Claude

Publié le par La Zitoune

Il/elle est un(e) grand(e) gaillard(e) tout(e) dégingandé(e), au visage sévère. Ses sourcils constamment froncés semblent lutter pour ne pas dévaler l'arête de son nez. Ils se rejoignent juste au-dessus en une lutte impitoyable. On se croirait place de l'Étoile à une heure de pointe.

Claude pratique le yoga, la méditation de pleine conscience et l'autohypnose. Il/elle fait régulièrement brûler de la sauge dans une coupelle pour purifier son intérieur et, une fois par mois, l'esthéticienne lui appose des pierres chaudes le long de la colonne vertébrale.

Il/elle lit des livres d'éveil spirituel en écoutant du hang et va travailler à vélo, par tous les temps, en clamant que l'eau de pluie n'a jamais tué personne et qu'IL FAUT RESTER PO-SI-TIF.

Claude est toujours dans les clous. Il/elle emprunte les passages piétons, ne resale jamais les plats, boit moins que de raison, se lave les dents trois fois par jour avec Parodontax, aère sa chambre tous les matins en faisant ses étirements, marche une demi-heure tous les soirs, mange 12 fruits et légumes quotidiennement (excepté le dimanche où il/elle s'autorise un écart) ; légumes qu'il/elle fait cuire à la vapeur, évidemment.

Et, surtout, il/elle ne juge jamais personne. Et s'en gargarise à qui mieux mieux. Le non-jugement est son cheval de Troie. Il/elle s'en sert pour entrer par effraction dans moult conversations. Un discours en apparence légitime, mais qui contient une fonctionnalité cachée. 

Il/elle ne rate jamais une occasion de ramener sa fraise (de la Gariguette bio d'un petit producteur local) et de tenir des propos moralisateurs prémâchés. Il/elle fait de longues phrases pour expliquer LA vie, LA voie du bonheur, de LA zénitude, LA bienveillance et autres concepts fumeux inventés par les puissants pour tenir la masse populaire sous contrôle ; masse populaire dont Claude fait partie intégrante.

Claude a des injonctions aux relents paternalistes plein la gueule, qu'il/elle assène à des gens qui - souvent - ne lui adressaient même pas la parole. Des propos définitifs qui sonnent comme des sentences. Un juge tout sourire qui étalerait ses a priori et sa bonne morale autoproclamée comme des arguments d'autorité, des rappels à LA loi.
Mais voilà, Claude n'est pas juge, il/elle est agent immobilier et la seule jurisprudence sur laquelle il/elle peut s'appuyer est celle qu'il/elle choisit lui/elle-même pour avoir l'air d'être un(e) type/nana bien.

En prêchant la bienveillance, en sommant les autres de l'éprouver, en s'obligeant lui/elle-même à lisser ses émotions négatives pour éviter la culpabilité, il/elle se sort tout(e) seul(e) du champ des mortels.
Quel humain pourrait prétendre à une bienveillance en continu ? Aucun. Qui ne juge jamais ? Personne. Mais Claude essaie d'y croire lui/elle-même et d'en convaincre les autres. Il/elle feint la grandeur d'âme, la générosité, l'empathie, la joie, la gratitude, ... Il/elle sonne aussi faux que le vieux coq déréglé du village.
Il/elle achète à un prix exorbitant son ticket pour le Paradis, peu importe qu'il/elle jette les autres en Enfer en tentant quotidiennement de les faire culpabiliser ou de les salir.

Cet(te) homme/femme pense comme la majorité. Il/elle recycle tout et pourtant ne crée rien. C’est pour cela aussi qu'il/elle ne parvient pas à rire de tout, parce qu'il/elle est infoutu(e) de reconnaître les trouvailles créatives des autres et de prendre un peu de distance.
Bien trop soucieux(-se) de contrôler l'image qu'il/elle renvoie, il/elle est convaincu(e) que ses émotions le/la définissent. Alors il/elle surjoue l'affliction, la tristesse, et même l'enthousiasme et adopte des attitudes qui disent la bonne morale, les bonnes émotions. Ainsi, au passage, il/elle jette l'opprobre sur ses congénères qui - eux - n'ont pas besoin de convaincre de leur intégrité psychique, ricanent de tout, y compris du néonazisme et de la pédophilie ; mais pas avec les néonazis ni avec les pédophiles.[*]

Claude ne comprend pas cette dernière nuance et s'enlise dans ses prêches sirupeux et désincarnés. Il/elle doit protéger son image. Son inflexibilité cognitive le/la trahit sans qu'il/elle ne s'en rende compte.

Ce qui ne s'élabore pas dans la tête sort par le corps, malgré nous, pauvres humains qui ne pouvons dissocier le mental du corporel, reliés que nous sommes par le cou. 
Alors Claude est malheureux(-se) et souffre de multiples douleurs chroniques.

Mais Claude est également un(e) gigantesque casse-couilles, et c'est lui(nous) rendre service que de le lui faire remarquer. 😇🖕

[* Question : Peut-on rire des néonazis avec Marc Dutroux et de Nordhal Lelandais avec Jordan Bardella ? 😁]

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Claude

Publié dans Lys, Portraits

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