Sois courageux.

Publié le par La Zitoune

Texte de Fabien

- Elle sera guérie pour mon anniversaire ?
- Maaaais oui, bonhomme ! 
Les mots rassurants d'un père à son bonhomme.
J'avais donc 7 ans et des poussières, beaucoup de poussières en fait. C'était 8 jours avant mes 8 ans, quand ma tante chez qui on m'avait exilé m'a dit deux points, ouvrez les guillemets, ta mère est morte, sois courageux. C'est un ordre, sois courageux, pas un conseil, pas du réconfort, comme si je devais partir à la guerre. Sois courageux. Oui, une guerre. Je lui en ai pas mal voulu à cette tante de ne pas m'avoir pris dans ses bras, même pas pris les mains, juste une information et un ordre, ta mère est morte, sois courageux. Ça pas dû être simple pour elle. Mais quand même, c'est un peu sec. Une envie de rire, je sentais bien qu'il fallait pas, je me suis caché, ça rend nerveux la mort. Ta mère est morte et moi j'étouffe un fou rire. C'est cette histoire de courage, aussi, qui m'a fait rire.
Je reviens de cet exil après un long voyage en voiture et je dis, une fois arrivé : "Ah, je suis content !". Content de la fin de ce voyage interminable, bien sûr, mais y'a mon voisin qu'est là et qui m'dit "T'es content parce que ta mère est morte ?". Mais non, bien sûr que non, mais j'ai pas dû comprendre, j'ai dû oublier, le voyage était long, je suis tellement étourdi, ma mère est morte, c'est vrai, y'a des informations que j'imprime pas, alors je précise, non, c'est juste que j'en avais marre d'être dans cette voiture.
Donc ta mère est morte, sois courageux, juste ça. Le début et la fin du deuil, pas plus de mots, plus rien, de personne, désolé, mais vraiment de personne, ni de mon père, ni de ma grand-mère, qu'est-ce que je les aime tous les deux, mais rien d'eux, pas un mot, pas un câlin. Je m'en souviendrais et je m'en souviens pas. On fait comme si de rien. Les enfants, on fait comme si la mort ne les regardait pas. Mais elle les regarde droit dans les yeux, bien en face. Et quoi, vous pensiez que je ne m'en rendrais pas compte ? Ça finit par se voir, l'absence de sa mère. Mais j'ai pris le pli, j'ai fait comme si, moi aussi. J'ai fait ce qu'on attendait de moi. J'ai dû croire que c'était ça le courage, pas faire de vagues, pas trop faire chier avec mon histoire d'orphelin et de deuil. 
Mes grands frères, dans leur peine, sidérés. Je crois qu'ils étaient logés à la même enseigne.
T'as huit ans dans huit jours et tu vas te débrouiller avec ça, bonhomme.
Ça fait 42 ans pile aujourd'hui que tu organises le chaos avec ce "sois courageux", mais 42 est la réponse à rien, visiblement.
Vous êtes triste m'a dit la psy. Voilà, c'est ça. On avance. 
Bref, sois courageux.

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Sois courageux.

Publié dans Textes de Fabien

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