Éloge des fines herbes
Les fines herbes, ces plantes cultivées dans les jardins potagers, ont plusieurs qualités qui parfois se cumulent : aromatiques, condimentaires et médicinales. Il en existe une quantité incroyable, de toutes sortes, qui, si l'on sait les utiliser et qu'on en comprend l'essence, parfument les plats mais aussi la Vie.
Il s'agit de toutes ces petites choses, ces petits plus, qui ne servent souvent à rien mais qui assaisonnent le quotidien. Des bouquets garnis qui imprègnent relations et projets, donnent du sens à un parcours personnel, et peut-être même à l'Existence. Si l'on parvient à en capter les arômes, les fines herbes ont des vertus inestimables et embaument une journée, du lever au coucher.
Le mille-pattes ne se demande pas pourquoi il a tant de pattes ; le ver de terre ne se demande pas pourquoi il n'en a pas ; mais l'Homme, cet animal doté d'une conscience, se demande sans cesse à quoi sert son existence puisque - de toute façon - il va mourir, qu'il ait mille pattes ou aucune. Certains philosophes pensent que c'est le prix à payer pour avoir la capacité de penser, mais si l'on ne parvient pas à y mettre du sens plus rien n'a de saveur, et l'on gigote en vain.
Chacun a sa propre stratégie pour combattre le spleen, le sentiment de vide, pour faire taire le "à quoi bon...". Bien sûr, perdre quelqu'un qu'on aime, vivre le deuil, exacerbe tout, entame le goût, l'envie, le présent. La pensée s'agite et le sens s'effrite.
Et, c'est là qu'interviennent les fines herbes ! Elles ont une propriété anti-agitation phénoménale. À leur contact, le doute mortifère se transforme et permet d'avancer, il ne rend plus malade parce qu'elles redonnent du goût. L'envie d'avoir envie.
Partager des moments avec les gens qu'on aime, son enfant, sa famille, ses amis, lire un livre, regarder un film, rire à gorge déployée, caresser un chat, l'écouter ronronner, comprendre, questionner, faire attention aux autres, à soi, rêver, voyager, découvrir, contempler, se moquer d'un autre, de soi-même, boire un bon rouge, manger un plat qui a mijoté, écrire, randonner, écouter de la musique, le chant du vent, de la nuit, créer, se balader dans la nature, respirer à pleins poumons, sentir, goûter, toucher, dormir, apprécier le silence et le bruit, l'inaction et le bouillonnement, ne rien faire et le vivre bien, courir partout avec exaltation : ce sont mes fines herbes.
J'essaie de faire en sorte qu'elles ne manquent jamais de compost, d'eau ni de soleil. Je les récolte au gré des circonstances, des besoins ou des envies, et plus encore quand je suis triste et/ou faible. Je les partage aussi, avec un plaisir inutile, évident... et sûrement vital. C'est sans doute pourquoi je me refuse à les congeler. N'étant malheureusement pas un mille-pattes, j'aurais trop à y perdre.
/image%2F1180522%2F20211027%2Fob_23103b_246694861-250334937053217-498937910173.jpg)