Les pharisiens

Publié le par La Zitoune

Ils sont là, toujours là où on les attend, à faire des courbettes, des moulinets avec les bras, des petits pas de danse de salon ridicules, avec des mocassins à glands et des leggings moule-bite. Les mots qu'ils emploient sont aussi sucrés et gras que le sachet d'un beignet "oublié" sur une plage du Grau-du-Roi. Ils ne vont jamais droit au but, mais empruntent des chemins de traverse tellement fréquentés qu'aucune végétation ne se casse plus la tête à y pousser, espérant le retour d'Attila comme un otage atteint du syndrome de Stockholm.
Ils se veulent diplomates, éduqués, tolérants, nuancés, pacifiques, alors qu'ils ne sont que manipulation, fourberie et faux-semblants. Ils aiment tout et tout le monde, mais hurlent avec la meute dès qu'elle prend l'ascendant.
Ces gens-là se contentent des quatrièmes de couverture, des résumés de films, des fiches Wikipédia, ils voyagent sur Instagram, réfléchissent sur Twitter, dupliquent sur Facebook, plagient et volent idées et mots des autres, sans vergogne, mais en oubliant instantanément qu'ils ne créent jamais rien, qu'ils dépossèdent ou spolient.
Ils font l'unanimité et se réjouissent de ces faveurs sociales monolithiques, sans se rendre compte que ce n'est pas bon signe. Leur duplicité les trompe eux-mêmes et parfois les autodigère, comme une poignée de champignons jetés dans une poêle.
Ces parangons de vertu, qui se dressent après la victoire, lorsque les barricades sont démontées, utilisent les apparences comme le mauvais cuisinier couvre de sauce industrielle une mauvaise viande, se veulent des liants sociaux, des éléments de paix.
Pour moi, ils ne sont que des cache-misère, des rouages grassouillets d'un système bien huilé. Ils sont aussi dangereux pour la cohésion sociale, l'exercice salvateur d'un contre-pouvoir, l'esprit critique et la saine pensée subversive qu'un lisseur à cheveux utilisé tous les jours.
Nous vivons un temps où il suffit de se dire atypique pour s'imaginer le devenir, sans souffrances ni sueur, mais avec grand renfort de bénéfices secondaires tièdes, consommables sur place et illusoires.
Foutaises !
Comme s'il suffisait de s'allonger sur un divan pour aller mieux, sans éplucher l'oignon à s'en brûler les yeux.
Dans les salons, réels ou virtuels, le petit marquis qui se rêve populaire prend part à tous les combats, toutes les batailles, mais son image est en fait sa seule cause.
Il ne faut pas se méprendre, ne pas compter sur lui, il ne sera jamais notre allié. C'est en cela qu'il peut être dangereux.
Tel un salpêtre de l'esprit, on le sent avant de le voir, quand on le voit.
Les fourbes sont au comédien de métier, au génial Tartuffe, ce que Manuel Valls ou Éric Ciotti sont à l'intégrité politique. Et à la lutte sociale ce que Vincent Bolloré est à l'indépendance de la presse.
Ils heurtent ma capacité déficiente à tamiser.
Et pourtant, ce sont eux qui sentent la lessive et l'après-shampooing aux œufs.

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Publié dans Lys

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