Vent de folie douce / Histoire à plusieurs mains

Publié le par La Zitoune

Histoire écrite par Homère, Nanou, Laulau, Paf, Muse, WWalexx et Castorette.

Vent de folie douce


Il était une fois un goupil rusé nommé Bernardo. Il vivait au fond d’un petit bois et n'avait comme possession qu'un vieux vélo rouillé, avec lequel il arpentait quotidiennement les rues de sa petite ville à la recherche de nourriture. Il en connaissait le moindre recoin et se déplaçait toujours sans bruit.
Bien qu'il avait une vue perçante il utilisait surtout son flair et eut tôt fait de repérer les points d'eau nécessaires à la fabrication d'une boisson aux vertus étonnantes, dont lui seul avait la recette.

Un jour, alors qu'il faisait nuit noire, il aperçut un tas d'encombrants devant une maisonnette. Puis il entendit un fracas épouvantable et des cris d'orfraie sortir d'une voiture montée à cheval sur le trottoir.
Il huma l'air prudemment et à pas de renard s'approcha, tous ses sens en alerte. Les cris étaient effrayants mais la curiosité était plus forte que sa crainte, et ce qu'il vit à travers la vitre le laissa pantelant...

Non loin de là - derrière une haie - se dissimulait une muse aux yeux bleu pétrole. Elle ricanait sous cape devant tant d'animation et prenait en photo les différents protagonistes de cette scène insolite. Si ce coup-là elle ne parvenait pas à faire son trou dans le journal local, elle rendrait son tablier, foi de muse !
Mais qu'y avait-il donc dans la voiture qui puisse à ce point intéresser Muse, et rendre muet d’ébahissement Bernardo ? Celui-ci s'enfuit à toutes jambes, aussi vite qu'elles pouvaient pédaler sur son vieux vélo rouillé, et alla se tapir dans son terrier.

Le renard était dans son trou alors que Laulau tentait de l’en faire sortir, avec son chien. N’y parvenant pas, il alla chercher son amie Castorette pour lui faire du charme, mais le goupil ne voulut rien entendre et fit le sourd. Alors Laulau entra dans le trou avec son amie Paf.
Bernardo prit peur et se mit à hurler à la mort. Tous les habitants entendirent ce son strident et crurent que le barrage avait cédé.
Muse la première, qui décida de faire des réserves de nourriture au cas où...
Le gentil Jeanjan lui offrit six citrouilles de son jardin et lui dit : "Je vais t'aider à les transporter, j'ai aménagé un vieux sommier auquel j'ai mis des roulettes... monte à côté de moi et pédale". Pour aller plus vite, Muse quitta ses chaussures ; l'odeur terrassa littéralement Jeanjan qui tomba raide par terre. Muse seule aux commandes prit de la vitesse et ne contrôla plus son terrible engin. Elle dévala la côte de Carrefour à une allure que même le goupil aurait pu envier. Cheveux au vent, elle hurlait que Nietzsche était un sale misogyne et qu'il pouvait aller au diable avec Sénèque.

C'est ce moment-là que choisit un groupe de marcheurs pour traverser la route. Muse freina d'un coup sec, les citrouilles mal arrimées s'envolèrent et allèrent s'écraser sur les têtes de nos sympathiques sportifs.

Non loin de là, Laulau, Paf et Castorette avaient réussi tant bien que mal à attraper Bernardo. Celui-ci était accroché par les pattes à une longue branche et tentait de défendre son avenir en ces termes : "Je vous dis que je n'y suis pour rien ! ce n'est pas moi ! il était déjà comme ça dans la voiture quand je suis arrivé !"

Pat-le-bouledogue surgit de derrière un bosquet, une épée à la main... "Où sont-ils ? où sont-ils ? Je cours après mes chats qui se sont échappés de mon labo !"
Il remonta sur sa mobylette et partit à fond la caisse au milieu des éclats de citrouilles.

Mais qui était donc dans la voiture, déguisé en pom-pom girl ?

Madame Irma entendit les plaintes d'un renard. Elle sortit de chez elle en trombe, mais le calme était revenu. Elle vit seulement des femmes en train de faire une marche rapide.

 

C'est alors qu'un adepte d'un mouvement de pensée et d'un mode de vie fondés sur la non-violence et le refus de la société industrielle et de consommation sortit de la voiture devant la maisonnette, au milieu des encombrants. Déguisé en pom-pom girl, il chantait à tue-tête et tapait sur sa guitare en criant au scandale de la pollution partout partout partout !
Juju, caché derrière le mur de la bibliothèque, n'en perdait pas une miette de gâteau à la bière corse.
Le gardien de la paix Missou sortit de sa fourgonnette, en frétouillant de la croupe.

Juju sourit en pensant à ce qui lui était arrivé il y a un mois.

Il tendit la main, se concentra et la chaise se mit à bouger.
Depuis quelque temps, il pouvait déplacer tous les objets, ainsi que les animaux, en se concentrant. Il s'était entraîné et avait remarqué des progrès.
Le jeune homme brun, mince et aux yeux bleus perçants, se regarda dans la glace et se demanda comment il en était arrivé là.

 

Les seuls souvenirs qui lui revenaient en mémoire, c'était cet appartement il y a quinze jours.
Il s'était réveillé par une belle journée d'automne, dans ce lit. L'appartement était meublé de façon sommaire. Quand il avait ouvert le frigidaire, celui ci contenait une bouteille de lait et un plat préparé.

C'est lorsque la bouteille de lait lui avait échappé des mains qu'il avait fait le geste.
A sa grande surprise, la bouteille était remontée toute seule et il avait compris que quelque chose clochait.
Aujourd'hui il réfléchissait, il ne comprenait pas. Pas de papiers dans les poches de ses vêtements, seulement des billets qui lui permettaient de s'acheter à manger. 
Il décida d'aller faire un tour dans le parc. Les feuilles des arbres commençaient à tomber. Il marcha dessus parce qu’il aimait le craquement des feuilles jaunies sous ses pas.
Il se dit qu'il pourrait aussi déplacer des humains, mais il n'avait pas encore osé.
Soudain, dans son cerveau une image fulgurante apparut : il était couché, un homme était penché sur lui avec un masque chirurgical et une seringue.
Soudain quelqu'un lui tapa sur l'épaule : 
- Julien, je t'ai enfin retrouvé.
Il se retourna et vit une jeune femme petite aux cheveux courts. Ses yeux noirs brillaient d'intelligence et de quelque chose qu'il n'arrivait pas à définir.
- Oui bonjour, mais on se connaît, je ne me souviens pas ?
- Comment tu ne te rappelles pas ? beaucoup d'entre nous ne se rappellent pas. Cela fait une semaine que je te cherche. Je me suis concentrée et je t'ai vu dans ton appartement et dans ce parc, et me voilà. Les souvenirs vont te revenir petit à petit par flash. Je m'appelle Castorette et suis une mutante, comme toi.
Il la regarda et comprit qu’il fallait l’écouter.
- Je ne comprends pas, je ne me souviens de rien, même pas de mon nom.
Castorette fit une petite révérence gracieuse et lui dit :
- Viens avec moi, je vais te montrer...

Bernardo, à force de crier grâce, avait été relâché dans la nature. Sans demander son reste, il avait enfourché son vélo et s'était volatilisé. Il devait retrouver Pat-le-bouledogue coûte que coûte ; il était le seul à pouvoir l'aider à lutter contre cette immense menace qui pesait sur la ville, le seul à pouvoir lui fournir les chatons nécessaires à la concoction de sa potion magique. Il avait déjà préparé la sauce aux trois rats, mais sans les félins celle-ci n'avait aucune vertu. Il avait volé des algues dans le jardin d'une marcheuse rapide ; depuis, il en faisait pousser dans le petit bois et participait à un large réseau de revente de cette drogue très puissante. L'argent ainsi récolté lui permettait d'oeuvrer pour la cause.

Muse, remise de sa descente aux Enfers, n'était pourtant pas au bout de ses peines. Après sa cavalcade, elle dut d’abord affronter le courroux d'Hippocampe, jalouse comme un pou de constater que Jeanjan faisait partie de l'expédition, puis la colère des marcheurs éclaboussés par des citrouilles. Enfin, elle se retrouva au milieu d'une baston généralisée entre marcheurs "lents" et marcheurs "rapides" ; c'était à qui criait le plus fort les vertus de son sport de prédilection. Deux ou trois spécialistes du roller et quelques motards égarés prirent part au débat, mais sans grande conviction.
Et, pour finir, Muse se rendit compte qu'elle avait perdu son sac à main, son écharpe, son gilet et même ses chaussures ôtées pour pédaler plus vite.
Heureusement, le gardien de la paix Missou n'avait pas mis beaucoup de temps à raccompagner le pom-pom girl chez lui, dans sa yourte, et avait pu mettre fin à cette guerre des tranchées sanglante et mortelle ; plus de la moitié des participants périrent sous les coups d'hystériques déchaînés et avides de vengeance.
Heureusement, Muse retrouva ses affaires.
Missou fut récompensée pour bons et loyaux services. Elle vroufa en vacances avec la rapidité de l'éclair et grenouilla des jours entiers sous un parasol, à siroter des liqueurs bizarres.

Castorette la mutante commençait à sentir que la potion ne faisait plus effet. Elle devait de toute urgence retrouver Pat-le-bouledogue et Bernardo. Maintenant que Juju avait été mis au courant de l'organisation secrète et de son objectif, il ne fallait plus traîner. S'il découvrait trop tôt ce que Pat-le-bouledogue lui avait fait, il se vengerait et ce serait la fin des haricots.


Castorette cherchait Pat-le-bouledogue, qui bougeait beaucoup ; elle avait besoin de sa potion magique, mais celui-ci était encore occupé à s'étriper avec un quidam, parce que c'était le seul moyen de remplir ses pauvres journées et le seul moteur dans son existence.

Le quidam n'était autre que le grand magicien Relax, dont Pat-le-bouledogue était très jaloux, parce qu'il savait parler aux femmes et surtout les gardait plus d'une semaine. Mais, depuis quelques jours, Relax l'espionnait pour lui voler le secret de sa potion magique.

Nanou avait suivi tous ces périples de loin, se disant qu'il était plus prudent d'attendre le retour du calme qui ne saurait tarder, et pensait qu'une petite fête serait bienvenue, avec festin, match de rugby et saltimbanques en tous genres.
Un passant lui conseilla la première yourte à droite au bout de la rue, dans laquelle - disait-on en ville - se produisait un chanteur qui se prenait pour un chien et dont les ombres affolaient Madeleine. Nanou s'y rendit, pleine de l'espoir d'y apercevoir Charles Baudelaire - dont elle rêvait nuit et jour depuis tellement longtemps.

Castorette avait conscience de la force d'attraction de Pat-le-bouledogue et elle luttait de toutes ses forces pour ne pas sombrer dans la béatitude fondue. Elle devait user de malice pour l'amener à se dévoiler afin d'abaisser sa garde pour lui subtiliser la recette complémentaire à celle du goupil ; les deux formules réunies lui assureraient la félicité, elle le savait.
Mais elle s'était rendue compte qu'elle n'était pas la seule à vouloir percer le secret du bouledogue... Un homme détendu du bulbe traînait non loin de la masure du sorcier enchanteur... en racontant des blagues dont personne ne voulait comprendre le sens caché, de peur d'en perdre la raison.

Après avoir fait un petit somme, Nanou décida de se rendre à la yourte. Le magicien décontracté du bulbe lui dit que Charles Baudelaire avait découvert la cachette du précieux élixir et l'avait éclusé, puis avait disparu, ne laissant derrière lui que quelques fleurs.
Pendant ce temps, le manque d'élixir se faisait cruellement ressentir chez Castorette. Ses propos devenaient de plus en plus incohérents. Elle se prenait pour un chien en suivant Pat-le-bouledogue comme son ombre, et en levant même la patte pour marquer son territoire.
Nanou décida de lui préparer une raclette, pour qu'elle puisse stocker de la graisse sous ses pulls, en espérant que celle-ci retienne prisonnière sa dernière parcelle de raison... A la guerre comme à la guerre !!! 

Bernardo, en vieux renard rusé, risqua sa truffe dans le jardin merveilleux de Muse, où poussaient à foison, verveines, orties et tomates coeur de bœuf. Mal l'en prit, car Muse s’affairait à gaver ses oies pour le festin, dans le but d'avoir des foies gras qui n'en seraient que meilleurs agrémentés d'une bonne truffe. Elle invita Bernardo à manger de la soupe d'orties et le saoula avec du vin rouge.

Bernardo ayant conquis sa muse était dans une forme éblouissante. Il avait trouvé à la fois une maison, à manger et une compagne. Mais il se demandait bien ce que tout ça lui réservait, lui qui avait toujours été obligé de se cacher dans la jungle.

Mais où était donc passé le grand sorcier ? Etait-il arrivé à déjouer la félonie du grand magicien Relax ? Arriverait-il à temps pour sauver Castorette de sa lente transformation en mutante ? Qui se cachait sous les traits du mystérieux pom-pom girl ??? Bien des mystères planaient encore !!!

Pendant ce temps, Muse préparait les fois gras à la truffe et Bernardo en perdit tout odorat et la tête. Il se contentait de suivre Muse comme son ombre en se léchant les babines, comme un bon vieux toutou.

Paf se chargeait de faire cuire les patates dans un grand chaudron au milieu de son champ, et Oasis se chargea des boissons, tout en faisant venir une troupe de danseurs adeptes de la salsa.

Pat-le-bouledogue venait d'enterrer la dépouille de Relax dans le jardin de Muse ; après avoir dispersé quelques glands et herbes sauvages sur la terre fraîchement retournée, il y versa quelques gouttes d'un philtre de sa composition ; la tombe se transforma sur-le-champ en un immense mausolée fleuri recouvert de paillettes et de poudre aux yeux. Sur l'épitaphe, on pouvait lire : Ici gît le plus grand magicien de tous les temps après Garcimore et Michel42.
Son travail effectué, Pat-le-bouledogue - satisfait - se frotta les mains et entreprit de déshabiller les corps sans vie de Paf et de Laulau. Puis, il les traîna jusqu'aux encombrants devant la maisonnette ; pour ce faire, il n'eut besoin que d'un doigt pour soulever le Paf tout grêle, mais se résigna à utiliser une tractopelle pour déplacer le Laulau bien nourri à la pâte de coings.
Alors que Pat-le-bouledogue venait de mettre le feu aux encombrants, le pom-pom girl passa en courant, nu avec une plume dans le Q, en criant à en perdre haleine : "Tout nu dans ma serviette qui me servait de pagne, j'avais le rouge au front et le savon à la main, au suivant, au suivant, et quand je n'délire pas, j'en arrive à me dire qu'il est plus humiliant d'être suivi que suivant, au suivant, au suivant".
Bernardo, sur le seuil de la maisonnette, lui décocha une flèche en plein coeur, sous les applaudissements d'une Muse en liesse.

Julien, indigné, déplaçait par la simple pensée et d'un seul geste les objets d'un endroit à l'autre de la pièce, sans se préoccuper de Castorette qui évitait comme elle pouvait les chaises, les tableaux et surtout les livres de la bibliothèque. "Ecoute Juju, je comprends que tu sois furieux, mais nous participons à une noble cause, tu dois comprendre que sans nous le second degré disparaîtra de toute l'agglomération. On ne peut pas laisser faire ça, déjà qu'on s'ennuie souvent, alors imagine un peu !"
Julien la regarda derrière ses lunettes et, très concentré, ses yeux lancèrent des éclairs ; c'est alors que Castorette crut devenir folle, ses pieds ne touchaient plus le sol, elle battait des bras comme une buse et virevoltait. Juju baissa la tête et castorette se fracassa le crâne contre une table. Etourdie, elle se releva et dit à Julien : "Tu vois ce que tu peux faire maintenant, tu devrais remercier le bouledogue ! Nous mutons, mais nos nouvelles facultés peuvent nous rendre des services énormes si nous parvenons à les canaliser".
Julien, enfin apaisé, répondit : "OK, je veux bien te faire confiance, mais retrouvons le bouledogue maintenant. Concentre-toi un peu Casto, t'es chiante à tout le temps t'éparpiller, réfléchis un peu et dis-nous où il se trouve".

Castorette la mutante gourmande, par l'odeur alléchée des patates si bien cuisinées, ne résista pas et y goûta. Et stup ! stupéfaction ! se transforma : ses cheveux devinrent ficelles, ornées de rubans roses, son immuable jean laissa place à une petite robe Liberty avec smocks sous la poitrine et manches ballon. Chaussée d'escarpins dorés, elle courut se cacher, mais à bout de souffle s'appuya contre une balustrade au-dessus d'une falaise, sciée perfidement par Nanou qui lui rendait un chien de son chat.
Justement, Pat-le-bouledogue qui passait par là, voyant sa belle s'écraser (pour une fois) sous ses yeux, sauta derrière elle, la rattrapant par les couettes, tel Pégase voulant sauver Epona.
Présumant de leur force, ils s'aplatirent tous les deux dans le jardin de Muse, qui ne savait vraiment plus quoi faire des encombrants.

Paf et Laulau se transformèrent en zombies dans les rue de la ville. Ces deux-là bouffaient tous les chats qu’ils croisaient pour que Pat-le-bouledogue ne puisse pas faire sa potion magique. Voyant cela, Castorette et le bouledogue se réfugièrent dans le petit bois, car maintenant ils étaient chassés par les deux zombies bien plus forts qu'eux.


C'est alors qu'apparut WwalexX, le lutin des forêts. Il empoigna son arc récemment acquis et pris dans sa botte secrète des flèches qui pouvaient servir d'antidote à toute mutation. Elles avaient un embout composé d'une mixture faite maison dont lui seul connaissait la recette (Nutella et beurre de cacahuètes en étaient les principaux ingrédients).

Il décocha d'un coup sec deux flèches d'affilée, qui touchèrent habilement les deux zombies qui pourchassaient Castorette et Pat-le-bouledogue. Paf et Laulau récupérèrent leurs formes originelles et reprirent doucement conscience de cette mésaventure.
WwalexX, après coup, fut quand même surpris de l'efficacité et de la précision de son arc, obtenu grâce à un échange avec un paysan du coin contre un bon camembert reblochon.
Castorette la mutante et le bouledogue remercièrent WwalexX d'avoir sauvé leurs vies et permis à leurs deux amis de reprendre une apparence humaine.


Castorette n'en pouvait plus d'être engoncée dans cette robe ridicule, elle remit son jean dans lequel elle se sentait si bien et envoya valdinguer ses escarpins grotesques. Après avoir récupéré ce qu'elle estimait être une apparence normale, elle se dirigea vers Pat-le-bouledogue, Paf, Laulau, Bernardo, Muse, Nanou, Juju, WwalexX et Missou qui sirotaient un Haut-Médoc 2001 sous la tonnelle de Muse. Le groupe de danseurs de salsa venait de partir boire un coup à l'Envers et le calme régnait à nouveau sur la petite ville.

Paf avait pris soin de découper des dés de patates germées (mais cuites) en guise d'apéritif. Les compères s'en donnaient à coeur joie, mais regrettaient qu'elle ait oublié le fromage à raclette et la charcuterie.

Paf ouvrit le bal en giflant violemment Pat-le-bouledogue qui ne s'y attendait pas le moins du monde : 
- Pourquoi tu nous as tués Laulau et moi ?
- M'enfin ça va pas la tête ! c'est pas moi, c'est Relax ! répondit le bouledogue tout rouge.
- Ah d'accord... ça va alors, viens là que je te bise.
Laulau - à qui on ne la fait pas - prit alors la parole :
- Dis donc Pat-le-bouledogue, dis-nous voir un peu, qui a tué Relax alors ?
- Ah ben lui, c'est moi, il voulait me voler mon philtre magique ! Ca se fait pas ça !
- OK, bon ben tout va bien alors, tout est clair dit Laulau. Viens là que je te bise.
Le bouledogue, du rouge à lèvres plein la figure, jubilait devant tant de marques d'affection. Ses yeux orange étaient remplis d'étoiles.
Puis, Nanou, vexée que Castorette fut encore en vie, demanda tout à trac à Bernardo pourquoi il avait tiré une flèche dans le coeur de la pom-pom girl.
- Il me saoulait trop avec ses chansons italiennes, remplies de chiens qui pissent, d'ombres et de madeleines. En plus, il jouait de la guitare dans le petit bois, tous les jours à l'heure de ma sieste ! Y'a des choses qu'on ne peut pas laisser passer !
L'ensemble du groupe reconnut que - quand même - le pom-pom girl avait bien cherché la merde.
Seule Nanou ne dit rien. Elle lisait Les fleurs du mal en bout de table et citait sans cesse des auteurs misogynes, ce qui énerva considérablement Muse. Celle-ci devint toute violette, comme ses yeux, et lui dit :
- Tu commences à me gonfler Nanou, si tu veux bouffer du foie gras, va falloir que t'arrêtes ça tout de suite !
Sur ce, Juju se leva et dit à la cantonade :
- Que d'é - mot - tions, que de mot - tivation, je ne trouve plus mes mots devant tant de mot - lusques ! Et moi hein ? pourquoi tu m'as opéré Pat-le-bouledogue ? pourquoi ??? pourquoi je mute ? pourquoi Casto mute ? qu'est-ce qu'on va devenir ?
Pat-le-bouledogue voulut prendre la parole mais Bernardo le gifla passionnément :
- Tais-toi ! c'est moi qui parle maintenant ! vociféra le goupil.
Le bouledogue s'écrasa (pour une fois), sentant qu'il n'aurait pas gain de cause avec Bernardo. Celui-ci reprit :
- La potion est prête. Pat-le-bouledogue a retrouvé ses chats suite à un appel anonyme d'une certaine Irma, nous avons pu mélanger nos mixtures. Buvez-en tous, car ceci est notre potion, le sang de l’alliance, pour le maintien du second degré.
Castorette se jeta sur la fiole, se sentant trop mal pour attendre ; elle prenait tout au premier degré depuis quelques jours et ne trouvait plus que vivre était si drôle. Il fallut lui arracher le liquide des mains. Chacun but à son tour. Juju trépignait d'impatience :
- Je n'ai pas eu de réponse à ma question !
- Toi et Castorette vous allez devoir, grâce à vos pouvoirs magiques de mutation, distribuer ce breuvage aux habitants afin que le sourire et la bonne humeur reviennent enfin, déclama sentencieusement Bernardo.
- Il est temps d'endiguer l'épidémie de tristesse ! dit rapidement Pat-le-bouledogue, tout en esquivant de peu une gifle de Missou, qui lui rappela qu'on lui avait demandé de se taire. Castorette prit sa défense mais reçut une baffe en pleine poire, elle décida donc que chacun sa merde.

Missou était radieuse ; fraîchement revenue de son escapade dans les îles, elle crapouillait des ornières et bravait le roupiacé comme personne. Elle dit qu'elle mettrait son service de police à la disposition de Juju et de Castorette, pour la cause noble que tous défendaient - sauf Nanou qui lisait Le bateau ivre en bout de table... WwalexX lui décocha une flèche entre les deux yeux, le groupe vit alors Nanou, debout sur la table, déguisée en Louise Michel, appeler la population sur les barricades en hurlant que le premier degré ne passerait pas ! sauf à lui passer sur le corps !
Bernardo se portant volontaire pour cette dernière mission, Muse le gifla si fort qu'il fut propulsé tout en haut d'une gigantesque sculpture faite de multiples fourchettes confectionnée par son hôtesse ô combien talentueuse !

Tous nos compères de nouveau réunis étaient très heureux. Même le lutin des forêts nouvellement arrivé dans le groupe était à l'aise et riait à gorge déployée.
La potion fut distribuée partout. Les villageois, heureux de revoir leurs héros, organisèrent une beuverie à ne plus avoir soif. Le festin fut grandiose et tous ripaillèrent à en être malades (les foies gras de Muse étaient vraiment trop gras).

Epilogue

Relax et le pom-pom girl dévalèrent la côte de Carrefour en side-car et sans casque... les irresponsables ! Bernardo, regrettant toujours les actes asociaux - les siens et ceux des autres - avait trouvé juste de les faire revenir du royaume des morts, malgré les cris de protestation outrés du bouledogue et de Castorette encanaillés jusqu'à la lie (ils brûleront en Enfer).
Donc, les deux lascars, heureux et reconnaissants d'être à nouveau vivants, avaient décidé de se produire ensemble sur scène, dans un spectacle alliant la magie et le music-hall. Condamnés à développer leur propre second degré jusqu'à la nuit des temps, ils se rendirent compte que - finalement - pisser dans tous les coins pouvait avoir un certain intérêt.
Celui de quitter pour un temps les postures et les masques, pour entrer dans la magie de l'imagination.

THE END

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