La fusée-torpille

Publié le par La Zitoune

Me voilà repartie, dans la joie et la bonne humeur, pour un remplacement d'institutrice en CM2. La titulaire du poste s'est vrillé le genou en jouant au volley et reste au repos pendant quinze jours. Quelques consignes ont été laissées à la va-vite sur le bureau, mais en ce qui concerne les arts plastiques, il a seulement été noté : rien de commencé, faites ce que vous voulez. Me voilà bien embêtée... ce n'est pas mon fort les travaux manuels ; il va falloir trouver un truc intéressant, instructif et pas trop long à réaliser.

Lorsque j'annonce en classe que nous allons confectionner une fusée-torpille, je n'entends qu'un seul et même Ouais !! Ca, c'est gagné.

Inutile de penser apprendre à des enfants de 10 ans à faire un avion en papier, leur expérience en la matière est si grande, et le nombre d'heures de vol à leur actif si considérable, qu'il est évident qu'ils ont depuis longtemps fait le tour de la question.

Mais peut-être ne connaissent-ils pas la fusée-torpille qui vole en vrillant sur elle-même (comme le genou de leur maîtresse attitrée).

Chacun a sa feuille blanche devant lui, l'oeil pétillant de malice, prêt à écouter les consignes et à suivre mes dessins pourris au tableau. Je m'applique du mieux que je peux et trace même les traits à la règle, celle-ci est lourde et m'oblige à tirer la langue dans l'effort  

La fusée tout ce qu'il y a de plus classique réalisée, avec des indications faciles à suivre, ils doivent maintenant s'attaquer au côté "torpille" de l'affaire. L'innovation technique réside dans la forme des ailerons arrière. L'un doit être replié vers le haut, et l'autre vers le bas. C'est là tout le secret de ce nouvel engin.

Je leur demande s'ils connaissent ces petits moulins à vent colorés, munis d'un manche, que l'on peut s'amuser à faire tourner à toute vitesse en courant ou en soufflant dessus. Ces enfants, élevés à la PSP et autres jeux électroniques, me répondent à l'unisson : Ouiiii !! Tant mieux tant mieux...

Je leur explique alors que l'hélice n'est pas qu'un jeu et qu'avant l'invention du réacteur, elle servait à propulser les avions, et qu'elle sert toujours à propulser les bateaux, les sous-marins, ...

Puis, j'essaie tant bien que mal - pauvre littéraire que je suis - de leur expliquer que l'hélice travaille dans l'air comme une vis que l'on dévisse, tournant dans son écrou. Je leur propose, voyant leur perplexité, de tenter une expérience chez eux : Avec l'accord de vos parents, ressortez le ventilateur utilisé cet été, prenez place devant et vous constaterez que l'air n'est pas chassé sur les côtés, mais bien dans l'axe de l'hélice.

Revenons à notre fusée-torpille. Après la confection, laissons ces petits élèves se faire plaisir et décorer leur bolide. Feutres et crayons de couleur rangés, nous voilà réunis dans la cour pour tester le bazar. Et là, oh miracle ! les lancements répétitifs voient s'enfoncer dans l'air 28 fusées colorées qui tournent sur elles-mêmes.

Retour en classe. Appel au calme. Question : Alors, pourquoi vos fusées vrillent-elles sur elles-mêmes lorsque vous les lancez ? Pourquoi ne volent-elles pas comme les avions en papier classiques ? Les doigts se lèvent si haut que je ne peux retenir un sourire de satisfaction. Ils ont compris que les ailerons arrière reproduisaient grosso modo la forme d'une hélice. Je suis heureuse !

Tout le monde est heureux, on va pouvoir passer à la décomposition des grands nombres par chiffres et par classes. Malheureusement, pour certains, ça vrillera encore.

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La fusée-torpille

Publié dans Mes réalités

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