Oulipia/OUvroir de LIttérature Potentielle?
Oulipia est une potesse virtuelle, une blogueuse (http://oulipia.free.fr/index.php/?q=lien), qui visite d'autres blogs et m'a fait l'honneur et le plaisir de s'attarder sur le mien.
Une première histoire sanglante écrite à plusieurs mains (trois mains pour être précise) : Apocalypse à la Bénisson-Dieu http://zitoune.over-blog.fr/article-32464328.html, puis une deuxième qui commence : http://zitoune.over-blog.fr/article-ecrivez-la-suite-53228433.html
Et, depuis le début de ses apparitions dans les commentaires de mes billets, son pseudo m'intrigue. Alors, poussée par la curiosité, j'ai voulu taper Oulipia dans Google et, à peine Oulip inscrit, est apparu Oulipo.
Oulipo est l'acronyme de OUvroir de LIttérature POtentielle, fondé en 1960 par des amis écrivains et/ou mathématiciens et/ou peintres, dont l'illustre Raymond Queneau (1903-1976).
L'idée fondatrice fut d'inventer de nouvelles formes poétiques ou romanesques, grâce à des transferts de technologie entre mathématiciens et écriverons, un atelier de littérature expérimentale en somme. "C'est en lisant qu'on devient liseron et en écrivant qu'on devient écriveron" (Raymond Queneau).
Ce groupe se définit comme des "rats qui construisent eux-mêmes le labyrinthe dont ils se proposent de sortir". Ce n'est pas un mouvement littéraire, ni un séminaire scientifique, ni de la littérature aléatoire. Mais qu'est-ce donc alors ?
Les Oulipiens considèrent que les contraintes formelles sont un puissant stimulant pour l'imagination et se sont fixés plusieurs directions de travail :
- Un travail synthétique (synthoulipisme), qui consiste en l'invention et l'expérimentation de contraintes littéraires nouvelles, avec éventuellement un exemple de texte pour chaque proposition.
- Un travail analytique (anoulipisme), qui consiste en la recherche de ceux qui sont appelés, avec humour, les "plagiaires par anticipation", soit un recensement de tous les écrivains qui ont travaillé avec des contraintes, de façon plus ou moins consciente, avant la création de l'Oulipo. Ils scrutent à travers le patrimoine littéraire national et international toute trace "pré-oulipienne".
Le groupe d'origine rassemblait des gens qui en avaient soupé des déceptions véhiculées par la fin de l'ère surréaliste, et aussi des désillusions des théories sartriennes de l'engagement. L'Oulipo n'a pas plu à certains ; les adeptes de l'inspiration comme source de créativité par exemple ont parlé de jeu gratuit (des fêtards sans doute).
On devient membre par cooptation et il faut être élu à l'unanimité, à la condition de ne jamais avoir demandé à faire partie de l'Oulipo. Chaque coopté peut refuser d'y entrer (encore heureux), mais son refus est dès lors définitif. Une fois élu, il ne peut en démissionner qu'en se suicidant devant huissiers (deux minimum) :-))
Les membres restent Oulipiens même après leur décès. Ils sont alors "excusés pour cause de décès". La mort n'est pas une raison pertinente pour obtenir son exclusion :-))
George Perec (1936-1982), membre de l'Oulipo depuis 1966, a dit : Au fond, je me donne des règles pour être totalement libre. J'adore cette phrase ! Il a écrit un roman entier sans utiliser la lettre "e" (La disparition). C'est ce qu'on appelle un lipogramme ; un exemple de contrainte littéraire parmi une foultitude d'autres.
Exercices de style est un livre bien connu de Raymond Queneau. Qui ne l'a pas étudié en classe ? À partir d’une histoire aux péripéties insignifiantes, il a proposé quatre-vingt-dix-neuf récits, différents par leur seul style : certains sont farcis d’anglicismes, d’autres écrits en alexandrins, d’autres encore de véritables saynètes de théâtre, ... C'est un exemple de contrainte appliquée bien avant la création de l'Oulipo, puisque ce livre date de 1947.
Un autre ouvrage de Queneau, en partie à l'origine de la création de l'Oulipo, utilise les concepts mathématiques et combinatoires ; il s'agit de Cent mille milliards de poèmes (1960). Ce livre se présente sous la forme d'un puzzle ; tous les alexandrins de ces sonnets sont imprimés sur des bandelettes de papier indépendamment les uns des autres. Il est donc possible de produire, en combinant les bandelettes, autant de sonnets qu'il y a de bandelettes différentes pour chaque vers. Quelque soit la combinaison choisie, on peut lire un sonnet. C'est un travail titanesque. Cette œuvre fut saluée par les Oulipiens comme la "première œuvre de littérature potentielle".
Voilà ce qu'en disait Raymond Queneau : Ce petit ouvrage permet à tout un chacun de composer à volonté cent mille milliards de sonnets, tous réguliers, bien entendu. C’est somme toute une sorte de machine à fabriquer des poèmes, mais en nombre limité ; il est vrai que ce nombre, quoique limité, fournit de la lecture pour près de deux cents millions d’années (en lisant vingt-quatre heures sur vingt-quatre). Les choses étant ainsi données, chaque vers étant placé sur un volet, il est facile de voir que le lecteur peut composer 10 à la puissance 14 sonnets différents, soit cent mille milliards. (Pour être plus explicite pour les personnes sceptiques : à chaque premier vers [au nombre de dix] on peut faire correspondre dix seconds vers différents ; il y a donc cent combinaisons différentes des deux premiers vers ; en y joignant le troisième il y en aura mille et, pour les dix sonnets, complets, de quatorze vers, on a donc bien le résultat énoncé plus haut). En comptant 45 secondes pour lire un sonnet et 15 secondes pour changer les volets à 8 heures par jour, 200 jours par an, on a pour plus d’un million de siècles de lecture, et en lisant toute la journée 365 jours par an, pour 190 258 751 années plus quelques plombes et broquilles (sans tenir compte des années bissextiles et autres détails).
Aux dernières nouvelles, l'Oulipo comprenait 34 membres dont 13 excusés pour cause de décès (ce n'est pas sérieux !). J'ai bien regardé la liste des membres et quelque chose m'a sauté aux yeux : il n'y a que 3 femmes. Mais pourquoi donc sont-elles si rares ? Les femmes aussi aiment créer en s'amusant. Personne pour les coopter ?
Les membres se réunissent en privé pour réfléchir autour de la notion de "contrainte" et produire de nouvelles structures destinées à encourager la création, mais ils se "produisent" aussi en public chaque jeudi ; ce sont "Les jeudis de l'Oulipo", qui ont lieu à la Bibliothèque nationale de France. J'irais bien les écouter...
Tu y es déjà allée Oulipia ?
Autres histoires écrites à plusieurs mains :
- Un bien triste sire : http://http://zitoune.over-blog.fr/tag/histoires%20ecrites%20a%20plusieurs%20mains/
- Meurtre à Bombéi : http://http://zitoune.over-blog.fr/article-meurtre-a-bombei-93216373.html
- La vilaine princesse aux lardons : http://http://zitoune.over-blog.fr/article-la-vilaine-princesse-aux-lardons-93160654.html
- Vent de folie douce : http://http://zitoune.over-blog.fr/article-vent-de-folie-douce-92866824.html
- Ecrivez la suite ! (2) : http://http://zitoune.over-blog.fr/article-ecrivez-la-suite-2-56674215.html
- Le gang des castors a encore frappé : http://http://zitoune.over-blog.fr/article-le-gang-des-castors-a-encore-frappe-56660051.html
