'il n'avait pas à juger son ancien maître et était embauché pour le servir. Bulot est un lâche, y compris sur la durée.
Il ajoutera que lord Darlington avait avoué à la fin de sa vie s'être fourvoyé et reconnaissait avoir été crédule. Il aurait été un pion pour les nazis. Ouais... pfff...

Miss Kenton et Stevens se retrouvent. 20 ans ont passé. Ils discutent de choses diverses ; elle évoque son mariage tout pourri ; ils échangent sur le procès d'après-guerre perdu par lord Darlington, qu'ils continuent à défendre niaisement ; Stevens propose une place à Miss Kenton, celle-ci refuse parce qu'elle va être grand-mère et souhaite rester près de sa fille. Et puis Bulot rentre chez lui, égal à lui-même. Les deux sont frustrés, mais Bulot reste Bulot.

L'histoire est bien torchée et les personnages sont merveilleusement dépeints. Stevens incarne à lui tout seul : la lâcheté, la soumission forcenée à un maître, la rigidité, la froideur, l'introvertisme extrême, le tout enveloppé dans une sorte d'autosatisfaction ridicule. Le genre de gars qu'on n'allonge pas sur un divan, parce qu'il risquerait de ne jamais s'en relever. Il fait peine à voir, on le plaint.

C'est un bon film, mais un chouia trop contrôlé, lent, mou ! La preuve : j'ai hésité à mettre sur pause pour aller chercher du chocolat. La servitude m'ennuie toujours profondément.

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