Denise

Publié le par La Zitoune

Denise est à la retraite au mois d'octobre prochain. Elle a déjà prévenu sur un ton sentencieux qu'elle ne voulait ni cadeaux ni pot de départ, sans se douter une seule seconde que son annonce soulagerait tout le monde, y compris les plus fourbes de ses collègues. Le moins que l'on puisse dire est qu'elle n'est pas appréciée. Et qu'elle s'en donne la peine.
Denise a un avis définitif sur tout : le Sénégal est sale, la Hongrie est arriérée, il y a trop de Noirs en Afrique, la nuit il fait trop nuit, la grève ne sert à rien, le fenouil est meilleur cru que cuit, Casto est mieux que Confo, la compta c'est l'éclate, le travail c'est la santé, le café c'est pas bon, l'heure c'est l'heure, après l'heure c'est plus l'heure, avant l'heure c'est du zèle, ...
Cette femme est à la souplesse mentale ce que le ratel est à la belette, le pissenlit à la pivoine, la confiture de Carrefour au miel de fleurs de La vie claire. Sa devise pourrait être "Ma liberté est plus importante que vos besoins". Elle ressemble a un bulldozer, un être sans délicatesse, qui parle très fort, seul, sans cesse. Elle fait partie de ces personnes dont on rêve qu'elles aient un interrupteur ou un bouton volume dans le dos, ou une énorme laryngite, une extinction de voix, ... un cancer des cordes vocales ou de la langue. 😬
Elle ne tient aucun compte des autres, te pose une question même lorsque tu es au téléphone ou entres dans les toilettes (parfois, elle t'attend à la sortie, ses lunettes de vieille taupe à la main). Et répond à tes interrogations en aboyant, constamment agacée, comme si tu étais la pire des connes.
La mère Denise - cette vedette - se donne beaucoup d'importance et se croit indispensable, elle est pourtant odieuse et bête à manger du foin. C'est ben vrai ça ! Elle vivote par procuration, entre un quittancier et un bordereau, à crédit ; personne ne l'a jamais vue apporter un paquet de café ou de gâteaux, et pourtant... qu'est-ce qu'elle se gave !
La rombière ne supporte pas d'être serrée dans ses vêtements, elle clame haut et fort qu'elle déteste les ceintures, les choses qui collent au corps ; elle ne mentionne pas les soutifs, mais ses seins se font la malle et parlent pour elle. À croire qu'ils fuient le plus loin possible de sa bouche, au-dessus du nombril, pour la subir en fond sonore plutôt qu'en Dolby Stereo. Elle a une coupe de Playmobil et des chaussures Scholl à semelles ergonomiques. Elle sent le vieux gruyère, l'antimites et la bombe désodorisante à l'eucalyptus.
Quand elle est malade, tout le monde a l'impression d'être en vacances scolaires anticipées. Mais elle n'est jamais malade, cette carne. Et je vais devoir la supporter jusqu'en juillet. Quand elle me gonfle un peu trop ou trop souvent, je l'imagine sur le trône - nue comme un ver - qui grince des engrenages, les mamelons collés sur le carrelage froid. Ça me détend un peu. 🥴

Publicité
Denise

Publié dans Portraits

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article