Paragraphe 175 / Ours d'Or du documentaire en 2000
"Ours d'Or du Documentaire" au Festival de Berlin en 2000, "Prix du Meilleur Réalisateur de documentaire" la même année, Paragraphe 175 - de Rob Epstein et Jeffrey Friedman (tous les deux Américains) - est colossal.
Les homosexuels, victimes du régime hitlérien, étaient persécutés en vertu d'une loi inique, le PARAGRAPHE 175 du Code pénal allemand, qui condamnait l'homosexualité masculine depuis 1871. Placés au bas de l'échelle hiérarchique des prisonniers, ils ont été pourchassés, arrêtés, déportés, torturés et utilisés pour des expériences médicales.
Ce film donne la parole à des survivants (sept hommes et une femme*) qui nous décrivent leurs expériences personnelles et les conséquences durables de ce chapitre caché de l'histoire du IIIème Reich.
Ames sensibles s'abstenir. On est dans le témoignage, pas dans la fiction.
Il a fallu attendre très longtemps pour que ces hommes, qui portaient l'infâme triangle rose (der rosa Winkel) dans les camps de concentration nazis, soient les derniers à révéler leur terrible histoire.
Après 1945, le paragraphe 175 est resté en vigueur ; il a été modifié en 1969, date à laquelle l'homosexualité a cessé d'être un motif d'emprisonnement. Mais c'est seulement en 1994 qu'il a été abrogé !
C'est incroyable qu'on ne nous enseigne pas cette horreur dans les manuels d'histoire du lycée ! Les deux réalisateurs n'ont rien fait d'autre qu'un devoir de mémoire, douloureux et nécessaire.
Saviez-vous que les homosexuels ont continué à être persécutés bien après 1945 ? En 1946, au procès de Nuremberg, pas un mot sur leurs supplices ; ils n'ont eu droit à aucune réparation de la part du gouvernement allemand ; tout le temps passé derrière les barreaux a été déduit de leur retraite ; et, dans les années 50 et 60, le nombre de condamnations pour homosexualité en RFA a été aussi important qu'à l'époque des nazis !
Tout ce que j'ai pu ressentir de traumatisant devant ce documentaire ne pourra jamais mieux se résumer que par la phrase d'Olivier Séguret, journaliste à Libé : "L'immensité du silence que rompt Paragraphe 175 est presque aussi effrayant que les crimes dont il fait état".
* Les nazis n'avaient rien à faire des lesbiennes et les ont relativement épargnées ; pour eux, les femmes ne servaient qu'à la reproduction et, n'étant "rien", elles ne représentaient pas un danger. L'amour lesbien était "passager et guérissable".
Lire Salo ou les 120 journées de Sodome de Pasolini : http://zitoune.over-blog.fr/article-salo-ou-les-120-journees-de-sodome-51575598.html et Les damnés de Visconti : http://zitoune.over-blog.fr/article-les-damnes-123075596.html
