Philippe
Portrait
THE Philippe. Notre Philou. Ce trou normand đ. Cet empafé de Philippe ! Ce saloupiot ! Notre archiviste de compétition, depuis peu à la retraite. Ce camembert coulant.
Assurément un artiste. Un Jean-Michel Basquiat du Facebook, un Karl Lagerfeld du Web. Le roi du montage photo. Le pro de Photoshop. L'as des découpages à la machette. Une imagination sans bornes et une culture redoutable pour qui passe entre ses griffes.
Avec lui dans les parages, ne mets jamais ta photo nulle part si tu ne veux pas te voir affublé(e) de grosses lunettes, d'un slip souillé sur la tête ou d'un nez d'ivrogne.
Et j'en passe et des meilleures ! Il m'a tellement grimée que j'ai ouvert un dossier dans mon ordinateur pour - moi aussi - archiver ses montages tous plus tordants les uns que les autres.
En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, Philippe te transforme en sorcière d'Halloween, en bonne soeur ou en vieille instit' à moitié rance. Toi-même tu regardes ta photo trafiquée et lâche un pouahouuuuuuu ! avant d'hurler de rire. C'est dire.
Il te voit partout, dans toutes les vidéos animalières, en truie, en loutre, en hyène, ..., te tague sans arrêt, comme pour te dire : "Hé oh ! viens voir comme je t'apprécie, regarde comme je t'ai arrangé le portrait !"
En fait, avec Philou, il suffit d'avoir les clefs. Plus il t'enlaidit et te ridiculise, plus il te dit qu'il t'aime. Ce n'est quand même pas bien compliqué à comprendre ! S'il te "harcèle", c'est qu'il t'estime. S'il t'ignore, c'est qu'il t'ignore. C'est limpide comme de l'eau de roche.
Philippe est un gravier dans ta chaussure en pleine rando, celui qui te fait chier dans une côte hyper raide. Le moustique qui t'emmerde à table dès que la nuit tombe. Du poil à gratter !
Philippe c'est celui qui s'en fout des règles, qui lit la description d'un groupe uniquement pour transgresser les consignes, qui chiera à côté de sa caisse juste pour tester l'administrateur, qui postera des mauvaises nouvelles dans un groupe de bonnes nouvelles, des dessins rigolos dans un groupe où l'on écrit, et inversement.
Philippe est le grain de sable dans le rouage. Le rebelle anarchiste indispensable dans toute organisation saine. (P'tin ça jette !).
Sa créativité débordante et souvent hilarante pourrait énerver, mais non, elle renforce les liens, parce que ses intentions ne sont jamais mauvaises. Vraiment jamais. Et quand il va un peu trop loin, il recule et on lui pardonne dans l'instant. Impossible de faire autrement !
Philippe est un tisseur, il tricote des fables et coud lui-même les fils qui le relient aux gens. Il ne supporte pas que tu t'éloignes et - si tu fais une pause Facebook - il te tague deux fois plus, comme pour te dire "Reviens !". Il est très touchant. C'est une araignée, mais qui ne te bouffe pas. Il te met en réserve, au cas où.
Un gentil nounours, de Gauche, qui déteste l'injustice sociale et la connerie humaine. Un oursin capable de te dire des choses très gentilles d'un seul coup, sans prévenir, en tapant dans le mille, et de te déguiser en poissonnière hystérique la seconde d'après.
Philippe, c'est avant tout un tendre. Il fait le kakou, mais personne n'est dupe.
Un caramel mou au beurre salé, qui pense qu'on ne le voit pas derrière sa carapace.
Sans lui Facebook serait bien fadasse.
(P'tin la rime !)
Sa générosité atterrit souvent dans ta boîte aux lettres, sous forme de gâteaux normands, de chocolats, de livres ou d'un canard jaune en plastique (đ„Ž). Cet homme est un fidèle. Il ne te lâche pas. Et il a une qualité rare, que j'aime par-dessus tout : la gratitude. Cela semble désuet, presque vieux jeu, mais c'est l'une des qualités humaines que je préfère dans cette société où tout le monde utilise tout le monde, se sert des autres puis les jette. Philippe, lui, ne considère pas comme normal ou banal l'intérêt qu'on lui porte et il rend. Il partage. Il ne consomme pas l'amitié. Il l'entretient. Ses retours de colis, sa petite phrase à mon endroit dans son livre, ses attentions m'ont souvent réchauffée. La pudeur est présente chez cet homme, il est malgré tout un taiseux, mais jamais quand il s'agit de dire l'essentiel. Même à mots couverts, dans une ellipse ou une boutade, j'ai toujours su voir ce qu'il m'a donné ou rendu. Merci pour ça, Philou.
L'animal n'a pas les deux pieds dans le même sabot et a entamé sa retraite en fanfare avec la parution de son premier roman : "L'incendiaire de Saint-Pierre". Ce livre est à siroter.
Je ne pense pas me tromper en affirmant qu'on est un paquet à aimer Philippe et qu'un jour il faudra bien qu'il sorte de sa coque de noix pour boire l'apéro, en vrai, avec tous ceux à qui il refait le portrait depuis des années sur Facebook. En fait, je parle de moi, j'aimerais beaucoup le rencontrer en chair et en os.
Bisous mon ami, prends bien soin de toi. đ
Petite critique : Je viens de terminer « L’incendiaire de Saint-Pierre ». Lu d’une traite sans bouger, avec le chat sur les genoux. Un livre méchamment bien écrit, dans un langage et un vocabulaire délicieux d’originalité et de drôlerie. L’intrigue est haletante et l’on peut aimer ou haïr les personnages, à l’envi ; impression de les connaître, de pouvoir les renifler. J’ai refermé le livre, mais ils sont là.
Oui, Rose et Frérot ont vécu au XIXe siècle et pourtant ils sont là, incarnés.
Une mise en abîme géniale des mécanismes de la haine collective, du lynchage, d’une justice de riches qui broie les pauvres. Un efficace plaidoyer contre la peine de mort, qui réussit le tour de force de s’appuyer sur une histoire d’Amour renversante.
Victor Hugo et Miguel de Cervantes auraient aimé lire Philippe Cyprien, et lui auraient rendu ses nombreux clins d’oeil. J’en fiche mon billet.
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