Un bien triste sire / Histoire à plusieurs mains

Publié le par La Zitoune

Histoire écrite par Paf, Missou, Homère, Frelon, Tintin et Castorette.

Un bien triste sire

Mme Maïzena Veloutédesîles grognait seule dans sa cuisine ; les cookies qu'elle venait de sortir du four collaient au papier cuisson ! Elle n'en pouvait plus de tous ces désagréments quotidiens et sentait ses forces partir avec l'eau du bain.
Son mari - prénommé Saumonfeuilleté - souffrait de troubles de la digestion, autrement dit d'un problème d'aérophagie ; ballonné en permanence, il était en arrêt maladie pour huit jours.
Maïzena l'avait constamment dans les pattes et ne supportait plus d'entendre ses jérémiades.


"Mon petit féculent d'amour, que fais-tu pour dîner ?" lui demanda-t-il.
"Choucroute en gélatine pimentée pour moi et confit de Charbon de Belloc pour toi" lui dit-elle avec un rire moqueur.
"Elle m'écaille, elle m'écaille ! Je ne la supporte plus. J'en ai plein les nageoires" pensait-il lorsque leur voisine Mme Tatin de la Pomme Caramélisée Auchalumeau tapa à grands coups sur la porte.


Mme Tat de la Péchau (ainsi la surnommaient familièrement ses voisins), ayant finalement réussi à dégonder la porte à coups de bélier, fit tonitruamment irruption - pas coquette du tout et très mal habillée - dans la cuisine des Veloutédesîles.
Par malchance, elle avait mis ses patins et alla s'encastrer direct, rectiligne, la tête dans l'four.
C'était sans compter sur le tempérament colérique et vieux garçon du four Mère-Denis qui, ne supportant pas durant ses RTT cette intrusion intempestive d'une tête permanentée en violet, éructa bruyamment et envoya valser Tat de la Péchau sur le mur de la salle à gerber, avant de la ré-avaler dans un appel d'air malencontreux.


Saumonfeuilleté - toujours à traîner la grolle là où ifopa - se retrouva au milieu des flammes et fut transformé en Saumonfumé.
Maïzena - pas mécontente de changer de mec après 20 ans passés à supporter l’autre souffreteux qui puait de la bouche - lui sauta au cou pour lui rouler une pelle, mais, prise de convulsions, elle recula et tourna de l’œil médusé.
Elle expliqua plus tard qu’elle n’était pas habituée au goût du poisson pourri.


Alertés par le bruit, leurs enfants, Gault-to-the-market et Millau-en-Aveyron, arrivèrent du jardin où ils jouaient avec leur homard prénommé Même-pas-mal, en le trempant dans l'eau bouillante, et en alternant avec leur poule préférée au nom délicat de Touche-pas-à-mon-oeuf, histoire de lui plumer ses derniers deniers.

Les enfants découvrirent et apprirent en même temps (ce qui les fit grandir de 15 ans et de 3 mètres) le décès de leur père et l'internement de leur mère à l'hôpital psychiatrique de la Poissonnière qui Fume.
Pas mécontents de trouver quelqu'un d'à peu près vivant avec une épaule pour gnouler dessus dans la cuisine, ils réussirent à désencastrer tant bien que mal Mme Tat de la Péchau du four qui gueulait : "P....n, nom de Dieu de nom de Dieu, fait c...r, virez-moi cette grosse c...e, elle commence à m'enfumer grave !"


Mme Tat de la Péchau se révéla être une infecte marâtre, cruelle, épouvantable, malfaisante, désobligeante, vilaine, pernicieuse, perfide et désagréable. Elle faisait travailler les deux enfants comme des forçats et les avait même obligés à manger Même-pas-mal, tout froid avec de la mayonnaise et une cuisse chacun de Touche-pas-à-mon-oeuf, en gelée aux groseilles avec des p'tites patates persillées.
Ils s'étaient remis du décès et de l'internement de leurs géniteurs, mais de ce repas non ! Le traumatisme était profond. Ils avaient trouvé plus sadique qu'eux, et ça ils ne parvenaient pas à s'en remettre.
Gault-to-the-market pissait au lit toutes les nuits et Millau-en-Aveyron ne supportait plus de croiser un four. Le premier décida donc de dormir assis sur une chaise et la seconde apprit à marcher très très vite et à dire des incantations au cas où elle croiserait un four en chemin ; son slogan préféré était : "Toi tu m'fous les glandes, pis t'as rien à foutre dans mon monde, arrache-toi d'là t'es pas d'ma bande, casse-toi tu pues et marche à l'ombre".


Un jour, lors d'une promenade, Gault rencontra une créature appelée Tête de truffe, elle avait un sac à main bizarre, en forme de petit tonneau (car elle adorait le Gewurztraminer), avec des lettres gravées VTFVCLG sur le côté. Gault en tomba amoureux et se mit à lui déclamer sa prose :
Quand je fais de la purée Mousseline
Je suis sûr que tout le monde en reprend
Moi, je fais un petit volcan
Pour mettre du jus dedans.
« Oh ! Mon dieu, mon dieu ! Tu es un obsédé de la purée !! » et elle partit en titubant.


Gault suivit le conseil de Tête de truffe et alla se faire voir chez Homère THE Grec.
Celui-ci ramena par les cheveux le petit Gault chez sa marâtre en lui intimant l'ordre d'avancer plus vite : go go go !
Millau - écroulée de rire en voyant son frère humilié - sautait partout en tapant dans ses mains, jusqu'à ce qu'une guitare lui arrive en travers du gosier. Elle se prit les cordes dans les lunettes et ne ricana plus du tout.
Le Guitariste - fier de lui, comme à son habitude - commença une grande tirade sans queue ni tête sur les pauvres gens empêchés de s'exprimer dans le monde. Il avait même inventé une chansonnette assez niaise, intitulée "La complainte du lamantin" dont voici les paroles :
"Autrefois c'était mieux, maintenant c'est plus pareil, ça change ça change
Ah Gudule, cire-moi les pompes, et je te donnerai...
Un frigidaire, un congélateur, un atomixer, des tas de foies gras et des beaux râteaux, un bel aérateur pour bouffer les odeurs
Autrefois c'était mieux, maintenant c'est plus pareil, ça change ça change
On dit : "rentre chez ta mère" et on se garde tout
Le cire-godasses, le repasse-limaces, le coupe-friture et le chasse-filous !
Et si la vilaine se montre encore rebelle
On la fiche dehors, pour confier son sort...
A l'éventre-tomate, à l'écorche-poulet !
C'était mieux avant !!!!!!!!!"


Millau fut sur-le-champ subjugée par la voix nasillarde et haut perchée de Le Guitariste, mais la jeune fille était prudente et entonna d'une voix de baryton son slogan : "Toi tu m'fous les glandes, casse-toi tu pues", juste pour vérifier que ce n'était pas un four déguisé en Le Guitariste.
Le Guitariste tomba sur-le-champ éperdument amoureux de Millau et leurs deux coeurs s'accrochèrent instantanément dans un boucan d'enfer qui fit trembler la masure et s'envoler les corbeaux qui la desservaient, enfin quand ils y pensaient...


Gault et Homère par le vacarme attirés, accoururent ventre à terre.
Un spectacle de désolation les attendait, la masure s'était complètement écroulée (espèce de feignasse !!!). Le four, les manettes exorbitées, se pyrolysait la lèchefrite la porte ouverte ; Millau et Le Guitariste se trouvaient au centre du désastre, enlacés, figés et recouverts d'une carapace nauséabonde de fientes de pigeons.


Gault et Homère, qui avaient suivi une formation de pompatiers volontaires dans la souriante commune de Bombéi-sur-Tisanière, s'ils furent tout d'abord saisis d'effroi devant ce spectacle apocalyptique, reprirent vite leurs esprits (vive l'entraînement des pompatiers !!) et rangèrent tant bien que mal leurs intestins dans leurs poches (on court pas ventre à terre sans se faire des p'tits bobos !)
- "Que petton nous donc faire ?" demanda Homère (au français encore approximatif) à Gault.
- "Sauvons Millau et Le Guitariste, envoie la Moussaka Homère, GO, GO, GO !"


Homère, n'écoutant que son courage, sortit de sa culotte en peau de yack son arme ultime : La Feuille de Vigne Farcie.
Celle-ci était de taille gigantesque et d'un tempérament complètement abrasif et corrosif. Homère recouvrit de cette cape Millau et Le Guitariste.
La feuille de vigne, imprégnée des charmes d'Homère, fit fondre la carapace de fientes de pigeons et libéra Gault et Le Guitariste de leur carcan fétide.


La Tat de la Péchau revenait dare-dare de chez son gynécopodologue quand elle aperçut Homère THE Grec devant les restes de sa bicoque. Ce fut un coup de foudre foudroyant : son coeur en caillou s'effrita, elle sua sous ses bras mal épilés, se mit à trembler du croûton, ses cheveux tombèrent par poignées et ses yeux s'exorbitèrent. Homère - interloqué par ce spectacle peu ragoûtant - débuta un ulcère variqueux et fit mine de regarder ailleurs pour voir si la calèche de 6 h 45 arrivait. Mais la Tat lui sauta dessus et le mordit dans le cou jusqu'au sang.
Gault, Millau et Le Guitariste entamèrent une ronde autour d'eux, trop contents du déroulé des opérations. Ces trois vautours se tenaient par la main et tournaient en chantant : "C'est Homère avec son violon qui fait danser les filles, qui fait danser les filles, c'est Homère avec son violon qui fait danser les filles et les garçons."
A la fin de chaque ritournelle, ils s'accroupissaient et leur jetaient des poignées de choucroute avariée.


Millau et Le Guitariste, désormais libérés de leur carapace putride, coururent s'ébrouer dans un champ de Ravioles.
Tête de truffe était déjà passée par là et avait déjà chopé toutes les bonnes occaz’ sur les pâtes ! C'est ainsi qu'on la vit déambuler avec une paire de chaussures orange dans les rues.


Pendant ce temps, Homère se vidait comme un porc qu'on égorge. La Tat de la Péchau remplissait des bouteilles de son sang et les mettait au frigidaire. "Avec la crise on sait jamais" se dit-elle.
Plus le sang du porc Homère coulait, plus il y en avait qui se répandait partout. Toutes les bouteilles étaient pleines, la Péchau commençait à paniquer en pataugeant dans le jus de raisin.
Ce qu'elle ignorait c'est que le vieux Grec avait trois mille quatre cents ans. Serait-il immortel, indestructible ?
De tous ses ennemis aucun n'était mort mais condamnés à vivre au-delà de la nuit des temps ; la vue du sang les rendait aveugles derrière un voile d'un rouge d'une intensité qui les rendait fous, leurs mains restaient paralysées et ils perdaient la mémoire.


Le sang ralentit son flot et les cicatrices se refermèrent, le vieux Grec qui n'avait jamais perdu la vie revint à lui. La Péchau stupéfaite vira au vert puis au bleu.
Le vieux métèque se releva péniblement et fixa d'un terrible regard son vampire. "Je te fais grâce de ma sentence suprême" tonna-t-il, "mais te condamne à être gentille, agréable et douce avec tout le monde jusqu'à la fin de ta vie de mortelle, par amitié pour Maïzena et l'amour de Millau".
"JAMAIS" s'écria Tat de la Péchau en s'arrachant des touffes de cheveux gras, "JAMAIS, tu m'entends espèce de boudin grec, je préfère mille fois attraper un coup de soleil et être réduite en cendres plutôt que de changer d'un poil mon caractère de chien. Sale bonne femme je suis née, une vraie punaise, une vérole, une chienlit, sale bonne femme je mourrai" et elle cracha une bordée de grenouilles d'Halloween qui s'envolèrent par la fenêtre et rejoignirent les étoiles montantes d'un taxidermiste universellement connu.

C'est le moment choisi par un lapin crétin pour entrer en action.

Le lapin crétin jouait au Kéké-Tintin en essayant d'attraper les grenouilles d'Halloween ; mal lui en prit car Gault et Millau, affamés et le ventre creux depuis que Tat de la Péchau les avait forcés à ingérer leurs jouets préférés Même-pas-mal et Touche-pas-à-mon-oeuf, se ruèrent sur lui et lui firent sa fête.
CQFD : lui cassèrent ses p'tites pattes arrière, lui coupèrent ses grandes oreilles de lapin crétin et dévorèrent ses entrailles fumantes et froutillantes.
BEURK ! c'est ce que se dit Homère le Grec devant cette scène de charnier, et il en devint sur-le-champ végétachienchiant.


Gault et Millau étaient loin d'être rassasiés par cette piteuse pitance et commençaient à regarder Homère et Tat de la Péchau d'un oeil gourmand et de l'autre assassin, ce qui les faisait horriblement loucher, mais ça ils s'en foutaient autant que des chaussures orange de Tête de truffe, qui justement sortait du restaurant avec Le Guitariste. Modestement éméchés, les deux compères braillaient "JE T'AIME, JE T'AIME, comme un putois, comme un lion, comme un lapin QUE JE NE SUIS PAS, JE T'AIME, JE T'AIME".

Gault et Millau, Tat de la Péchau, Homère, Le Guitariste et Tête de truffe étaient tous réunis et de retrouvailles.
Ils décidèrent de fêter cela par une ENORME bringzille.

Mais le Kéké-Tintin avait plus d'un tour dans son sac et ne leur avait laissé que son clone ; comme la fine équipe était toujours certaine d'être plus forte et plus intelligente que les autres, elle se fit prendre dans le piège que Tintin avait tendu à leur chef, et ce dernier y entra comme une paille dans un verre de limonade. Il faut dire que sa prétention et ses certitudes n'avaient d'égale que sa bêtise.
Donc, pendant que la fine équipe massacrait le clone de Kéké-Tintin, celui-ci aspergea leur chef d'essence à base de venin de vipère et de bave de crapaud, un produit très inflammable, identique à celui que leur chef utilisait pour massacrer les autres.
Puis, Tintin prit un grand miroir et lui mit le reflet de sa propre image en pleine poire en lui montrant le venin dégoulinant de son visage et la bave de crapaud noirâtre et purulente qui péguait le long de sa longue chevelure.
Quand elle se vit telle qu'elle était vraiment, leur chef fut horrifiée et disparut avec son équipe derrière elle, en hurlant et en sautant dans tous les sens.
Alors la tranquillité revint et Tintin disparut.

 

Mais Tintin ne parvenait pas à disparaître – son addiction à Internet était trop importante. De plus, il avait du mal à se remettre de son râteau avec Millau et, maintenant qu’il avait compris que jamais il n’en ferait sa compagne, tout un tas d’idées bizarres lui passaient par la tête.

Il la diabolisait, tout ce qu’elle disait était pris pour lui. Son fonctionnement de guerrier lui faisait compter les points, il était pourtant seul sur le ring.

La fine équipe composée de quelques gros, bons vivants, dont leur chef par roulement (une saison par membre) connaissait cet homme qui passait ses journées dans la peau de tout un tas de personnages fictifs. Il s’inventait de nombreux amis virtuels, qu’il rendait tour à tour gentils, méchants, mielleux, sournois ou drôles. Tintin était un grand mégalomane.

La psyché de Tintinabon lui renvoyait l’image d’un bien triste sire, toujours caché derrière un masque.

Comme il était facile de traiter tout le monde de haut lorsque son identité n’était pas connue… la connaissait-il seulement SON identité ?

Il avait tendu un piège à la fine équipe, mais elle n’était pas tombée dedans. Les joyeux drilles l’avaient ignoré comme on ignore quelqu’un pris dans une pensée obsessionnelle, le laissant face à lui-même et à ses démons, fakes et autres trolls.

Ne supportant pas la moindre contradiction, il nagea dans son propre jus et but plusieurs fois la tasse.

L’écume de rage qui bouillonnait dans le cœur ô combien narcissique de Tintin n’avait pu faire autrement que déborder et il avait flatulé, fier de lui, envoyant quelques pets mouillés qu’il considérait comme des gerbes de génie.

 

Epilogue

Pat-le-bouledogue se réveilla en sueur, il venait de faire un terrible cauchemar dans lequel il était démasqué. Ces enfants sadiques, cette femme vampire, ces bordées de grenouilles et ce Tintin rancunier et haineux l’avaient perturbé toute la nuit.

Il se leva péniblement et se fit un café en poudre, qu’il but dans son appartement sans âme… puis il alluma son PC.

Pour faire travailler sa voix, il entama ses vocalises quotidiennes : « mmbop mmbop mmbop ».

  

THE FIN des haricots

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Portrait flatteur de Pat-le-bouledogue.

Portrait flatteur de Pat-le-bouledogue.

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