Chantal-du-Cantal
Les voisins, c'est comme la famille, on ne les choisit pas. Ceux de Fabien sont gratinés. Et dire que maintenant, ce sont aussi les miens.
Quand on aime, on prend tout. J'ai donc pris Chantal. Elle est du Cantal. Au début, on l'appelait Chantal-le-crotal, mais comme j'ai failli gaffer plusieurs fois en lui disant bonjour, maintenant on l'appelle Chantal-le-cr... DU-CANTAL ! 😬
Elle habite en dessous de chez nous, avec ses deux pissous adolescents et son mari... Pascal, qui est aussi du Cantal, alors on l'appelle Pascal-du-Cantal. Au début, on l'appelait Pascal-le-chacal, mais j'ai failli gaffer plusieurs fois alors maintenant on l'intitule différemment...
Ils vivent au rez-de-chaussée et l'on doit obligatoirement passer devant leur porte après avoir descendu l'escalier en colimaçon extérieur. On pourrait nouer des draps et descendre par la façade, ce serait amusant, mais les réacs du syndic de copropriété l'interdisent formellement.
Aujourd'hui, c'est le grand ménage dans l'appartement des chacaux. Le crotal a tout sorti sur le palier : les chaises, la table, la vaisselle, la planche à repasser, un seau, la poubelle, des plantes, une montagne de DVD, des raquettes, des vêtements, un minibillard, un vieux chien tout pelé de la croupe, une imprimante, un portant, ... On se croirait dans un inventaire à la Prévert, ou mieux ! dans une complainte du progrès à la Vian !
Même le chat est devant la porte, sur son arbre à... à... à chat ! Bravo !
Chantal crie depuis ce matin et tout le monde en profite dans le quartier, surtout nous au-dessus. Elle mène toute sa famille à la baguette, tel un chef d'orchestre tyrannique. On dirait Stanislas Lefort dans "La grande vadrouille". D'ailleurs, elle est un peu coiffée comme lui.
Fête internationale des luttes des travailleurs ou pas, on a eu droit à la perceuse, puis à l'aspirateur, puis à l'intégrale de Céline Dion, que nous on appelle Céline Fion parce qu'on n'a aucun risque de la croiser, elle.
On s'est même tapé "Les 12 coups de midi" avec Jean-Luc Reichmann ! La porte ouverte, le son monte bien et je peux vous dire que LA VITRINE N'A PAS ÉTÉ GAGNÉE ! 😤
Le chacal - lui - s'est cassé sur les coups de 13 heures, déguisé en pêcheur.
Avec Fabien, comme on est supermalins, on en a déduit qu'il allait à... la pêche.
Il a fui ce lâche. Il nous a laissés tout seuls avec sa vipère. On n'est pas l'Armée du Salut nous ! voulais-je lancer par la fenêtre lorsque le Martiniquais m'a fait taire en me fourrant un accra de morue au fond du gosier.
Puis, les deux ados, des jumeaux vilains comme des poux, croisement délicat entre un crotal et un chacal du Cantal, ont décidé de jouer au ping-pong sous nos fenêtres, pile poil au moment où l'on comatait devant notre série spéciale sieste. J'ai retenu in extremis Fabien, qui voulait leur pisser dessus depuis le balcon.
Ça se fait pas quand même.
Et le boucan a continué tout l'après-midi. On a essayé d'envoyer quelques messages subliminaux comme danser la bourrée auvergnate en sabots de bois dans le salon ou écouter Philippe Katerine à fond lorsqu'il hurle qu'il coupe le son, mais rien n'y a fait. Elle nous a pourri notre dimanche dans les règles de l'art, cette carne.
Sur les coups de 18 heures, le Martiniquais a craqué, ulcéré, n'en pouvant plus, il a décidé de descendre quémander un peu de tranquillité dominicale. Et le voilà parti, hirsute, pas rasé, en jogging informe, dans son tee-shirt floqué : "Mwen pa énervé, mwen ka palé ! (Je ne suis pas énervé, je m'exprime !).
Je l'entends claquer des savates sur les marches puis interpeller Chantal qui étend du linge dans les parties communes comme s'il s'agissait d'une pièce privative supplémentaire.
Fabien se contient et soupèse chacun de ses mots. Il est bien élevé et "voudrait juste savoir s'il serait possible, maintenant que le vide-grenier (😂) est terminé... [sic], de fermer la porte et de baisser le son de la chaîne hi-fi afin que nous puissions nous détendre un peu en ce jour chômé".
Et là... je me penche pour observer la scène et manque de m'étrangler de rire. Le crotal, très sourde aux doléances, même polies, prend sa plus belle voix aiguë et crachouille entre ses dents du bonheur (!) :
"Ah ben tiens, parlons-en du bruit ! Ça vous dérangerait VOUS de mettre votre portable ailleurs que par terre ?! Il me réveille tous les matins à 6 h 15, figurez-vous ! Ça vibre jusque dans mon lit !!!"
Séché, le Martiniquais est remonté sans un mot, tout rouge, et j'ai alors failli mourir étranglée pour de vrai, de ses mains, tellement je riais. 😂
Bien sûr, ce soir, nous déposerons non pas un mais deux ⏰ au sol. 😇
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