Marie-Paule

Publié le par La Zitoune

Portrait

 

Marie-Paule est à la retraite au mois de juin prochain. Elle a déjà prévenu sur un ton sentencieux qu'elle ne voulait ni cadeaux ni pot de départ, sans se douter une seule seconde que son annonce soulagerait tout le monde, y compris les plus fourbes de ses collègues. Le moins que l'on puisse dire est qu'elle n'est pas appréciée. Et qu'elle s'en donne la peine.

Marie-Paule - à son insu surnommée Chlamydia - a un avis définitif sur tout : le Portugal est sale, la Hongrie est arriérée, il y a trop de Noirs en Afrique, la nuit il fait trop nuit, la grève ne sert à rien, le fenouil est meilleur cru que cuit, Casto est mieux que Confo, la compta c'est l'éclate, le travail c'est la santé, le café c'est pas bon, l'heure c'est l'heure, après l'heure c'est plus l'heure, avant l'heure c'est plus prudent, ...
Cette femme est à la souplesse mentale ce que le ratel est à la belette, le pissenlit à la pivoine, la confiture de Carrefour au miel de fleurs bio.
Sa devise pourrait être "Mon illusion de liberté est plus importante que vos besoins élémentaires".

Chlamydia ressemble à un bulldozer, un être sans délicatesse, qui parle très fort, seul, sans cesse. Elle fait partie de ces personnes dont on rêve qu'elles aient un interrupteur dans le dos, une maladie des cordes vocales ou - mieux encore - qu'elles fassent une dernière fausse route en avalant leur langue fourchue. 
Elle ne tient aucun compte des autres, te pose des questions lorsque tu es au téléphone ou entres dans les toilettes ; parfois, elle t'attend à la sortie, ses lunettes de presbyte à la main et la bouche en Q de poule (constipée). Et répond à tes interrogations en aboyant, constamment agacée, comme si elle était entourée de crétins.
La pauvre.

Marie-Paule se donne beaucoup d'importance et se croit indispensable, elle raisonne pourtant comme un tambour mouillé et transforme chaque réunion d'équipe en un harassant chemin de croix à l'eau de Javel. Elle vivote par procuration, entre un quittancier et un bordereau, à crédit ; personne ne l'a jamais vue apporter un paquet de café ou de gâteaux, et pourtant... qu'est-ce qu'elle se gave !
Et nous avec.

Comme tout bon Chlamydia qui se respecte, elle ne supporte pas d'être serrée dans ses vêtements, et clame haut et fort qu'elle déteste les ceintures, les choses qui collent au corps ; elle ne mentionne pas les soutifs, mais ses seins se font la malle et parlent pour elle. À croire qu'ils fuient le plus loin possible de sa bouche, juste au-dessus du nombril, pour la subir en fond sonore plutôt qu'en Dolby Stereo.
Même les chewing-gums refusent de vivre sous ses semelles.
Elle a une coupe de Playmobil et des chaussures Scholl à semelles ergonomiques, qui lui donnent une démarche de canard atteint de coxarthrose.
Elle sent le vieux gruyère râpé, l'antimites et la bombe désodorisante au muguet de synthèse.

Lorsqu'elle est malade, tout le monde a l'impression d'être en vacances. Mais elle n'est jamais malade, cette carne.
Et je vais devoir la supporter jusqu'en juin.

Quand Chlamydia me gonfle un peu trop ou trop souvent, je l'imagine sur le trône - nue comme un ver - qui grince des engrenages rouillés, les mamelons ventousés sur le carrelage froid et humide.
Ça me détend un peu et calme les démangeaisons. 🥴

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Marie-Paule

Publié dans Lys

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