L'enfant roi est un con
Elle est une dame d'un certain âge, qui ne se cherche plus depuis longtemps. Elle s'est trouvée. Depuis quarante ans, cette femme reçoit des prix littéraires élogieux, divers et variés. Le moins que l'on puisse dire est qu'elle construit une œuvre, année après année, et qu'elle est reconnue comme un écrivain talentueux et essentiel. Tant et si bien qu'un passage de 20 lignes de l'un de ses romans primés a été choisi cette année pour être commenté par des lycéens de première, lors du baccalauréat général de français. L'auteure, confidentialité oblige, ignorait ce choix.
Jusque-là tout va bien. On se dit que des élèves ne vont pas opter pour la dissertation (trois sujets possibles) et sciemment décider de plancher sur le commentaire composé. Ce qui est plutôt flatteur pour l'écrivain.
Eh bien non ! Certains lycéens ont eu du mal à comprendre les 20 lignes en question et, au lieu de se dire qu'ils étaient eux-mêmes le problème, ils ont préféré cyberharceler - par milliers - l'auteure du texte après l'épreuve !
Cette dernière dit elle-même qu'elle n'aurait sans doute pas choisi cet extrait, mais n'en revient pas de la violence déchaînée à son encontre, de l'immaturité de certains élèves, de leur haine de la langue, de l'effort de réflexion et d'imagination, de leur manque de curiosité et d’ouverture d’esprit.
Une jolie façon, polie et consensuelle, de dire qu'ils sont à moitié débiles.
Et pourquoi n'ont-ils pas choisi l'un des trois sujets de dissertation ? On se le demande... Ils ont peut-être également eu un souci de compréhension ?
Comme se questionne si bien Sylvie Germain, l'auteure vilipendée par cette bande de décérébrés : "Quels adultes vont-ils devenir ?"
Heureusement, les 400 000 lycéens amenés à passer le bac de français cette année ne sont pas tous concernés par ces injures et ces menaces (qui mériteraient - c'est mon opinion - un rappel à la loi).
Mais on sent bien le vent de l'idiotie tourner quand même. Aujourd'hui on revendique sa bêtise, on l'étale, elle ne fait plus honte.
Et c'est assez effrayant.
On peut tout acheter mais pas un cerveau ; celui-ci est plastique et peut évoluer, seulement si l'on fait l'effort de le nourrir.
Mais il ne faut pas les brusquer ces petits chéris, ne pas les frustrer surtout.
L'enfant roi est un con. Il n'a pas de limites.
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