Gérald D.

Publié le par La Zitoune

Portrait à charge

 

À 16 ans, soit à l'âge auquel un ado est censé bourgeonner de la face, puer des pieds, salir ses draps dans son sommeil, graisser des cheveux, rouler des pelles à travers les bagues de son appareil dentaire, fumer des bédos derrière les préfabriqués du lycée, conduire une 103 SP Peugeot au pot décalaminé, dessiner le symbole peace and love sur ses cahiers, refaire le monde, enterrer vivants les vieux de la vieille en transgressant les règles sociétales et en bravant l'autorité, Gérald D., LUI, adhère au RPR !
Au RPR !! À 16 ans !!! On voit le genre.

 

J'en avais un comme lui en terminale. Il s'intitulait Étienne et sentait l'insecticide à un mètre. Il vivait dans une grande maison bourgeoise au bord d'un étang. Pas de chance pour lui, les moustiques, pas vénaux pour un rond, aiment copuler dans l'eau mais se foutent complètement du compte en banque de leurs victimes.
Étienne, Étienne, oh, tiens le bien ! avait une coupe au bol à la Danièle Gilbert et des pantalons en velours. Il était antipathique, condescendant et très peu objectif sur ses capacités intellectuelles. Une seconde terminale aura sans doute mis du plomb dans l'aile de sa superbe. 
Je me souviens de son mépris lorsqu'il avait regardé le troupeau de gauchistes parfumés au patchouli ou à la vanille que nous étions, quitter le cours d'histoire de madame Blattère, pour rejoindre une manif (contre je ne sais plus trop quoi… mais on était grave vénères !). Je m'étais dit que, d'une certaine façon, il était courageux d'assumer ses opinions ou, plutôt, leur vacuité. Car il en fallait du courage pour rester seul face à ce vieux chameau de madame Blattère ! 
Je revois encore ses deux énormes bosses qu'elle posait sur le bureau sur l'estrade, en nous parlant de la Seconde Guerre mondiale.
C'est devenu un moyen mnémotechnique pour moi. De toute ma vie, je n'ai jamais hésité sur le nombre de bosses du chameau et du dromadaire. Chameau = la mère Blattère = 2 obus = 2 bosses. 

 

Gérald D., à la différence d'Étienne, est issu d'une famille modeste, ce qui rend son adhésion au RPR, à 16 ans donc, encore plus absconse. Dans la foulée, il intègre la direction des Jeunes de ce même parti. Lorsque celui-ci devient l'UMP, il critique à tout-va. Tant et si bien qu'on le cloue sur le banc de touche avec d'autres jeunes grandes gueules encore plus conservatrices que les conservateurs de la vieille garde bleue.

 

Moi, Gérald D., 16 ans, encarté, conformiste. 

 

Je "saute l'enfance" et plein d'autres tranches de vie de cet homme, finalement très prévisible et donc terriblement ennuyeux. Un réac passé de l'adolescence au monde adulte sans crise hormonale notable. Même Chirac l'ancien rouge devait trouver ça louche.

 

Il faut quand même savoir qu'il a collaboré un temps au mensuel d'extrême droite "Politique magazine", organe de presse du parti royaliste Action française, inspiré de Charles Maurras.
Il est cracra le bonhomme.

 

Le "Canard enchaîné" a rapidement parlé de son catholicisme traditionaliste à "tendance intégriste", et aussi de son... homophobie.

 

Il eut quand même un épisode de clairvoyance dans sa carrière, de courte durée, certes, mais il serait malhonnête que je ne l'évoquasse pas.
En effet, pris d'une redoutable lucidité, peut-être fiévreux, Gérald D. déclara peu avant les présidentielles de 2017, en janvier et en substance, que "monsieur Macron est un bobopopuliste, une incarnation du vide, un démagogue, une bulle spéculative, un pur produit du système : beaux quartiers, belles études, belle fortune, belles relations, loin d’être le remède d’un pays malade, il en sera au contraire son poison définitif".
On peut au moins lui reconnaître qu'il a du flair. 
Deux mois plus tard, en mars donc, il lâche François Fillon dans la tourmente.
Un modèle de loyauté... Avec des amis comme lui, nul besoin d'ennemis. 
En mai, après l'élection du bobopopu, il intègre le gouvernement d'Édouard Philippe en tant que ministre de l'Action et des Comptes publics.
Si Macron est l'incarnation du vide, Gérald D. en est la parfaite illustration. Il ne sait faire qu'un seul geste, celui de retourner sa veste, toujours du bon côté. C'est un opportuniste. 
En octobre, il se fait dégager des LR.
Un peu de cohérence ne nuit pas, que diable ! 
Et en novembre, il adhère à LREM.
Bienvenue à la Foir'Fouille ! 

 

Gérald D., des convictions chevillées au corps. 

 

En 2020, il a été nommé ministre de l'Intérieur alors qu'il était accusé de viol. Les services d’enquête chargés d’investiguer la plainte sont dirigés par... le... ministre de... l'Intérieur ! Bingo ! C'est sûrement pour éviter les papelards que Pépé le putois raccourcit les circuits...
Les plaintes pour viol, harcèlement sexuel et abus de confiance se sont succédé et ont été classées sans suite.

 

Sa dérive sécuritaire n'est plus à prouver au regard du niveau des répressions commises lors des manifestations. Certains cyclopes et autres estropiés peuvent témoigner en leur nom, et en celui des morts aussi... 
Il a menacé de retirer les subventions publiques à La Ligue des droits de l'Homme, qui le remettait en cause dans sa gestion du mouvement des Gilets jaunes. Loin de se laisser intimider par L'éborgneur de Beauvau, la LDH a rappelé que depuis plus de 120 ans elle œuvre pour la défense de la liberté de manifester.
Et pan ! Dans le bec ! 

 

Il a cumulé bien trop longtemps mandats et indemnités, par dizaines ! Mais il paraît qu'il ne savait pas qu'il n'avait pas le droit. Ah ben s'il ne savait pas alors... 

 

On se souvient de son : "Calmez-vous, Madame, ça va bien se passer !". Remarque pour le moins sexiste, lancée à une journaliste pourtant plus que libérale.

 

Il a parlé d'"ensauvagement d'une certaine partie de la société" en empiétant sans vergogne sur les plates-bandes du RN.
De même, le sujet du communautarisme revient sans cesse dans sa bouche putride… comme un prétexte islamophobe qui aurait trouvé son terrain de jeu.
À croire qu'il a un problème avec ses origines.

 

Et pour clore la litanie très certainement incomplète de ses charmes, il a été accusé d'antisémitisme suite à la parution de son livre sur Napoléon.

 

Ce nervi est au cœur de tellement de polémiques nauséabondes qu'on ne sait plus où donner de la tête. Cet homme porte la panoplie complète du tyran subalterne. 
Tout petit déjà, Gérald D. refoulait du goulot.
Certains diront qu'il a la langue et le cerveau directement reliés à l'anus, mais aucune preuve de ces assertions n'a pu être fournie à ce jour, faute d'explorateurs motivés. 

 

Avec lui, on peut se demander si l'extrême droite sera à la hauteur.

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Gérald D.

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