Karine
Portrait
Écrire sur Karine n'est pas une mince affaire.
D'abord parce que le Sujet n'est pas simple, et aussi parce que sa merveilleuse sensibilité à fleur de peau met la pression à qui ose aventurer un orteil dans son intimité (non, ne creuse pas l'image !). Calme-toi, Lys, elle t'a demandé de la "portraitiser", c'est donc qu'elle a confiance en toi. En fait, si j'analyse mon court-circuit, il en résulte que je redoute de ne pas parvenir à matérialiser mon ressenti dans des phrases. La crainte de faire de l'à-peu-près. Je n'aime pas l'à-peu-près, ça me donne envie de courir pieds nus sur le bitume brûlant. Je ressens ça, parfois, avec des gens-monde.
Pour moi, la douce Karine, aux beaux yeux tristes et au sourire tellement réconfortant, au corps de brindille qui semble toujours s'excuser d'exister, à la personnalité multi-attachante, est un gens-monde. Vous savez, ces personnes vraies, complexes, remplies ras la gueule de milliards de choses toutes plus entières les unes que les autres, qui vous forcent à l'authenticité. On ne peut pas tricher avec Karine. Et ça tombe bien, je n'ai pas envie de jouer.
Il y a une estrade à grimper pour apprivoiser correctement les gens-monde, il faut mouiller le tee-shirt. Et, depuis que je me suis élardée sur le dos sur une estrade, de tout mon long, au ralenti, sans lâcher ma craie, devant 30 paires d'yeux effarés d'une dizaine d'années chacune, j'ai comme une crainte diffuse.
Quel que soit le fil que tu tires, Karine te tricote un pull (je l'attends toujours héhéhé...). Pas un pull moche confectionné par ta grand-mère à chignon blanc et à verres progressifs, mais un mohair, que tu laveras à la main pour ne pas prendre le risque de le déformer. Un pull-ovaire haha ! Hum... pardon... je digresse.
Bon, j'y vais. Si je continue à tourner autour du pot, ça va finir par se remarquer. Quoi ?! J'ai jamais dit que Karine était un pot, m'enfin c'est fini oui !
Karine a des regrets. Elle aurait aimé être une scientifique de métier, mais ce qu'elle ne semble pas voir ou même entrevoir - et c'est peut-être la seule, c'est qu'elle est elle-même un phénomène physique. Et pas n'importe lequel, un remarquable phénomène physique. De ceux qui ont fait écrire des bouquins à Boris Cyrulnik. Karine - grâce à des transferts d'énergie incroyables à l'échelle macroscopique - a su transformer le plomb en minerai rare. D'un bagage plombé, lourd, violent, injuste jusqu'à l'implosion cognitive, aux propriétés chimiques corrosives et toxiques, elle est parvenue à extraire la pépite d'or, originelle, que personne n'a jamais réussi à lui dérober. Ses réactions énergétiques n'ont pas transformé sa nature, mais lui ont permis de la récupérer. Ce n'est pas à la portée de tout le monde, il faut obligatoirement avoir un truc en plus pour y parvenir. Un arbre dans la tête, par exemple. Un feuillu persistant. Un chêne vert. Ou bleu. Ou rouge. En si bémol ou en la dièse. Un chêne qui déchaîne. Un chef d'orchestre cérébral, talentueux et terriblement exigeant.
Comment rêver d'une plus belle carrière scientifique ? Embrasser les lois de la Nature au point de les faire plier. Moi, ça me troue. C'est moche, mais je n'ai pas envie de le dire autrement. La poésie, ça va bien cinq minutes. Ça me troue, ça me troue !
Karine est un phénomène physique : le vent et l'équilibrage des pressions, la pluie et la condensation, la chute, le rebond, la gravité et l'élasticité, une lampe à incandescence, la fusion, l'éruption. C'est l'engrenage essentiel d'un monde sans lequel la résilience n'aurait plus de définition (et Cyrulnik serait au chômage). Un monde qui serait nettement moins intéressant. Et beaucoup plus idiot ! Et supermoche. Et chiant. Voilà.
J'en connais un* qui ne s'y est pas trompé.
(*un indice : il porte des tee-shirts qui font marrer les hirondelles et bouge la tête dans tous les sens quand il écoute de la musique de voyous 😁)
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