Jean

Publié le par La Zitoune

Il y a des gens pour qui l'on a une tendresse spontanée, sans les connaître réellement. La magie de Facebook réside dans ces rencontres qu'on n'aurait jamais faites dans "la vie", et pourtant c'est aussi la Vie ; le confinement nous le souffle dans le creux du coude (nan, pas de l'oreille, c'est trop près des yeux, du nez et de la bouche !).
Jean, je l'ai d'abord découvert à travers ses dessins colorés - qu'il signe d'un pseudo qui lui ressemble : Sakado. Un sac à dos rempli d'arts. Un sac à dos avec des ailes, qui reviennent souvent dans ses images. Une liberté intérieure qui n'a pas d'autre choix que d'être libre. Un artiste. Un vrai, avec les tripes et une grosse cervelle. Des messages à faire passer, humanistes et poétiques, ou parfois grinçants, qui l'ont mené jusqu'à "Charlie hebdo" en son temps.
Jean, je l'ai aimé tout de suite. Comme si je savais qui il était, de manière instinctive. Il est l'oncle gaucho que j'aurais aimé avoir, le cousin bohème que j'aurais admiré, qui m'aurait appris tellement de choses. Mais également l'ami que j'aurais cherché à épater. Une référence. Un phare dans le port de Saint-Nazaire.
Ses références artistiques et culturelles sont immenses et élèvent qui s'y frotte, façonnent celui qui s'y penche.
Son humour cueille, décoiffe et parfois couine ; il est un outil au service du propos. Jean aurait pu être prof, s'il avait pu donner des cours à l'air libre, en randonnant ou en regardant les bateaux dans le brouillard. Pas question de l'enfermer, on n'enferme pas les gens ailés. De toute façon, il ferait voler les codes et scierait les barreaux.
Accéder à l'univers singulier de Jean demande des efforts. Ce n'est pas immédiat, ça se mérite. Mais une fois qu'on y a goûté on y revient, sans cesse. Comme un îlot de verdure, un poumon dans la grisaille.
Puis, j'ai découvert que Jean écrivait également, des scénarios de films, des chansons, des pièces, des romans, des spectacles pour les enfants et les plus grands.
Un jour, sans que je m'y attende, j'ai reçu un ouvrage par la Poste, que j'ai littéralement dévoré. Ce geste rare, gratuit et spontané m'avait beaucoup touchée. Je n'oublierai pas la petite Anne, une cousine de Zazie, mais pas dans le métro, et plus torturée que celle de Raymond Queneau. Un personnage, une histoire douloureuse qui laisse des traces.
Mais Jean n'est pas de ceux qui passent leur vie dans la même entreprise. Il s'est également adonné à la mise en scène, aux courts-métrages, à la confection de décors, à la comédie - aux côtés de Simone Signoret, excusez-moi du peu - et a même fait un tour du monde. 12 vies en une, plus que les chats.
Claire, sa compagne, sculpte, et j'aime aussi son univers. Chez eux, on mange art, on respire art, on bise art 🤪. Et, en ce moment, on doit confiner art.
Voilà. C'est comme ça que je vois Jean, de ma fenêtre virtuelle. Un poète à casquette, barbe et bâton de rando que j'irai voue art s'il est d'accord, face aux bateaux de la rade. On mangera des huîtres, en cassant du bourgeois. 😁😘

 

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Publié dans Portraits

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