Circé
Portrait
"Elle a changé", claironnent certains, toujours prompts à voir la Vierge au milieu du lupanar.
"On ne peut pas aimer les chats et être mauvais", sentencent d'autres ; sans doute des vétérinaires contrariés par leur piètre niveau en mathématiques ?
Il y a ceux - consommateurs compulsifs - qui pensent qu'"il faudrait l'essayer" et qu'ils pourront toujours faire appel au SAV ou utiliser leur droit de rétractation, ou - mieux encore - à la commission de surendettement.
De plus en plus nombreux à sortir du bois se comptent les racistes ordinaires, ce monsieur et madame Toulemonde, qui tapent dans le dos de leur voisin en dégustant ses pâtisseries du ramadan, "parce que lui c'est pas pareil", qui parlent de préférence nationale, de leur ami noir qui est "très gentil et très propre", de culture à protéger, de Français de souche et de grand remplacement. Friands de théories complotistes, d'Hanouna, de feu Jean-Pierre Pernaut et de ses sabots du Cantal, ils ont une vision du monde aussi plate que leur encéphalogramme, ne jurent que par les soldes et imaginent en "elle" la garante de leur sacro-saint pouvoir d'achat.
Puis il y a les purs et durs, bien sûr, les convaincus de la supériorité de la race blanche et qui voient dans cette couleur un champ chromatique sacré, à l'opposé du noir, symbolisant la souillure. Faisant fi par là même des expériences d'Isaac Newton qui démontraient que le blanc est "la teinte obtenue en mélangeant la lumière de toutes les couleurs". Des poètes au chapeau pointu, un Klan, ramassis de décérébrés au folklore effrayant, des néonazis antisémites, anticommunistes, ultranationalistes, homophobes, racistes, islamophobes, sexistes, suprémacistes et - évidemment - tueurs d'antifascistes.
Ces derniers seraient sans doute les seuls véritables vainqueurs si elle venait à remporter l'élection présidentielle. Élection qu'elle gagnerait grâce à l'aide de tous les autres : naïfs, psychologues de comptoir, amoureux des animaux, ignares politiques ; y compris celle de ceux qui se seraient abstenus ou auraient voté blanc (au-delà de ce qu'ils imaginent). On ne polémique pas avec les lois mathématiques. Il n'y a pas de débat possible. Rester chez soi ou voter blanc c'est l'aider à gagner. Ce n'est pas une opinion.
Et que ceux qui s'imaginent que voter Macron m'arrachera moins la gueule qu'à eux s'étranglent avec leur putride faconde.
"Elle" c'est cette femme à la voix éraillée par la cigarette, aux manières grossières et au rictus déplaisant, élevée dans la haine et le mépris de l'Autre par un père monstrueux qu'elle ne parvient pas à tuer, qui rêve d'une France rabougrie, vidée de ses Lumières. Une France sèche, à son image, dans laquelle tous les citoyens qu'elle considérera à la marge morfleront : les musulmans, les basanés, les colorés, les artistes, les syndicalistes, les opposants politiques, les intellectuels, les universitaires, les étudiants, les profs de philosophie, les handicapés, les pauvres, les malades, les homosexuels, les femmes, les différents, les originaux, les libertaires, les Justes... La liste semble infinie.
"Elle" c'est celle que je ne parviens plus à nommer sans me sentir sale, quand d'autres l'appellent par son prénom en tendant le bras avec elle dans des bals autrichiens.
La vie ne sera pas douce avec Macron, c'est certain, mais avec elle au pouvoir, l'Enfer organisera des journées portes ouvertes toute l'année. Et ce sera le Black Friday, tous les jours. Elle ne sera jamais la Présidente du peuple comme certains l'espèrent. Et les pauvres seront toujours pauvres. D'ailleurs, elle les hait.
Comme Circé dans la mythologie grecque, elle est experte dans l'art de distiller son poison dans la société, prête à y opérer des métamorphoses. Comme la magicienne décrite par Homère, elle a su s'entourer de loups et de lions, autrefois des hommes, qu'elle a ensorcelés, en les flattant et en leur mentant. Elle détient ce pouvoir de changer certains humains en animaux, parfois en porcs. Un breuvage empoisonné, le fameux cycéon, une voix hypnotique, une incantation ou deux et les voilà prêts à relever le groin, les sabots fendus dans leur propre lisier.
Le seul antidote au cycéon de Circé, l'unique contre-philtre dont nous disposons, là tout de suite, c'est d'aller voter pour le banquier (le sien c'est Poutine), celui qui nous emmerde et nous dit de traverser la rue. La mort dans l'âme, emplis d'antiémétiques s'il le faut, prêts à le combattre, lui et sa politique ultralibérale, mais pitié ! gardons une apparence humaine !
[Et comme le dit Fabien, un philosophe antillais que j'aime énormément : "Il n'y a rien de mieux à faire un dimanche d'avril que de briser un élan fasciste. C'est peut-être même la première justification du droit de vote." ✊]
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