C'est à quelle heure que je décède d'émotion ?

Publié le par La Zitoune

"On ne peut rien dissimuler à quelqu’un capable de lire dans le regard d’un âne. On ne peut pas lui faire prendre des vessies pour des lanternes. De toute façon, elle n’a pas besoin de votre regard pour vous comprendre. Une phrase lui suffit. Peut-être même un mot.
Il y a ce mot donc, celui que vous avez écrit. Elle l’a lu. Mais elle a aussi lu celui que vous avez renoncé à écrire car il vous dévoilait trop. Et celui que vous avez cherché mais que vous n’avez pas retrouvé. Elle a également lu ceux qui venaient après et que vous n’avez pas osé écrire.
Et elle a compris les causes qui donnent naissance à ce mot.
Vous vous pensiez discret, un peu terne peut-être. Elle vous décrit astral.
Ce n’est ni de l’intrusion ni de la flatterie. C’est une hyper lecture, une hyper écoute, un hyper regard. Elle ne cherchait pas à deviner ce que vous vouliez cacher. Simplement, vous le lui avez dit mille fois sans vous en rendre compte. Si bien qu’elle dit de vous ce que vous ignoriez. Vous croisez Sylvie comme on croise un miroir. Pas n’importe lequel, de ceux qui permettent de vous voir en entier.
C’est une psyché.
C’est un pouvoir, en quelque sorte. Elle dit ce que vous êtes au fond, elle dit votre potentiel, elle dit le plus qui est en vous.
Il y a des cerveaux géniaux qui jettent un coup d’œil à une équation et vous donne la valeur de son inconnu.
Vous êtes son équation.
Sylvie vous voit en entier et c’est ainsi que vous voyez en retour.
C’est dérangeant. Vous rigolez bêtement parce que vous êtes à poil.
À croire qu’elle cherche quelque chose en nous, un sentiment égaré, une force perdue, une énergie.
À croire qu’elle se cherche en chacun de nous. Comme si, un jour, elle avait volé en éclats et qu’il faille à présent reconstituer le puzzle comme on cherche une réponse.
C’est peut-être cette réponse qui lui permettra de se regarder comme elle regarde les autres. Elle verra l’astre que nous voyons, cette évidence qui nous crève les yeux.
Sylvie est un écrivain de grand talent (je suis incapable décrire « une écrivaine »). Je ne dis pas que Sylvie a le potentiel pour devenir écrivain, je dis que Sylvie EST écrivain. Pas parce qu’elle aligne des mots, mais parce que ses mots font naître des pensées essentielles, évidentes, nécessaires et suffisantes.
Inutile de lui dire d’en faire un roman. Elle le fera quand elle sera prête. Nous savons tous qu’elle l’est déjà mais gardez-le pour vous, elle n’est pas au courant.
En attendant, elle dessine des portraits avec l’apparente facilité d’un Goossens ou d’un Gotlib, l’air de rien, comme ça, en passant, en s’amusant de ses bons mots, des références cachées et de la liberté que lui offre une page blanche.

Un jour, sur cette page blanche, un peu plus loin des gens que de coutume, un peu à l’écart, elle nous parlera peut-être du monde comme elle parle de nous, plein de ces détails qui nous échappent, de ces lumières et de ces ombres que nous ne voyons pas.
Et en nous dévoilant le monde tel qu’elle le voit, c’est elle qui se révélera au monde.
Elle a plein d’autres qualités bien sûr, mais il est hors de question que je sois dithyrambique car en vrai, c’est une sacrée pétasse."

Fabien D.

Version 2 pour rire.

"Gardons-nous de toute surenchère.
Alors que je m’apprêtais à tremper ma plume dans le fiel pour écrire le portrait de Sylvie, histoire de rigoler un peu, il m’est apparu que j’en étais incapable. Quel genre de monstre pourrait salir l’image de cette âme pétrie d’amour, de bonté, de justice et de bienveillance ?
Car c’est quand elle m’a dit : « Comment arrives-tu à te supporter toi-même ? », que j’ai commencé ma remise en question. Je m’en souviens comme si c’était hier. Je venais de lui décrire ma journée à distribuer des soupes chaudes à des sans-abri sans-papiers cul-de-jatte. Je me demandais comment faire plus pour aider mon prochain. Il me semble entendre encore ses mots : « Pourquoi pas des pédés pendant qu’t’y es !? ». Bien sûr ! Ce fut un déclic ! Je m’engageais aussitôt dans une association d’aide aux victimes de violences homophobes.
J’aidais cette association en rédigeant une campagne d’information et lui demandais d’en corriger la version finale. Elle eut alors ces mots délicieux : « Fais comme moi, pour l’orthographe utilise une appli en ligne ! Moi je vais sur Reverso : tu copies ton texte et l’appli fait le reste ! Tu crois vraiment que je me casse le cul à lire ce qu’on m’envoie ? ». Comment n’y avais-je pas songé moi-même !
Mais c’est quand je fus moi-même victime d’une agression, par un groupe de nazillons, que je compris, de mon lit d’hôpital, que je pouvais définitivement compter sur elle et qu’elle serait mon amie pour la vie : « Vous autres, les gens de couleur, vous êtes un peu envahissants. Il faut que tu comprennes les motivations de tes agresseurs. Mets-toi à leur place un peu et arrête de ramener tout à toi. Tu crois que c’est facile pour nous de vous supporter ? ». C’était limpide. Comment avais-je osé me plaindre ? Depuis, je me terre chez moi et effectivement, je suis beaucoup moins embêté.
Cette amitié s’est confirmée juste après mon infarctus. Je venais de perdre mon emploi et ma femme m’avait quitté avec les enfants. J’étais à la rue. Je lui demandais si elle ne pouvait pas m’apporter un peu d’aide pour me réchauffer. « Tu peux toujours courir ! ». Je découvris ainsi la course à pied qui m’a permis d’avoir rapidement plus chaud.
Elle s’est spontanément proposé de gérer mon héritage suite au décès de mes parents par intoxication alimentaire. Elle était très attachée à eux puisqu’elle les avait visités dans leur EPHAD la veille de leur mort. Aujourd’hui, c’est elle qui règle chaque mois mon loyer au foyer Notre-Dame-des-Sans-Abri.
Sylvie fait partie des personnes qui comptent pour moi.
Plus que je ne peux l’écrire."

Fabien D.

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Publié dans Portraits

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